‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 37 sur 46 · ÉPOQUE NOMADE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE NOMADE

Israélites adoptèrent le héros avec son sépulcre en même temps qu'ils faisaient du haut lieu un sanctuaire de Yahvéh.

On peut s'étonner que, dans la fusion avec la population cananéenne, ce soit l'élément dominant, c'est-à-dire l'élément israélite, qui ait souvent reçu son éponyme de l'élément inférieur. La chose s'explique peut-être si l'on admet que l'éponyme en question était pour les Cananéens moins ancêtre que héros : ce n'est sans doute pas à sa qualité d'éponvme de l'insignifiante localité de Yacobel, mais à sa gloire de héros que Jacob dut le rôle que lui prête la tradition hébraïque : il devint ancêtre de tout Israël peutêtre parce que tout Israël vénérait sa sépulture (1). Qui sait s'il n'en faut pas dire autant de Rachel, d'Isaac, d'Abraham ? Ce seraient alors les Israélites qui, en vertu de leurs idées ataviques, auraient transformé les héros en ancêtres. Et nous aurions là un nouvel indice de l'empreinte laissée dans les cerveaux israélites par le culte des ancêtres de groupe.

De toutes façons et quelque solution que l'on donne à ces problèmes obscurs, il paraît impossible de s'expliquer entièrement le culte rendu aux tombeaux des pères à l'époque yahviste, sans admettre que les Hébreux, dans la période nomade, observaient déjà des pratiques semblables.

Et nous aboutissons, en ce qui concerne les groupes plus compréhensifs, à des résultats analogues à ceux auxquels nous a conduit l'étude de la famille : pendant la période d'organisation patriarcale, le culte des morts, bien que libre de s'adresser à tous, spécialement aux morts puissants, aux

une divinité locale, lionorée avant Apollon : il fut ensuite supplanté par le dieu, et on le présenta comme un liéros aimé de la divinité olympienne et enterré sous sa statue (E. Rohde, Psyc/ie-, I, p. 135-ril). Ces exemples montrent ce qu'il faut penser de l'assertion de M. GkiJxNEisen : « C'est une conception irréalisable et sans analogie que les divinités de l'ancienne religion, chassées de leurs sanctuaires par Yahvéh, auraient cependant continué d'exister à ses côtés dégradées au rang d'ancêtres de tribu » {Der AluienkuUus, p. 273).

(1) M. Isidore Lkvy, dans l'intéressante reconstitution qu il a tentée de la préhistoire des Hébreux au mojen des données égyptiennes, part de l'hypothèse que Yacobel, dans la liste de Tlioutmès III, désignait une tribu b.ébraïque de l'extrémesud de la Palestine [Revue des Etudes Juires, 1" janv. 190(j, p. 49. 50). Ce n'est pas impossible (cf. Eduard Meyer, ZaiW, 1886, p. 8-10); M. M.vspero cherche Yacobel dans cette région. Il parait cependant plus probable, d'après le contenu général de la liste, que c'était une fille do la Palestine centrale (B. Luther, ZaiW, 1901, p. 61. 75; Ma.x iluLLER, Asien und Europa, p. 162. 163).

héros, tendait à se concentrer sur ceux qui étaient tenus pour les ancêtres de la famille, de la mispàhâh, de la tribu, de la nation, le mot ancêtre étant près ici au sens précis de générateur humain par filiation paternelle du groupe en question.

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