‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 40 sur 46 · CULTE DES MORTS PUISSANTS · texte numérisé non relu

CULTE DES MORTS PUISSANTS

Ce culte est très développé dans certaines sociétés à descendance féminine. « L'esprit qui doit recevoir un culte, écrit Codrington à propos des îles Salomon, est celui d'un homme qui, de son vivant, avait du mana en lui... Le pouvoir surnaturel résidant dans l'homme puissant pendant sa vie réside après sa mort dans son spectre, avec une vigueur accrue et une plus grande facilité de se mouvoir... Si son pouvoir se manifeste, sa position est assurée comme un être digne d'être invoqué et de recevoir des offrandes, jusqu'à ce que son culte cède devant l'importance croissante d'un homme mort récemment. » (i) « Tout village en a un (un héros de ce genre) et le chef offre le sacrifice. » (2)

C'est du même principe que découle le culte rendu aux tombes des héros, culte qui, nous l'avons vu, avait une si grande vogue chez les Hébreux et très probablement chez les Cananéens avant eux. Ce qui en montre bien le caractère hautement archaïque, c'est qu'il tient étroitement à la vieille conception des hommes-dieux, si puissamment mise en lumière par M. Frazer dans le Rameau d'Or.QX. par laquelle s'explique le rôle des sorciers, des chefs, des rois, non seulement dans les sociétés sauvages, mais à l'aurore des civilisations les plus développées. Bien des indices montrent que les Sémites ont partagé ces conceptions.

La divinisation des rois vivants ou morts, sans être aussi développée qu'en Egypte, a été pratiquée en Babylonie et en Arabie, a Goudéa, Dungi, Gimil-Sin, ces antiques rois de la Chaldée, paraissent dans les inscriptions avec le signe de la divinité, et on a retrouvé des traces formelles de leur culte. Goudéa avait ses prêtres, ses sacrifices et ses offrandes. » (3) ft Le nom des personnages déifiés entrait... dans la composition des noms théophores comme ceux des autres dieux. C'est ainsi que nous avons Lu Gudêa et Gin Gudêa^ Dungibani...^ Giinil-Sin bani », etc.. ; « il était » donc « attri-

\\) CODKiNGTON, The Melanesiuris. p. 125.

(2) Steinmetz, Ethnol. Studien,\, p. 494.

(3) P. Lagrange, Etudes-^ p. 317. Goinp. Scheil, ie culte de Gudèa sous la II* dynastie d'Ur, Recueil de trai'aux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, XVIII, Paris, Bouillon, 1896, p: 64-74.

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bué, comme pour les dieux, une vertu à leurs noms qu'on tenait à honneur de porter et qu'on gravait sur les talismans » (1). Bour Sin d'Our est identifié à Tétoile de Mardouk (2). « Les rois assyro-babyloniens déjà dans les plus anciennes inscriptions royales se donnent pour les enfants d e la déesse-mère. » (3)

D'autre part M. Clermont-Ganneau a, dès 1888, déduit des noms nabatéens Abd-Malkou, Abdobodat, Abdhartat, que les Nabatéens rendaient les honneurs divins à leurs souverains, et affirmé que ces noms doivent être interprétés « adorateur du roi-dieu Malkou, Obodat, Arétas », qu'il faut donc prendre à la lettre le témoignage d'Uranius : « Oboda, localité des Nabatéens..., où est enterré Obodas le roi, qu'ils divinisent. » (4) Cette démonstration a été pleinement confirmée par la découverte d'une part du tombeau d'Obodat à Abdéh (5), d'autre part d'un sanctuaire du roi avec l'inscription : « Ceci est la statue d'Obodat dieu. » (6)

Ces rois nabatéens sont, il est vrai, d'une époque assez récente, du deuxième siècle avant J.-C. au plus tôt ; et l'on pourrait être tenté de penser que les Nabatéens, en divinisant leurs souverains, ne faisaient qu'imiter quelque peuple étranger ; mais ce qui montre, à notre avis, que nous ne sommes pas en présence d'une mode importée du dehors, c'est que les noms propres arabes formés cVAbd (serviteur) et d'un nom de personne sont fort nomljreux. M. Wellhausen admet que « dans certains cas le nom de personne était peut-être celui d'un ancêtre regardé comme saint » (7). 11 pouvait s'agir aussi d'un de ces hommes divins, chefs, héros

(l)SciiEii., liée, ae </•«('., XVIII, p. 72. 7'i.

(2) SciiKii-, Le dieu-roi Bui-Sin-Plaiicie, Zeitsclir. fiir Assyriologie, XII, p. 265.26(5.

(3) ZiMMKRN, A',-ir», p. 379, cf. p. 639.640.

(4) Cm. Gi.kk.mont-Oa^-neau, Recueil d'archéologie orientale, t. I, P;u'is, Leroux, 1888, p. 39-47. Le texte d'Uranius se trouve Frngm. Iiist. gr., édit. Millier, Paris, Didot, 1851, IV, p. 525, n» 23.

(5) Parles Pères .\. Jaussen, R. Sa vhj.nac et II. Vincent, /?et'Me/^//'//V/f/f inlcr/uiL, 1904 (juillet), p. 403-424.

'6) Trouvée par le P. Lagrange à Pétra : Jierue bihlii/uc, 1898, p. 170-173. (7) Reste-, p. 2-4; cf. RobektsON S.mitii, Rcl. of tite Seni.~, p. 42; Osiandek (//^il/<^;, XIX, p. 258), Lenokmant {Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1867, p. 302 suiv.) ont de même déduit du nom liimyarite Abd Samih'ali que le personnage nommé . umilt ali était divinisé. '

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