DIEUX ANCÊTRES ET PARENTS
même des oulémas musulmans et un patriarche grec ont considéré un bain pris dans ces eaux fécondantes comme équivalant à la consommation d'un mariage (1). « Il y a à Médine une famille.,., qui en est à la troisième génération et qui descend d'une djinniâ., d'un r//ï««-femelle. » (2)
Etant donné, d'autre part, que la mispâhàh constituait encore au temps du yahvisme une communauté religieuse, ayant son sacrifice annuel auquel nul ne pouvait manquer (3), on admettra qu'anciennement chacun de ces groupes devait en général avoir sa religion propre (4), très souvent son dieu spécial et que ce dieu devait être considéré communément comme uni à ses adorateurs par des liens de parenté physique.
Au temps de la filiation maternelle, l'être divin devait être tenu, non pour le père, mais pour le parent (le « frère ») ou pour la mère du groupe; c'est de cette période que proviennent les nombreux noms propres où le dieu est qualifié d'A/^ .4///, « frère », ainsi que les cultes sémitiques de la Vierge-mère.
Le dieu éponyme parent a dû être souvent conçu sous forme animale et il est probable que, dans certains" cas au moins, le groupe se considérait comme apparenté à l'espèce entière dont il portait le nom ; d'où il résulte que le culte de clan a dû parfois revêtir chez les Sémites la forme d'un totémisme plus ou moins caractérisé (5).
Entre le culte de ces dieux parents ou ancêtres et le culte des ancêtres humains on ne peut, nous semble-t-il, établir que des rapports assez indirects.
(1) GuRTiss, Vrsemit. ReL, p. 121. 124. 112. -113 ; cf. p. 100. 414. 115. -118. 119.
(2) CiiAni.ES M. DouGHTY, Trat-els in Arabia Déserta, Cambridge, University Press, 1888, II, p. 191-193.
(3) 1 Sam. 20, 6. 29. Au temps de David ce sacrifice s'adressait naturellement à Yahvéh (Stade), non à l'ancêtre (Lippert) ou à un dieu particulier de la mispâhàh.
(4) De là les noms de tribus en el. Cf. maintenant sur ces cultes de clan, Stade, Bibliache Théologie des A. T., Tubingue, Mohr, 1905, p. 39-41.
(5) Sans nous sentir autorisé par les textes à reconnaître au totémisme sémitique l'extension non plus que le caractère primitif et la portée immense que lui attribuent Rob. Smith et son école, nous croyons son existence à une époque reculée établie avec une probabilité sulBsante par les faits suivants : les Sémites ont adoré des dieux à forme animale ; — plusieurs peuples sémitiques ont regardé certaines
122 AU TEMPS DE l'oRGANISATION MATERNELLE
Nous écartons, en effet, sans nous attarder à en montrer, après tant d'autres, les invraisemblances, l'hypothèse néoévhéméristede Spencer, d'après laquelle le culte des dieux, qu'ils fussent animaux, végétaux ou astraux, serait né du culte des ancêtres humains, par suite d'une méprise sur le sens du nom d'un aïeul qui se serait appelé Tigre, Chêne, ou Soleil.
Il n'est même pas à supposer que le culte des dieux parents se soit nécessairement constitué par analogie avec le culte des ancêtres humains. Telle est peut-être la pensée de M. Stade lorsque du fait que le tribu de Gad portait un nom divin il conclut que le culte des ancêtres de tribu a été autrefois pratiqué en Israël (1).
espèces animales comme impures ou comme sacrées (tabou), donc primitivement comme le siège d'esprits supérieurs et redoutables ; — d'autre part des tribus en assez grand nombre portaient des noms d'animaux, et la forme de quelques-uns de ces noms indique que parfois on se croyait apparenté à l'espèce animale entière ; ainsi la tribu des a Panthères )) ou « fils de panthères » (au pluriel) ; celle des Baïul Kalb ou Danit Kilûb, dont chaque membre pouvait s'intituler « Chien » ou « fils d'un chien » ou « frère de chiens » ou c( fils de chiens ». — L'existence du totémisme chez les Sémites a été soutenue en particulier par W. Robertson Smith, Animal Worship and animal Tribts among the Arabs and in Ihe Old Testament, dans The Journal of Philology, vol. IX (1880), p. 75-100; Kinship. p. 186-240 ; Rel. of the Sem. -' ; G.-A. Wh.ken, H.t matriarchat, etc., trad. en ail. : Dus Mairiarchat (das Mutterrecht) ben den alien Arabern, Leipzig, Schuize, 1884 ; 13. Stade, GVI -', I, p. 407-409; Biblische Théologie des A. T. (1905), p. 40. 51. lil. 142. 270; Joseph Jacobs, Are there Totem-Clan.s in the Old Testament ? dans the Archaeological Review, vol. III (mars-juill. 1889), p. 14:)-l(i4 ; Georg Aakon Barton, A Sketch oj Semitic Origins, Social and Religions, New-York, Macmillan, 1902, spéc. p. 35 et suiv. ; Stanley A. Cook, Israël and totemism, dans The Jewish Quarterly Review, avril 1902, p. 413-448. — La tlièse de Robertson Smith a été contestée ou rojotée par Th. Nôldeke, O M f. d. O., lO (1884), p. 300-304 ; ZDMG, 40 (1886), p. 148- 187 ; Paul de Lagarde, Mittheilungen II, Gœttingue, Dietrich, 1887, p. 69-75; LÉON Marillier, RHR, 36 (1897), p. 234-253; Fr. Vinc.Zapletal, der Totetnismusuiid die Religion Israels, Ein Beitrag ^iir Rcligionswissenscha/t nnd ^ur Erklarung des A. T., Fribourg (Suisse), 1901 ; L.-G. Lévy, La Famille dans l antiquité israclite, Paris, Alcan, 1905, p. 16-32. — Dans l'abondante littérature consacrée au totémisme en général, signalons spécialement Baldwi.n Spencer et F.-J. Gillen, The native tribes of Central Australia, Londres, Macmillan, 1899, ouvrage qui a renouvelé la question The northern Tribes of Central Australia, Londres, Macmillan, ■1904 ; J.-G. Fha/.er, The origin of Totemism, dans Fortnightly Review, vol. (55 (1899), p. 647-666. 835-8.52; Observations on central auslralian Totemism, JAI, vol. 28 (n. s. I), p. 281-286 ; Edward R. Tvlor, On the totem-post from the Haida-village etc., JAI, vol. 28 (n. s. I), 1899, j,. 133-137; Remarks on Totemism, with especial référence to some modem théories respecting it, JAI, vol. 28 (n. s. I), ■1899, p. 438- 148; les articles de M.M. Emile Diukheim et M. Maiss dans l'Année Sociologique (depuis 1896-97), en particulier Durkhelm, sur le Totémisme {Année soc, 1900-1901, p. 81-121i ; Salomon REiNA(;n, Cultes, mythes et relii^'ions, 1, Paris, Leroux, 1905. (l)Gry^ I, p. 406.