L ORGANISATIO^• FAMILIALE ET SOCIALE
comptée exclusivement en ligne masculine. De là encore les traits caractéristiques du mariage Israélite; de là le lévirat. C'est pour cela également que les familles possédaient le droit de punir et que la faculté de sacrifier appartenait au père. De là enfin l'importance des tombeaux de famille (1).
C'est d'une « agglomération tout extérieure des familles primitivement autonomes » que sont nés, d'après M. Stade, les organismes plus vastes dont se composaient les sociétés sémitiques primitives : le clan {mispàhàli) et la tribu. Le clan répond exactement à ce qu'était la gens à Rome, le 7ÉV0; en Grèce; la tribu correspond à la curie romaine et à la /?/z/'rt//7'e hellénique. Ce qui donnait leur cohésion à ces groupements, par eux-mêmes bien instables, ce qui assurait l'empire tyrannique de la coutume de la tribu sur les individus, c'était pour le clan et la tribu hébraïques, comme pour les groupes similaires des peuples classiques, le culte commun d'un héros considéré comme l'ancêtre de la collectivité en question (2).
Le culte des ancêtres apparaît ainsi comme le point de départ, comme le premier noyau de cristallisation de toute l'organisation sociale des anciens Sémites.
Cette argumentation ne va pas sans soulever de graves objections. Elle suppose que l'élément primordial de la société Israélite était la famille patriarcale, c'est-à-dire le groupe formé par le père avec ses femmes, ses descendants, et éventuellement les esclaves qu'il peut posséder, les clients qui l'ont pris pour patron. Or beaucoup de savants admettent, à la suite de Robertson Smith, que les anciens Hébreux et les Arabes, comme une foule d'autres peuples, — Robertson Smith, après Mac Lennan, dit même : comme tous les peuples — ont traversé auparavant une période où la descendance était comptée en ligne féminine et où, par conséquent, les enfants appartenaient, non à la famille de leur père, mais au groupe de leur mère (3) ; que»
(1) GVP, I, p. 390-395.
(3) Idée déjà ;i[)pli([iiée iiiix Hébreux et aux autres peuples sémiti(pies par John Fento.n, Early llcbrew I-ifc, a Sludy in Sociology, Londres, Trubner, 1881, spécialement p. G-12. 82-87.
OBSERVATIONS PRELIMI^'AIRES 5
de plus, l'élément primordial des sociétés sémitiques nomades n'était pas la famille au sens restreint, mais un groupe plus large, le clan, qui n'est pas une famille agrandie : car il règne entre ses membres, qui tous se considèrent comme frères, une égalité entière.
Il est évident que, si ces deux points sont établis, les con- <:lusions que l'on est en droit de tirer des arguments de M. Stade perdent beaucoup de leur portée. L'étude de la famille Israélite du type patriarcal ne nous conduit plus, en effet, jusqu'aux origines de l'organisation sociale des Sémites. De ce que la constitution paternelle paraît liée au culte des ancêtres on pourra conclure simplement que ce culte a •existé dans les temps qui ont précédé l'ère historique. Le culte des ancêtres de la famille patriarcale ne peut pas avoir créé la famille, l'héritage, la parenté, l'adoption ; car toutes ces institutions existaient déjà sous une autre forme avant la constitution de la famille patriarcale ; il y aura donc lieu <le se demander seulement si ce culte n'a pas déterminé la forme particulière que ces institutions ont prise dans l^ famille paternelle, et s'il n'a pas contribué à la substitution de l'organisation paternelle à l'ancienne organisation maternelle. Il restera à voir s'il est vrai, comme on le dit souvent, que ce culte n'ait pu apparaître qu'avec la constitution de la famille patriarcale, ou s'il n'a pas existé déjà, sous une forme ou sous une autre, au temps où la descendance était comptée en ligne féminine et où le clan était le type dominant du groupement des individus.
Les problèmes, on le voit, se présentent sous un jour sensiblement différent suivant que l'on admet que les sociétés sémitiques se sont dès l'abord constituées en familles patriarcales, ou que l'on croit que cette organisation paternelle a été précédée d'une organisation sur le type maternel.
11 convient donc, avant d'aller plus loin, de nous prononcer sur cette question. Nous le ferons brièvement, car ce point a été souvent discuté.