TRIBU
Les groupements plus compréhensifs qui en Israël se superposaient à la lamille étaient la mispâhâh, puis la tribu ; ces groupements étaient, nous l'avons vu, considérés à l'époque historique comme étant d'origine patriarcale.
En ce qui concerne la tribu, il est manifeste que cette conception ne répond pas à la réalité. Une tribu hébraïque n'était pas l'ensemble des descendants d'un même ancêtre, mais une agglomération instable et relativement récente de groupes sociaux antérieurs (1).
Les tribus israélites, telles qu'elles apparaissent à l'époque des juges et des rois, étaient avant tout des groupements réo-ionaux; or, au milieu des vicissitudes de l'établissement des Israélites en Palestine, il n'est guère vraisemblable que les membres d'un ensemble aussi vaste qu'une tribu aient pu tous s'installer en masses compactes dans un territoire nettement délimité. La pénétration des Hébreux en Canaan dut être, en ellet, infiniment plus lente et plus laborieuse que ne le fait supposer la relation schématique du livre de Josué ou même le récit beaucoup plus vivant du yahviste (Juges 1). Nous avons à nous la figurer à l'image de l'avance, tour à tour violente et pacifique, des Habiri dont se plaignent les princes cananéens dans les lettres de Tell el Amarna. On peut donc affirmer rt/>/7'o/7' que les groupements un peu considérables qui ont pu exister à l'époque nomade se sont rompus par l'effet de la « conquête » et ont fait
(1) Sur ceUe question nous renvoyons le lecteur à la belle étude de M. Bernh. Luther, die israelitlschen Stàmme, ZaiW, 1901, p. 1-76, que nous avons largement mise à j^rofit.
28 l'organisation familiale et sociale
place à des organismes nouveaux fondés principalement sur le voisinage et les intérêts pressants de la défense contre les dangers locaux.
La substitution du groupement territorial, village, ville, province, à l'ancien groupement purement tribal était si bien une conséquence nécessaire du passage de l'état nomade à l'état sédentaire qu'elle s'est reproduite chez les Arabes. « Le khalife Omar exhortait ses Arabes à tenir à leurs arbres généalogiques, et à ne pas faire comme les paysans de l'iràff qui à la question : « De qui es-ta ? » répondaient : « De tel et tel village »... Des gens du Khorassan il est dit de même : leurs arbres généalogiques ce sont leurs villages. » (1)
C'est bien à ce stade qu'étaient parvenus les Israélites' aux temps oii nous les voyons installés en Canaan ; car à des étrangers ils ne demandent pas : « De qui (de quelle tribu) êtes-vous ? » mais: « D'où (de quel village) êtesvous ? » (2) C'est ce qu'indique aussi, comme l'a remarqué ^L Nôldeke, la réflexion suivante d'un ancien historiographe: « le nom du second était Rékab... de Beéroth, d'entre les fds de Benjamin : car Beérolh aussi était attribué à Benjamin. » (3) « Ainsi ce n'est pas à cause de sa descendance, mais à cause de son lieu d'origine ou plutôt à cause de l'attribution usuelle de ce lieu qu'il était un desfils de Benjamin. » On est d'une certaine tribu par le fait qu'on élit domicile en un lieu donné. D'après Burckhardt, de même, « tous les Arabes du Nedjed qui se fixent à Bagdad, de quelque origine qu'ils soient, entrent dans la tribu iVOqail » (4).
Ces nouvelles tribus régionales qui se constituèrent en Israël après la « conquête » prirent parfois le nom d'une mispâ/jàh qui leur servait de noyau : c'est le cas, semblet-il, pour Dan et pour Juda, qui sont encore dans quelques textes désignés comme des /ni-spà/iôt (5). D'autres tiraient
(1) Tu. Nôldeke, ZDMG, 'lO, p. 183.
(2) Gen. 29, 4.
(3J 2 Sam. 4, 2.
(4) Tu. NÔLOEKE, ZDMG, 40, p. 183.
(5) /liges 13, 2 ; 18, 11-19 ;— 17, 7.