‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 41 sur 46 · CULTE DES MORTS PUISSANTS · texte numérisé non relu

CULTE DES MORTS PUISSANTS

■qui, sans être positivement ancêtres, recevaient des hommages religieux (1).

D'après d'antiques inscriptions arabes, des rois de Me 'in avaient été divinisés ; on célébrait des fêtes en leur honneur ; on les regardait comme les protecteurs du peuple (2).

Il existait, nous l'avons indiqué ailleurs, chez les anciens Arabes, des traces de tabous royaux semblables à ceux qui protègent le roi-dieu des sauvages (3).

Ce qui donne à penser qu'il y a là, non pas des usages plaqués extérieurement, mais une croyance foncièrement sémitique, c'est qu'on la trouve encore vivante, et sous une forme singulièrement grossière, chez certains Bédouins d'aujourd'hui.

« Il y en a, comme les Arabes Amour et Ssleb, écrit M. Curtiss, qui ont auprès d'eux une sorte de ouéli vivant ». Ils l'appellent fagir (fakir). « Ce terme de fagir, inconnu aux citadins, désigne un derviche ou cheikh religieux auquel les Bédouins offrent des sacrifices en signe de reconnaissance lorsqu'ils sont délivrés de leurs maladies... Après qu'on a achevé d'immoler l'animal, on dit nufagir comme à un ouéli : « Ceci t'appartient, f'agir ! » Comme auprès du ouéli on prend ici pour soi sa part du sacrifice. Il ne faut pas oublier dans €et ordre d'idées que fagi/- a ciiez les Bédouins le même sens que ouéli chez les Syriens. » (4) Chez les Ssleb il y avait récemment encore une fagira à ([ui l'on sacrifiait également et qui guérissait tous ceux sur qui elle posait la

(1) On pourrait signaler encore que les princes cananéens, dans les lettres de Tell el Amarna, appellent couramment le roi d'Egypte « mes dieux » (Wincklkr, Thnntafeh, fon Tell el-Amarna. Kli, V.Berlin 1896, p. 104. 108-112. 120. 226. 244- 248. 262. 266. 270. 276-282, etc.), et que, dans les inscriptions palmyréniennes, les empereurs romains reçoivent la qualification de « dieu » (Clermont-CJannevu, Recueil, I, p. 41). Mais nous préférons ne pas faire état de ces textes, dont les auteurs adoptent évidemment les termes d'un protocole étranger, sans que nous puissions dire jusqu'à quel point il répandait à leurs ju-opres conceptions.

(2) Inscription Halévy n» 353: « Au jour d Ilyaschar roi de Me in »; n° 485 : « au jour de Yata 'il Raim et de son fils Tobba' Karib, les deux rois de Me4n » ; n» 187: .( Le peuple de Gab'an aimé de llyasa Raim et de son fils Haufa'att, les deux r(us de Me in ». Cf. Franz Pratorius, rnsterblichkcitsglaube und Hriliiiem-erehiung bei lien Uimjaieii, ZDMG, vol. 27, p. 648.

(3) Voyez C. p. ilT.

(4) Ursemitischc Religion, p. 65. 66 cf. p. 103. 286.

114 AU TEMPS DE l'oRGANISATION MATERNELLE

main ou le pied (1). Le culte des saints dans l'islamisme « aboutit à une véritable anthropolàtrie, au culte des marabouts vivants » (2).

Le Sémite n'a pas établi dès l'abord entre l'humain et le divin la séparation tranchée, l'abîme infranchissable que statue la doctrine officielle des trois grandes religions monothéistes nées au sein du monde sémitique, judaïsme, christianisme, islam, et que l'on est par suite souvent porté à considérer comme un des traits primordiaux de la pensée religieuse de la race. De fait l'antiquité sémitique a admis, et les masses populaires admettent encore aujourd'hui, qu'il y a des hommes qui sont presque des dieux et des dieux qui ne se distinguent guère des hommes.

Il y a donc lieu de faire remonter à l'époque la plus reculée les origines du culte des morts en qui résidait une puissance supérieure, culte qui s'est perpétué et n'a cessé de renaître sous des formes diverses : dans le yahvisme il donne naissance à la vénération des tombes des héros nationaux comme Déborah, Miriam, Aaron, des prophètes comme Elisée ; dans le judaïsme, le catholicisme et l'islam il contri])ue à la formation du culte rendu aux saints et spécialement à leurs sépultures.

Peut-être faut-il chercher également dans la vénération qui s'attachait aux morts doués de maiia l'une des racines du culte des ancêtres au sens strict, patriarcal, et voir dans les croyances qui nous occupent l'une des causes lointaines de la révolution qui transforma la façon de compter la parenté. 11 était naturel, en eifet, que le fils, se cherchant parmi les morts un patron doué d'un pouvoir efficace de protection, songeât de préférence à son père, dont il avait pu apprécier les qualités de guerrier, de chasseur ou de magicien ; le père est dans la plupart des sociétés

(1) Urscm. lirl., p. 63. 64. 287. « Qui est votre dieu? dit un voyag-eur arabe de ma connaissance à un nomade mesalikh non loin de Basra. — C'était Fàdi, répondit l'honiine, noiiiniaut un gouver-neur de province puissant dans ces pays, et mort récemment; mais depuis sa mort, j'ignoi'e qui est dieu pour le moment)) (W'.-(l. PAi,(iHAVE, A Narrative af a year's journei/ lliiough Cfiitral and Easteni Arabia, 1' éd., Londres, Maemillan, 1865, I, p. 87.)

(i) I. Goi.uzniKH, Le culte dm saints citez les Musulmans, RIIR, 2 (1880), p. 265, et en général tout le travail j>. 257-351.

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