‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 43 sur 46 · LE CULTE DES DIEUX ANCÊTRES OU PARENTS · texte numérisé non relu

LE CULTE DES DIEUX ANCÊTRES OU PARENTS

Il serait intéressant de pouvoir déterminer les rapports de cette religion des morts avec les autres formes de la religion primitive des Sémites, de savoir si le culte des morts a été la première forme de la religion, comme l'ont soutenu par exemple Herbert Spencer, Lippert et M. Stade (1), ou si, au contraire, ainsi que le veut M. Jevons, les premiers dieux ont été les dieux généraux du clan, les morts n'ayant acquis rang divin que parce qu'on assimila les dons qu'on leur faisait aux sacrifices apportés aux protecteurs du groupe.

Nous n'aborderons même pas ces questions à longue portée. Il ne manquerait certes pas, dans l'aire sémitique, de faits que l'on pourrait citer en faveur de l'une ou de Tautre thèse ; mais le problème ne saurait être résolu pai- l'étude d'une seule race. Nous sera-t-il permis d'ajouter que, même si elle embrassait l'humanité tout entière, l'enquête n'aboutirait sans doute pas davantage ? Il ne parait pas qu'on puisse, dans l'état actuel de nos connaissances, — peutêtre faut-il dire : on ne pourra jamais — donner sur cette question des origines de la religion autre chose que des hypothèses.

Nous nous ])ornerons à eifleurer un point particulier, sans autre prétention que de montrer combien ces problèmes sont obscurs et combien il importe, provisoirement au moins, de tenir séparées des questions même très connexes en apparence, au lieu de les obscurcir en essayant de les éclairer l'une par l'autre.

Le culte des dieux ancêtres ou parents que l'on constate chez les Sémites suppose-t-il et par conséquent atteste-t-il le culte des ancêtres humains, comme on le dit souvent? Ou au contraire est-il nécessaire de faire intervenir le culte des dieux ancêtres ou parents pour expliquer le culte des

(1) B. Stade, GT72, I, p. 40G ; Bibl. Theol. des A. T. (1905), p. 185.

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ancêtres humains, tout au moins des ancêtres éponymes de clan ou de tribu ?

L'idée que des individus, des familles et spécialement des clans, des tribus ou des nations ont pour ancêtre un dieu, était familière aux Sémites (1). Les Moabites sont les fils et les filles de Gamosch ; une païenne est appelée « la fille d'un dieu étranger ». Jérémie reproche à ses compatriotes de dire au bois: « tu es mon père » et à la pierre: « tu m'as enfanté » (2). Beaucoup de tribus arabes portaient des noms de dieux : tels les Banù Hilàl (fils de la nouvelle lune), les Banû Badr (fils de la pleine lune), les Banù Schams (fils du soleil). Chez les Israélites, de même, et chez leurs voisins il ne manque pas d'ancêtres éponymes qui sont notoirement d'anciens dieux: Gad, Asser, Edom, Qaïnan, peut-être Dan, Ouz, Yeousch (3). De là des noms comme Benhadad (fils du dieu Hadad), Barlàha (fils de dieu), Barate, Barkos, etc.. ; de là encore ceux oîi le nom divin est remplacé par un terme de parenté, père (Abi), oncle [Ammi], etc.

Ge lien de parenté dut être longtemps considéré comme un lien de parenté physique. L'union des fils des Elohim avec les filles des hommes était tenue par les adorateurs de Yahvéh eux-mêmes pour un événement possible.

Ges croyances sont encores vivantes aujourd'hui en Syrie et en Arabie. Un habitant de Nebk « est regardé par le commun peuple comme le fils d'un d/inn ». « Un dji/in peut avoir une femme terrestre ou un homme avoir une femmeesprit qui le veut pour elle seule ». Une femme peut être rendue mère en se plongeant dans certaines eaux saintes appelées « eaux mâles » {dekr). On cite un exemple où

{\) Voyez sur ce point Ro». Smith, Kinship, p. 205-20"; liel. uf the Seni .^, p. 'lO-Gl ; Stadk, g Vf '-i, I, p. 40't. /|05.

(2) Nombres 2i, 29: Mal. 2, -Il ; Jér. 2, 27.

^3) C\KL SiEGFHiED, Gad-Mciii luitl, Gail-Muna.ssf, Jahrh. f. prot. T/ien/., I, 1875, p. 364-367; Stadk, GVf^, I, p. 4'.8. 40't (sur Gad); Wi: i.i.iiausen. Compas., l" éd.' p. 9 (sur Asser, (Jad, Kdom); Rou. S.mitii., Kliiship, j). 260-262 ; liel. of tlie Sem.'^\ p. 'i2.'i3./i6 ; GRUM:isii.\, der AhnenJiu/lu.s, p. 254.255. Kii ce qui concerne Asser, il faut, du reste, observer que ce n'est pas un ancien nom de tribu israrlite, mais un nom cananéen adopté par les Hébreux (pii on i),M)oraient sans doute le sens priniitil; peut-être en était-il de même pour (Jad et Dan (?).

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