‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 30 sur 46 · VENGEANCE DU SANG · texte numérisé non relu

VENGEANCE DU SANG

OU envers son clan, il s'en prendra à ses propres a frères », si ceux-ci ne se font pas solidaires de sa cause. Les tabous imposés, certainement dès la plus haute antiquité, à TArabe qui exerce la vengeance du sang sont tout semblables à ceux auxquels doivent se soumettre l'homme en deuil, le guerrier qui a tué, le pèlerin qui a fait un vœu, c'est-à-dire les personnes qui sont menacées par le contact redoutable d'un esprit; le vengeur est donc sous le coup d'un danger spirituel, et non d'un péril d'ordre matériel : tant qu'il n'a pas accompli son œuvre, il est sous l'action de l'âme irritée de la victime.

Cette crainte des représailles que pourrait exercer l'àme du mort sur ses ennemis ou sur ses amis a dû, en tous cas, exister chez les Hébreux à une époque fort reculée. On en aperçoit encore çà et là quelques traces.

Le sang, c'est-à-dire l'àme d'Abel crie de la terre vers Yahvéh contre son meurtrier (iî.Yahvéh intervient ici comme l'exécuteur delà vengeance de la victime; mais plus anciennement c'était à l'âme elle-même qu'on devait attribuer les représailles. De là peut-être l'expression employée par Ezéchiel dans son oracle contre Séir : « Parce que tu as livré à l'épée les Israélites au temps de leur détresse, à cause de cela, je suis vivant, déclare le Seigneur Yahvéh..., le sang te poursuivra. « (2)

Lorsque l'on trouvait dans la campagne le corps d'un homme assassiné par un meurtrier inconnu, les anciens de la ville la plus voisine devaient immoler une génisse, c'està-dire primitivement offrir un sacrifice à l'âme irritée de la victime, dont la colère risquait de se faire sentir à tout le voisinage (B^i.

C'était originairement par crainte des représailles des esprits des suppliciés qu'on se gardait de laisser leur cadavre exposé la nuit sur le bois et qu'on élevait sur leur corps un monceau de pierres (4). C'était pour se préserver contre

(1) Gen. 'i, 10.

(2) Ez. 35, 5. 6.

(3) Deut. 21, 1-9. Voyez C, p. Ifi9. 170.

(4) Deut. 21, 22.23: jos. 8, 29 ; 10, 26. 27 (cf. MaUh. 27, 57-60 et parallèles) ; — Jos. 7, 24-26; 2 Sam. 18, 17.

les âmes que l'on couvrait de terre le sang, même des animaux que l'on égorgeait.

Lorsque la femme de Tékoa supplie David d'empêcher la inispàhàh d'exercer la vengeance du sang contre son fils, elle ajoute : « Que la faute en retombe sur moi, ô roi mon seigneur, et sur ma famille, et que le roi et son trône soient indemnes! » (1) S'opposer à l'accomplissement de la vendetta, c'était, en effet, attirer sur soi de graves malheurs, attribués primitivement au courroux des âmes privées de leur vengeance. Saûl ayant versé le sang des Gabaonites, Yahvéh, qui est ici le représentant des victimes, frappe, non le meurtrier ou sa famille, mais le peuple entier d'Israël qui aurait dû assurer l'exécution de la vengeance (2).

C'est donc la crainte des âmes qui, dès une haute antiquité, peut-être même dès l'origine, inspirait la vengeance du sang chez les Sémites.

2. Cette crainte avait un caractère religieux ; elle aboutissait parfois à un acte de culte caractérisé, à un sacrifice, comme nous le voyons dans le cas du malheureux dont les assassins n'ont pas été retrouvés. Chez les Bédouins actuels, quand le vengeur consent à épargner la vie du meurtrier, soit qu'il accepte une rançon, soit qu'il se contente de lui couper une mèche de cheveux, il est de règle que l'on immole un animal fourni par l'homme qui a versé le sang. Ce sacrifice est interprété aujourd'hui comme un repas de réconciliation ou plus fréquemment encore comme une immolation substitutive (3). Anciennement c'était sans doute plutôt une offrande destinée à apaiser l'âme à laquelle on n'apportait pas le sang humain auquel elle avait droit. Chez les Grecs de même, en cas d'homicide involontaire, il ne suffisait pas pour le meurtrier d'obtenir le pardon des parents de la victime ; celle-ci devait en outre recevoir elle-même

(1) 2 Sam. 14, 9; voyez C, p. 68. 69. 266.

(2) 2 Satii. 21, 1-14.

(3) « On offre, disait un chcikli à .M. Curtiss, le sacrifice pour la paix devant Dieu.^ Parla participation au repas du sacrifice les deux parties deviennent frères. C'est un fedu (rachat), parce que l'animal est tué à cause du sang versé... : sang- pour sang : le jaillissement du sang a couvert ce sang )) (Ciunss, Urseniitlsclie Tit-ligion, p. 246). Sur ces sacrifices cf. Curtiss, oui\ cité, p. 244-251 ; Burckiiakdt, Voyage* en Arabie, III, p. 111.

Page 1