‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 23 sur 46 · SOLIDARITÉ DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

SOLIDARITÉ DE LA FAMILLE

Léonidas trouvaient un adoucissement à la perspective du trépas dans la pensée qu'ils étaient tous pères de famille.

Du moment que l'ancêtre mort avait un impérieux besoin du culte que lui rendaient ses descendants, il se trouvait atteint de la façon la plus directe et la plus sensible lorsque sa postérité venait à être anéantie (1). Aussi le psalmiste souhaite-t-il au méchant : « Que ses descendants soient exterminés ! Que leur nom s'éteigne dans la génération suivante ! » (2) Frapper les enfants pour les crimes des pères était dans les temps anciens une règle courante de la justice humaine et divine (3).

La solidarité étroite de la famille israélite avait, du reste^ d'autres causes encore : car elle s'exerçait déjà entre les membres vivants de la hcyt \'ib : quand un homme devient roi ou chambellan, il va de soi que toute sa famille arrive du même coup aux honneurs et à la richesse. « Pour qui sont tous les biens désirables d'Israël? dit Samuel à Saûl, n'est-ce pas pour toi et pour ta beijl 'âb ? » Esaïe comj)are le chambellan Schebna à un clou solidement planté : « et on y suspendra toute la gloire de sa bci/t 'db... tous les vases les plus petits, les bassins comme les amphores ». Quand un soldat se distingue, le roi affranchit (d'impôts) sa maison paternelle ; et inversement celle-ci est punie tout entière avec son chef coupable (4). La solidarité de la famille était un héritage de celle de l'antique niispahah des temps nomades, qui dérivait elle-même des nécessités de la vie au désert, de la pratique de la vengeance, de la communauté de sang (5).

Le lien étroit entre les générations successives tenait également à ce que l'ancêtre mort continuait, pensait-on, à s'intéresser à toutes les destinées des siens : aussi ne souf-

(1) 2 Sam. 14, 7.

(2) Psaume 109, 13 cf. v. 14 ; 37, 37. 38 ; Job 18, 19; etc.

(3) Jos. 7, 24. 25; 2 Sam. 21, 1-14 ; 2 Rois 9, 26 ; 14. G ; — Ex. 11, 4-12, 30 ; 20, 5 ;. 34, 7 ; Nombres 14, 18 ; 16, 32. 33 ; Deut. 5, 9 ; 2 Rois 22, 13 ; 23, 26. 27 ; 24, 3 ; Jér. 15, 4; Judith 7, 28 ; Bar. 3, 8 ; etc.. Cette rOgle ne souleva de ^jrotestations que depuis le vu' siècle : Deut. 24, 16; — Jér. 31, 29. 30; Ez. 18 ; 33, 1-20. — Cf. ScHWALLY, dus Lebeu, p. 30. 31 ; Charles, Doctrine^ p. 25. 26.

(4) 1 Sam. 9, 20 ; Es. 22, 23. 24; 1 Sam. 17, 25 ; — 2 Sam. 3, 29 ; Gen. k, 15. 23.

(5) Gruneisen, der Ahnenkultus, p. 224. 225.

frait-il pas seulement âe la cessation de son culte, mais de toutes les humiliations et de toutes les diminutions infligées à sa maison ; c'était bien Saùl que les Gabaonites prétendaient châtier en faisant périr sept de ses descendants. Rachel pleure parce que ses enfants partent en exil (1). Ici encore le culte des ancêtres est venu seulement donner une forme plus précise à un courant de sentiments et d'idées antérieur.

Quand un père ou une mère n'avaient pas de fils, ils pouvaient en adopter un.

L'adoption se pratiquait, il est vrai, pour d'autres motifs encore : Jacob déclare que ses petits-fils Ephraïm etManassé « seront à lui », afin de leur conférer les mêmes droits qu'à ses propres fils Ruben et Siméon et d'assurer ainsi à Joseph la double part qui revient au premier-né (2). Mardochée « prend pour fille » sa nièce Esther parce qu'elle a perdu son père et sa mère (3), Si Moïse « devient le fils » de la fille de Pharaon et reçoit d'elle son nom, c'est sans doute simplement parce qu'il a excité sa compassion (4). Chez les anciens Arabes il devait arriver très fréquemment qu'on adoptât un esclave qui faisait preuve de bravoure ou un protéo-é {dj'àr) qu'on voulait affilier au /jayy comme membre de plein droit (5). Ce devait même être là dès les temps les plus reculés un des moyens courants de recrutement des grou- )es nomades.

Mais en Israël, aux temps historiques, le but ordinaire de l'adoption paraît avoir été de suppléer le fils qui manquait. Sara, voyant qu'elle n'en avait pas, donne à son mari sa servante en disant : « Approche-toi de mon esclave ; peut-être aurai-je par elle un fils ». Rachel, longtemps stérile, fait de même et dit : « Elle enfantera sur mes genoux; et moi aussi je serai par elle pourvue de fils. » Lorsque Billia met au

(1) 2 Sam. 21. '1-6; J.:-r. 31, 15. Cnmi). C, p. 193. 194.

(2) Ou plus exactement afin d'expliquer pourquoi Ephraïm et Manassé étaient des tribus ayant mêmes droits que Ruben et Siméon et pourquoi ces deux tribus cxer- <;aicrit Ihégénioiiie sur les autres (Gen. 48, 1-6).

' (3) Esth. 2, 7.

Ci) Ex. 2, 10.

(5) HoBJiiiTso.N Smith, Kinship, p. 44-46.

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