‹ Le culte des grottes au MarocChapitre 2 sur 13 · SON EXTENSION · texte numérisé non relu

SON EXTENSION

tivement récente, prouvant qu’elle a servi longtemps d’habitation humaine. Tout porte à croire que le troglodytisme fut autrefois la forme d’habitat la plus commune des Berbères, et en maint endroit l’histoire de l’habitation se discerne au premier coup d’œil. Je veux parler de ces forteresses, de ces villes et de ces villages qui s’élèvent sur les lianes ou sur le sommet d’un plateau rocheux, dont les assises présentent une ou plusieurs rangées de grottes superposées ; c’est dans celles-ei d’abord que les hommes s’établirent. Pour nous en tenir à quelques villes occidentales encore habitées aujourd’hui, la première Tlemcen et la Fès primitive durent être de ce modèle, et Taza en offre un exemple parfait. Quelquefois, comme en cette dernière ville, l’aménagement alla fort loin ; il est plus net encore en certains lieux qui ne sont plus maintenant habités. De Foucauld a décrit ces véritables villes de grottes, aujourd’hui désertes, qu’il a rencontrées dans les parages de Ouaouizeght, ces rues en corniche taillées dans île rocher pour relier par un passage facile l’entrée des différentes demeures (i). Un jour vint où les hommes sortirent de dessous terre et élevèrent sur le sol leurs maisons ou leurs huttes; mais ils n’allèrent pas loin, montèrent sur le sommet du plateau, ou construisirent les nouvelles demeures à la porte même des anciennes. Celles-ci ne furent point complètement abandonnées : elles servirent de magasins et d’étables; beaucoup de montagnards marocains en sont encore à ce stade.

En bien des pays, le tombeau représente la forme ancienne de la maison ; on couche les morts dans une demeure semblable à celle où vécurent les ancêtres. Si la sépulture dans les grottes n’est plus pratiquée aujourd’hui en Berbérie, elle le fut largement autrefois. Les tombeaux creusés dans le rocher, grottes artificielles ou grottes naturelles aménagées, sont fréquents dans le nord

(1) Reconnaissance au Maroc., p. 61, 70.

du Maroc, sans qu’on puisse encore leur assigner une date précise. A Fès, à Taza surtout (i), ils sont fort nombreux; et l’on sait que les Guanches des Canaries déposaient dans une caverne spacieuse les corps momifiés de leurs morts (2).

Si le troglodytisme est infiniment moins répandu aujourd’hui qu’il ne l’était dans les temps anciens, il a cependant laissé des traces en de multiples points de l’Afrique du Nord. Pour nous borner encore à citer quelques exemples pris dans les régions occidentales, les troglodytes sont nombreux dans tout le Moyen-Atlas et sur Je rebord nord des contreforts de cette chaîne (El-Hajeb ou Ifran) ; on en Trouve, sur l’autre versant, dans le Dades, comme dans le Haut- Atlas ; les villes ont souvent les leurs. Les grottes de la primitive Tlemcen sont réhabitées, et, ià l’ intérieur même de l’enceinte de Fès, tout un village de troglodytes s’est établi près de Bab-Guissa.

Il est vrai que ces grottes ont souvent pour habitants des catégories de population qui sont moins exposées que les autres aux attaques des puissances occultes. Les troglodytes d’Ifran sont ou se prétendent chorfa. Ailleurs, les cavernes sont habitées par des forgerons, dont les pouvoirs magiques particuliers sont bien connus. Ou encore, comme à Tlemcen et à Fès, par de très pauvres gens, dont l’indigence fait taire les craintes superstitieuses : mieux vaut maison dangereuse que pas de maison du tout ; et, l’impunité aidant, on finit par s’habituer à sa demeure souterraine. D’autres enfin, par des hommes qui aiment mieux braver les génies que les autorités : de nombreuses

(1) Sur les tombeaux d*e Taza, voir le résultat des fouilles faites par le lieut. Campardou {Bull. Soc. Arch. Oran, 1917).

(2) Il n’y a pas lieu, je crois, de considérer comme une survivance l’ensevelissement dans des grottes, qui, sous l’influence de circonstances accidentelles, se pratique quelquefois à l’époque actuelle. Ainsi, dit-on, les Juifs de Taza, n’osant s’écarter de la ville, ensevelissaient leurs morts dans les cavernes qui se trouvent juste au-dessous de l’ancien mellah.

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