CHAPITRE III
LE CULTE DES ANCÊTRES AU TEMPS DE L'ORGANISATION PATRIARCALE. - II. TRIBU ET mispàhàh
Le principe de la descendance masculine s'est, dès une très haute antiquité, étendu de la famille à la mispâhâh et à la tribu, à tel point que c'était, nous l'avons vu, une conviction absolue dans le monde sémitique tout entier que les membres d'un même hayy on ceux d'une même tribu, voire d'un même peuple, descendent tous de père en fils d'un ancêtre commun, auquel on prête d'ordinaire le nom du groupe social qu'il doit avoir engendré.
Les Hébreux ont-ils, à une certaine époque, rendu à ces ancêtres de la mispàhâh, de la tribu, de la nation un culte semblable à celui qu'ils offraient aux ancêtres de la famille?
La réponse à cette question est extrêmement délicate, parce que nous ne connaissons un peu les clans et les tribus israélites qu'après leur établissement en Canaan, c'est-àdire à une époque où le passage de la vie nomade à la vie sédentaire avait introduit des changements profonds dans l'organisation de la nation : en présence d'un groupement donné nous pouvons toujours nous demander si cet organisme est authentiquement Israélite et réellement ancien ou s'il ne s'est pas formé tardivement et n'a pas adopté le nom, les rites locaux et peut-être l'ancêtre d'une peuplade ou d'une contrée cananéenne. De plus le yahvisme, au temps
OÙ s'accomplit ce passage à la vie sédentaire, était déjà la religion nationale d'Israël et a dîi contribuer à effacer ou à modifier profondément le culte des ancêtres, s'il existait à l'époque nomade (1). Enfin la nature réelle et la préhistoire des figures qu'Israël se donnait pour ancêtres est aussi obscure et sujette à controverse que la préhistoire des peuplades hébraïques qui se réclamaient de ces aïeux.
Il j a cependant un l'ait que nous pouvons prendre pour point de départ. C'est qu'en Israël, à l'époque historique, on montrait en grand nombre des sépultures d'ancêtres ou de héros et qu'elles recevaient les marques d'un véritable culte.