‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 39 sur 46 · TRACES DU CULTE DES ANCETRES · texte numérisé non relu

TRACES DU CULTE DES ANCETRES

« L'opinion de Maine, dit avec raison ^f. Steinmetz, ne peut se soutenir à mon avis que si l'on entend par culte des ancêtres seulement le culte strictement systématisé des chefs de famille; mais alors on tombe dans une tautologie : le culte patriarcal des ancêtres ne naît naturellement que sur le terrain du patriarcat. Mais s'il s'agit de la crainte, du sentiment de dépendance, de l'amour, de la confiance à l'égard des aïeux décédés, (|ui sortent par un développement direct de la crainte initiale des morts, nous n'avons aucune raison, ni dans les motifs psychiques tels que nous les avons décrits..., ni dans l'abondante documentation que nous avons fournie, de les limiter au patriarcat. Parmi les peuples dont les coutumes attestent indubitablement le culte des ancêtres dans notre sens, il y en a beaucoup qui vivent encore évidemment dans le matriarcat. » (1)

Pour ne citer qu'un exemple, aux îles Salomon, où la parenté dans le groupe totémique se transmet exclusivement en ligne utérine{2),« tout esprit estinfailliblementhonoré par les membres de sa propre famille », « on demande... aux tindalo (esprits) des ancêtres aide et faveur » (3). «Tous les lieux de sépulture... sont sacrés; mais ceux où sont déposés les restes des gens de haut rang, où des sacrifices sont olferts et (|ui peuventêtre appelés des sanctuaires de famille, sont considérés avec un très grand respect. Quelques-uns de ces tombeaux sont très anciens, le lia' a ou esprit puissant qui est adoré, étant un ancêtre reculé. » (4) « Un homme en danger peut invoquer son père, son grand-père ou son oncle. » (5) Et en général « parmi les Mélanésiens... il est tout à fait commun d'invoquer des parents et amis décédés et d'accomplir des rites religieux à eux adressés » (6). Aux îles

(1) Ethnologische Sludien, \, p. 285.

(2) R. Parkinson, Zur Ethnographie der tun di\'estlichfn Salonio-Insehi, Abhaiidlungeii und Berichte des Kôn. Zool. iind Anthropol.-ethnogr . Muséums zu Dresdcri, VII (1898-99), n» 6, Berlin, Friedlaender, 1899 : <i Les enfants suivent toujours le signe du clan de leur mère » (p. (>) ; cf. E. Dukkheim, compte rendu du précédent, dans L'Année sociologique, 1898-99, p. 340. ^'H .

(3) Steinmetz, Ethnol. Studien, I, p. 197. 195.

l'i) H. -II. CoDRiNGTON, The Melancsians, Studies in their anlhropology and folklore, Oxford, 1891, p. 176. 177.

(5) CODKIN-GTON, p. 125.

(6) CODRINGTON, p. 121.

110 AU TEMPS DE l'oRGANISATION MATERNELLE

Fidji, d'après le jugement autorisé de Codrington, les pratiques religieuses s'adressent aux esprits des morts plutôt qu'aux esprits qui n'ont jamais été hommes (1).

Etant donnée la diffusion de ce culte des parents morts dans les sociétés utérines, il ne semble pas téméraire d'admettre qu'il s'était constitué aussi chez les Sémites au temps où ils avaient une organisation maternelle. Faut-il voir une survivance de cette période dans le fait que la mère recevait chez les Hébreux des honneurs ancestraux égaux à ceux du père, bien que la femme ne fît pas, à proprement parler, partie de la parenté patriarcale, puisque chez les Sémites elle ne paraît, en général, pas avoir été adoptée dans le culte de son mari ?

On pourrait rappeler à ce propos que certains groupes hébraïques et beaucoup de tribus arabes portaient des noms féminins et que la tradition expliquait souvent ce fait par l'existence d'une femme ancêtre dont la tribu avait gardé

le nom (2).

La part importante que les femmes prenaient aux actes proprement religieux du culte des morts, lamentation, tonsure, consultation, n'indiquerait-elle pas également que ce culte remonte aune époque où la femme n'avait pas encore dans la religion un rôle aussi effacé que celui qui lui est fait, en général, à l'époque patriarcale ?

Une autre forme du culte des morts remonte certainement à l'antiquité la plus reculée : c'est la vénération qui a pour objet les esprits des hommes qui, de leur vivant, se distinguaient par la puissance spirituelle qui était en eux.

(1) Codrington, The Melancxians, p. 122.

(2) G. -A. WiLKiiN, Dux Matiiarr/iat bei den alien Arabcni,Le\])Z\g, Schulze, 188'i, p. 43; ROB. Smith, Kinship, p. 17. 20. 21. 28-32, où sont réfiiU-es les objections de Noi.DEKE, OMf.d.O, 10" année (i88'i), p. 302. D'autre part il faut noter que diins les sociétés maternelles « c'est aux. mânes des hommes, des hommes qui se sont distin^aïés par leur force, leur coiiraj,^e, leur inti-Ui-onco, leur richesse que s'adressent le plus souvcntles rites d adoration » (Léon M\kii,likk, Ullli, 37, p. 3fi7) ; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on rencontre des cultes ancestraux féminins (J.-S. KunARY, FAhnoi^'raplilschc lU-itra^e zur Keiintniss clcr Karolinisc/icn Insdi^ruppe uitd Naclibanichaft, l', Herlin, Asher, 188.-., p. 38; cf. du même, die Todlenbettattung aufden Pelau-Inseln, Original-MItlh. ans der etIinol.A btli . der KOn . Museen zu Berlin. F,', 488.5, p. 4-dl.

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