L ORGANISATION FAMILIALE ET SOCIALE
que le père ne gardât point pour lui le mohar de sa fille, mais le lui donnât à titre de dotation (1); en Babylonie la dot faite par le père était même d'ordinaire supérieure au prix d'achat versé par le fiancé (2). 11 devait en être de même en Israël ; tirer profit du mariage de ses filles, c'était les « vendre », les traiter comme des esclaves (3) ; Léa et Racliel n'espèrent plus revoir jamais a leur argent » (c'est-à-dire leur mohar, le prix des services de Jacob), sous forme de don ou d'héritage, puisque Laban l'a dissipé.
Si donc le narrateur élohiste montre Laban s'écriant enfin plein de dépit : a ces filles sont mes filles, ces fils sont mes fils ; ces troupeaux sont mes troupeaux et tout ce que tu vois est à moi », ce n'est pas pour constater un droit réel qu'aurait possédé encore le rusé Araméen, c'est pour souligner malicieusement l'habileté de Jacob qui a su s'approprier légalement ce qui naguère encore était le bien de son beau-père (4).
La circoncision imposée aux Sichémites ne saurait être une preuve que le mari devait primitivement entrer dans le clan de sa femme. Quel que fut le sens originel de la circoncision, elle passait en Israël pour une pratique de convenance élémentaire, observée non seulement par les Hébreux, mais par tous les peuples voisins, hormis les Philistins ; être incirconcis était une honte (5). « J'ai roulé de dessus vous l'opprobre de l'Egypte », déclare Yahvéh à Josué, lorsque, sur son ordre, le peuple entier a été circoncis. Il paraissait aussi répugnant d'épouser la fille d'un incirconcis que de donner sa fille à un de ces barbares (6). Il y avait de même des populations aveclesquelles un Arabe qui se respectaitnecontractait pas d'union ; de ce nombre étaient les peuples qui n'observaient pas la circoncision, les Perses, les Grecs. Un bédouin ne donne même pas volontiers sa fille à un citadin ou
(1) ROHKRTSON Smitii, A'inskip, ]). 98. 100 ; Wki.i.ijalsen, <lif EJic, \k ''■^''- ^"^^ ! BuRCKiiAKDT, Voi/ciffcs Cil. Arabie, 111, j), 80.
(2) Code de J/ciiiiiiKinrahi, § 16'l.
(3) Gu.NKi;i., llaiidkoiniii., Geii., p. 'iWi ; cf. Buiii., dirsocialcn VerliiiUnissc, p. 33 ; clc.
(4) Gen. 31, /i3.
(5) Jos. 5, 9 ; cf. 1 Sam. 17, 26. Sd, etc.
(6) Juges 14, 3.
à un paysan (1). S'il y a là une survivance de la filiation féminine, elle est bien lointaine etb ien confuse.
L'adoption des fils de Joseph par leur grand-père Jacob n'a pas pour objet de naturaliser israélites des enfants qui auraient été égyptiens par leur mère, mais d'expliquer pourquoi Ephraïm et Glanasse, bien que nés récemment d'une scission dans la « maison de Joseph», étaient, non de simples sous-tribus, mais des tribus de plein droit, égales en dignité à Juda ou à Ruben. Si le but de cette adoption avait été d' « israélitiser » les deux fils aînés de Joseph, Jacob n'aurait pas ajouté : « les enfants que tu engendreras après eux seront à toi , ils seront appelés du nom de leurs frères (Ephraïm et Manassé) dans leurs héritages » ; il aurait dû dire : « ils seront appelés du nom de leur mère», ou «du nom de la famille de leur mère ».
Le cas de Samson est plus caractéristique : le héros, du moins si l'on regarde l'intervention de son père et de sa mère comme des additions ultérieures (2), ne paraît [)as apporter de /»o/?/z/' aux parents de sa femme : il est seulement question de présents qu'il offre à celle-ci lorsqu'il vient la visiter à Thimna, où elle réside chez son père (3).
Gédéon, qui habite à Ophra, a de même une concubine à Sichem(4).
Moïse, qui se trouve, il est vrai, dans la situation très spéciale d'un proscrit, se fixe comme ger (client) chez son beau-père ; d'après l'élohiste, il ne le quitte qu'avec son autorisation et lui laisse sa femme et ses enfants. Son beaupère, du reste, les lui ramène plus tard (5).
Juda se fixe chez Hira lAdoullamite et épouse une Cananéenne. Ce trait, toutefois, n'est pas bien pi'obant; car tout le monde reconnaît que ce récit figure les relations étroites
(1) Wellhausen, die Ehe, p. 438.
(2) Comp. K. BuDDE, Kurs. Hand-Comm., lîic/iter, p. 97 ss; W. Nowack, Ilandkomni., Hicht.^ p. 121 ss.
(3) Juges 14, 9 ; 15,1 . M. Stade affirme qu'elle restait chez son père parce que c'était une fille héritière [GVI'^, I, p. 384j ; mais c'est une hypothèse que rien ne vient appuyer.
(4) Juges 8, 31.
(5) Ex. 4, 18 ; 18, 2».
16 l'organisation familiale et sociale
qui s'établirent entre la tribu de Jiida et le clan cananéen de Hira (1).
En résumé, les exemples d'Isaac, de Jacob, de Jose])h,de Moïse, de Samson, de Gédéon et peut-être celui de Juda, montrent que parfois la femme après son mariage restait dans sa j)arenté. Ce pouvait être pour des motifs divers n'ayant rien à voir avec la filiation féminine (Jacob, Joseph, Moïse) ; mais le cas de Samson, celui de Gédéon et surtout celui de Moïse font supposer que cet usage était, en dernière analyse, un reste du temps où le clan (maternel) tenait à garder dans son sein les enfants de ses filles. Il faut ajouter cependant que ce motif originel était oublié, et que, à part le lieu de résidence de la femme, les mariages en question appartenaient au type paternel. Dans les cas cités, en effet, la femme reste dans la «maison de 56)«7;è/-e )),non dans sa parenté maternelle ; et le fils de la concubine sichémite de Gédéon, bien qu'il déclare aux compatriotes de sa mère qu'il est a leur os et leur chair», se considère bien comme étant de la famille de son père, puisqu'il réclame son héritage.
Il y a, dans les coutumes Israélites, d'autres survivances moins confuses de filiation féminine.
Dans les sociétés maternelles, c'est le frère utérin de la jeune fille, ou son oncle maternel qui dispose de sa main. En Israël le frère, et spécialement le i'rère né de la même mère, avait conservé le droit d'intervenir dans le mariage de sa sœur.
II n'y a pas lieu d'insister sur le récit du mariage de Rébecca négocié par son frère Laban (d'après certains passages par son frère et sa mère); car il est plus que probable que, selon la tradition primitive, le père de la jeune fille était mort et que Laban agissait comme chef do la famille (2).
Mais Jacob est vivant lorsqu'un cheikh cananéen vient
(1) Gen. 38, 1.2.
(2) Gen. 2't, 50 noiiinip, il est vrai, Brlliiiel à côte de Laban (après !). Mais ou bien les mots « et Ijélliuel » sont une addition faite après coup, ou l>ien il y a dans notre cbapitre deux versions entremêlées et, d'après celle à laquelle appartient ce verset, Laban et Béthuel étaient deux frères de Rébecca (cf. v, 60 « notre sœur »). GuNKEL, Handkomni ., Gen., p. 219 ss.
demander la main de Dina ; et cependant les fils du patriar- -che interviennent dans la discussion et ce sont eux qui posent les conditions de l'accord. Deux d'entre eux, frères utérins de la jeune fille outragée, se chargent de la venger (1). Le Cantique nous montre aussi des frères se demandant: «Que ferons-nous de notre sœur le jour où on la recherchera? » (2) Le fait qu'ils sont plusieurs à se poser cette question indique bien que le mariage d'une sœur n'intéressait pas seulement ie frère chef de famille, mais tous les frères.
En pleine époque patriarcale la parenté maternelle constituait un lien particulièrement étroit.
Jéruldiaal, pour marquer combien les victimes dont il venge le meurtre lui tenaient de près, dit aux Madianites : •(( C'étaient mes frères, fils de ma mère. » (3)Absalom venge sa sœur Tamar sur son demi-frère /Vmnon, fils du même père, mais non de la même mère (4). Job couronne la peinture de son isolement par ces mots : « Mon haleine inspire de la répulsion à ma femme, et l'odeur de mon mal aux fils de ma mère. » (5) Joseph, nous est-il raconté, ne put contenir son ■émotion lorsqu'il revit Benjamin, son frère fils de sa mère (6). Absalom, après le meurtre d'Amnon, se réfugie chez son grand-père maternel, Thalmaï, roi de Géschur (7).
Abimélek fait dire aux Sichémites, compatriotes de sa mère : « Souvenez-vous que je suis votre os et votre chair ». Et les Sichémites disent de lui : « C'est notre frère. » (8) Laban dit de même à Jacob, le fils de sa sœur Rébecca : vTu es mon os et ma chair » (9), « tu es mon frère (mon parent) » (10).
(1) Gen. 34.
(2) Gant. 8, 8-10.
(3) Juges 8, 19.
(4) 2 Sam. 13.
(5) Job 19, 17. G'est du moins l'une des interprétations possibles de ce passage diflicile ; elle est soutenue, par exemple, jiar M. Budue (Ilandkomm., Hiob). Les mots bené bilni, littéralement « fils de mon ventre (maternel) », ont souvent aussi été entendus « fils de mes entrailles», donc « mes propres fils» (ainsi Duhm, Kurz. Iland-Comin.) ou « fils de ma tribu » (Wetzstei>' dans Delitzsch, Dibl. Commentar ûber das A. T., IV, 2, Job (1864), p. 520; RoB, Smith, Kinsliip, p. 34).
(6) Gen. 43,29. Voyez aussi Ps. 50, 20 ; 69, 9; Gant. 1, 6.
(7) 2 Sam. 13, 37.
(8) Juges 9, 2. 3.
(9) Gen. 29, 14 (J).
(10) Gen. 29, 15 ['L).
18 l'organisation familiale et sociale
Il est vrai que Labaii et Jacob étaient en même temps parents en ligne masculine. Mais Joab salue également du nom de frère, Amasa, qui était le fils d'une sœur de sa mère et d'un étranger. Et David dit au même Amasa, fils de sa sœur : « N'es-tu pas mon os et ma chair ? » (1)
La polygamie, comme le montrent plusieurs des exemples cités, a puissamment contribué cà perpétuer ces liens particuliers qui unissaient les fils de chacune des épouses à la parenté de leurs mères respectives; et l'on concevrait même qu'elle eût créé ces liens (2). 11 est plus probable cependant qu'il y a là un reste de filiation féminine.
Car les Israélites, comme les Arabes, paraissent avoir admis qu'il y a une affinité et des obligations toutes spéciales entre le neveu et son oncle maternel, c'est-à-dire l'ancien chef du groupe maternel. Laban se reconnaît tenu de traiter Jacob avec une faveur exceptionnelle. David compte parmi ses premiers et ses plus ardents partisans les fils de sa sœur Serouyàh ; il les élève aux plus hautes charges et les ménage malgré leurs violences. Lorsqu'il songe à disgracier Joab, c'est par Amasa, un fils de son autre sœur Abigal ou Abigaïl, qu'il veut le remplacer (3). Un écho de cette antique conception s'est conservé jusque dans le Talmud : « Celui qui veut se marier doit prendre des informations sur les frères de sa future. C'est une tradition que la plupart des fils ressemblent aux frères de leurs mères. » (4)
Le sentiment de la parenté maternelle était donc resté vivace chez les Israélites; il l'était plus encore chez les anciens Arabes : prendre parti pour la tribu paternelle même contre la tribu de sa mère était le devoir du guerrier; mais quand il le faisait il s'en vantait et ne s'y résolvait pas sans lutte (5).
(IJ 2 Sam. 20, 'J comp. 17, 25 ; 1 Chron. 2, 1(J. 17 ; — 2 Sam. 19, 14.
(2) L.-G. Lévy, la Famille, p. 127.
(3) 2 Sum. l!t,14.
(4) Baba balhra 110 ■ (dans WuNSCME, Der liabyl. Tahiiiid in seincn liaggad. BestandtheiUn, II, 2, Leipzig, Schulzc, 1888, p. 199). M. L.-G. Lévy, la Famille, p. 127, cile d'aiilres textes rabbiniqiics.
(5) Wei.liialskn, die Elie, p. 477. « Le respect des Bédouins pour leur mère est bien plus exemplaire que celui qu ils montrent pour leur père » (BuRCKUARDT, Voy. en Arabie, III, p. 257).
M. Noldeke a fait remarquer que les Maiidéens se désignaient dans les textes religieux comme fils de leur mère, tandis que dans la vie civile c'est le nom de leur père qu'ils indiquent. Il en conclut avec raison que ces « descendants des anciens Babyloniens ont ici conservé dans le style hiératique une antique façon matriarcale de s'exprimer » (1).
Nous pouvons ajouter que le même indice se rencontre chez les Juifs. Dans leurs formules magiques « le nom de la mère est souvent cité, jamais celui du père, comme cela est habituel aussi dans les formules magiques d'autres peuples » (2). « Toute formule de conjuration, dit Rabbi Abai, se fait avec le nom de la mère. » (3) Cette façon de se désigner est couramment employée encore aujourd'hui par les Juifs de Palestine dans les lettres qu'ils adressent aux patriarches et qu'ils leur font parvenir en jetant leurs missives dans un trou pratiqué sous une marche de l'escalier de la mosquée d'Hébron. Les correspondants d'Abraham, de Sara ou de Jacob s'y intitulent « David Eliézer ben Rivca (Rébecca) », « lehouda Leb ben Sarah », « Joseph lozik ben Matelie (Madeleine) », etc. (4).
Le même usage était observé dans les formules d'incantation qui avaient cours parmi les Juifs comme parmi les païens et les chrétiens h l'époque gréco-romaine : dans les modèles que nous ont conservés les papyrus magiques les noms propres sont représentés par la formule ô oeîva ov z-cxsv h hhx, « un tel qu'enfanta une telle » ; dans une des tabulae devotioiiis d'Hadrumète, qui renferme des citations de l'Ancien Testament, <■ Domitiana qu'enfanta Gandida » adjure l'esprit de lui ramener « Urbanus qu'enfanta Urbana » (5).
(1) OM f. cl. O.. 10 (1884), p. 304. Cf. Richard Andrée, Ethnograpliische Parallelen und Vergleiclie, Stuttgart, Maier, 1878. p. 172.
(2) L. Blau, Das all/udische Zauberi\'eseii, p. 85, cf. Moïse Schwab, Coupes à inscriptions magiques, dan» Proceedings of tlie Society of biblical archœologij. XIII (1890/91), p. 585 s. ; Jos. Wohlstein, Ueher einige aramàische Inschriften auf Thongefdssen des Kgl. Muséums zu Berlin, Zeitsciir. f. Assyriol., viii (1893), p. 328. 331 et IX (1894), p. 11. 16. 19. 20.
(3) T. D. Schabb. 66'' (éd. Goldschmidt, I, p. 474).
(4) F. Macler, Correspondance épistolaire avec le ciel (extrait de la Revue des traditions populaires], Paris, Leroux, 1905, p. 8-15.
(5) Adolf Deissmann, Bibe/studien, Mai-bourg, Ehvert, 1895, p. 26. 28. 37; cf. E, KvH^ERT, Feuerzauber, Rliein. Muséum fiir Philologie, N .F., vol. 49 (1894), p. 41, note 7.
20 l'organisation familiale et sociale
En Egypte, « dans les tombeaux de l'ancien empire la mère du défunt est d'ordinaire représentée à côté de son épouse, tandis que l'image de son père manque presque toujours. Et sur les stèles funéraires de l'époque ultérieure c'est un usage régnant de marquer l'origine du défunt en indiquant le nom de sa mère, et non, comme cela nous semble naturel, celui du père ». Le savant d'après lequel nous reproduisons ces faits y voit avec raison un reste de filiation par les femmes (1).
Il y a dans la Bible aussi quelques personnages dont le nom est couramment accompagné de celui de leur mère et non de celui de leur père. Mais il est douteux que ces cas soient à mettre sur la même ligne que ceux qui viennent d'être cités ; car il y a en général une raison spéciale pour que le nom de la mère soit mis en vedette.
Joab eL ses frères sont appelés les fils de Serouyah parce que c'est parleur mère qu'ils sont apparentés au roi (2).
Si, parmi les Nethinim et les serviteurs de Salomon, beaucoup de familles portent des noms de femmes, cela tient probablement à ce qu'il y avait dans leurs rangs beaucoup de descendants de ces qedêsot ou hiérodules dont la présence dans le Temple ne fut définitivement interdite que sous Josias(3). Ce sont également des serviteurs et la servante d'un temple qui désignent exclusivement le nom de leur mère dans les inscriptions CIS I, 253. 256. 378 (4).
On pourrait j)lutôt alléguer ici l'expression qu'emploient deux psalmistes :
Ah Yahvélî ! Je suis ton esclave, Ton esclave fils de ta servante ! (5)
Donne ta force à ton esclave,
Et sauve le fils de ta servante ! (6)
(1) Adoi.I" En.MAN, Aegi/plen und ucgyptiscliea Lcbcri iiit AUei tu m ^Twh'wx'^wo, Laiipji, 1885, p. 224.
(2) 2 Sam. 2, 13. 18, etc.
(3) JosiiPn Jacoks, Are ihcrc totciii-cluns in (he Old Tesiannnt ? The arcliœolugical Review, vol. III (mai 1889), p. 15.5.
('i) M. LiDZiiAUSKi, Iluiidb. dcr uurdscinitischen Epigraphik, I, Weimar, 1898, p. 136.
(5) Psaume 116, 16.
(6) Psaume 86, 16.
Celte façon de s'exprimer peut cependant venir simplement de ce que, entre Tesclave né dans la maison et son maître il y avait un lien particulièrement étroit d'affection et de fidélité.
Un autre fait fort significatif qui indique que la filiation n'a pas toujours été comptée en ligne masculine, c'est que, dans les temps anciens en Israël, une parenté même extrêmement rapprochée dans cette ligne ne constituait pas un empêchement au mariage : or l'interdiction de l'union avec des parentes est en général très développée chez les peuples primitifs. x4mram prend pour femme sa tante, sœur de son père, Joicèbed (1). Abraham épouse sa demi-sœur, Sara, fille du même père, mais non de la même mère (2). Tamar aurait pu devenir légalement la femme de son frère consanguin Amnon(3). Ces unions, bien qu'elles aient plus tard été interdites par la coutume, puis par la Loi, se pratiquaient encore au temps d'Ezéchiel (4). De là vient peut-être le terme de tendresse « fiancée, ma sœur » qu'on trouve dans l'un des oiiassf ou chants nuptiaux conservés dans le Cantique (5j.
Chez les Phéniciens, de même, Eschmounazar, roi des Sidoniens, avait pour père Tabnit, fils d'un autre Eschmounazar, et pour mère Amastarté, fille du même Eschmounazar (6). A Tyr un homme pouvait épouser la fille de son père encore au temps d'Achille Tatius (7). Robertson Smith signale un cas analogue dans l'antiquité arabe (8).
Ces indices seraient toutefois plus probants si l'on pouvait faire la contre-épreuve et si l'on connaissait des cas
(1) Ex. 6, 20.
(2) Gen. 20, 12.
(3) 2 Sam. 13, 13.
(4) Ez. 22, 11.
(5) Gant. 4, 9. 10. 12 ; 5, 1 ; Noldeki:, ZDMG, 40, p. 150. — M. L.-G. Lévy {la Famille, p. 129) objecte que ceUe locution était usitée aussi en Egypte. Mais en Egypte précisément les unions entre frère et sœur n'étaient pas rares. Il est possible, du reste, que, dans les textes égyptiens, le terme de sœur fût souvent un euphémisme pour désigner une compagne extra-conjugale (Adolf Ekman, Aegypten und aegypt. Leben irn Alterlum, I, p. 221. 222.
(6) Inscr. d'Eschmounazar, 1. 14. 15.
(7) I, 3, 2, éd. Teubner (1858), p. 40.
(8) Kinship, p. 163.
22 l'organisation familiale et sociale
anciens où la parenté maternelle aurait constitué un empêchement au mariage (1).
On relève encore que le mot rehein, « sein maternel », paraît avoir eu en hébreu, comme le terme arabe correspondant, le sens de « lien de parenté » (2), que beten, qui a la même signification, est peut-être une fois employé, comme l'arabe bain, pour désigner un clan (3), qu'enfin une nation, une ville sont fréquemment représentées sous la figure d'une mère, d'une « mère en Israël » (4); le mot 'oummàh, dérivé de 'em, mère, sert dans la langue récente à désigner un clan. Ces acceptions semblent supposer que les clans et tribus étaient anciennement fondés sur la parenté maternelle (5).
Robertson Smith a même essayé de prouver que, chez les Hébreux comme chez les Arabes, les tribus ont d'abord eu des noms féminins et que ce n'est qu'après coup, lorsque l'organisation patriarcale eut pris le dessus, que l'on donna à ces groupements sociaux des noms et des ancêtres masculins : Sara serait l'ancienne forme du nom d'Israël, Léa, l'antécédent féminin de Lévi (6).
M. Wellhausen a objecté avec raison que, s'il faut reconnaître dans Sarah le verbe qui entre dans le nom d'Israël, ce mot n'est pas un féminin (7). Le lien de Léa et de Lévi est fort hypothétique. Enfin les noms qui peuvent authentiquement être regardés comme des noms féminins de tribus ou de clans hébraïques sont trop rares pour servir de base à des conclusions d'une aussi grande portée que celles qu'en tire Robertson Smith (8).
(1) \ViiLi.iiAusi:N,f//e^/je, p. 441.
(2) Am. 1, 11 : « il (Edom) a aboli ses liens de parenté » en poursuivant son frère Judo (cf. K. Makti, Kurzer Hand-Coruvi.). D'autres entendent, il est vrai: « il a étouffé toute pitié » (cf. Noldekk, XD3IG, 1886, p. 151 s ; Wki.i.iiauskn, die Ehe, p. 475 ; die kleinen Prophcten^, 1898, p. 2. 70 ; Nowack, Ilaiidlionaii.).
(3) Job 11), 17 : voyez ci-dessus p. t7.
(4) Ainsi 2 Sam. 20, 19 ; Os. 2, 4. Le passage Os. 4, 5 est corrompu.
(5) ROB. Smith, Kinship, p. 28. 29. 33. 34; Wkllhausen, die Ehe, p. 475; au contraire L.-G. Lévy, la Fantille, p. 128.
(6) Kinship, p. 29. 30. 257 ; Wellhausen, Prolegomena, 2* éd., Berlin, 1883, p. 150.
(7) Die Elie. p. 47G.
(8) Comp. Bern. Lutiieu, Die isiaclilischcn Stiimme, ZatW 1901, j). 53-60.