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LES GROTTES ET L’EXPULSION DU MAL

Les rites d’expulsion du mal ( asifed ) de l’Anti- Atlas : on reporte dans les grottes les génies qui dévastent les champs. Cérémonies des Âït Oumanouz, des Ilalen, des Ida Gounidif. — Restes de rites analogues dans des grottes d’autres régions; le Kehf-el-’eubbad de Sefrou; la grotte de Sidi Bergem chez les Ntifa. — Dangers du voisinage des grottes sacrées, réceptacles de mauvaises influences ; les pèlerinages périodiques et préventifs pour reporter celles-ci aux grottes.

Ges rites d’expulsion du mal, nous allons les voir se dérouler avec la plus grande netteté dans les très curieuses cérémonies d’asifed que M. Laoust a découvertes chez les tribus de ll’Anti- Atlas (i).

Ges populations sont certainement, parmi les sédentaires berbères, celles qui sont restées, depuis plusieurs dizaines de siècles, les plus semblables à elles-mêmes. Les influences latines, qui s’y font pourtant sentir encore, n’ont pu s’exercer là qu’indirectement : la conquête romaine, qui ailleurs put s’enfoncer assez profondément dans le désert, n’a nulle part, au Maroc, franchi les montagnes, et ne les a pas partout atteintes. Quant à l’Islam, malgré la proximité relative de centres d’islamisation ardents, mais localisés, tels que le Sous et la Saguiet el Hamra, il suffit d’une très rapide enquête pour se rendre compte qu’il n’est guère chez ces tribus qu’un mot; et sous le couvert de ce mot, ces populations, qui ne cessent de se dire et de se croire musulmanes, ont conservé, sans

(1) Laoust, Mots et choses berbères, p. 338-350.

même tenter de les déguiser le moins du monde, tout un ensemble de coutumes, de croyances et de rites extrêmement curieux, compliqués et primitifs. Nous pouvons affirmer presque en toute certitude que ceux-ci représentent — avec le minimum de modifications que peut apporter le temps dans les idées d’une population qui, livrée à elle-même, n’évolue pour ainsi dire pas — les croyances et les rites qui étaient ceux du paganisme berbère, avant qu’aucune influence étrangère ne vint les modifier, par son action ou par sa seule présence.

Or parmi les plus caractéristiques de ces cérémonies sont celles que l’on nomme asifed, c’est-à-dire expulsion (des mauvaises influences). A l’époque où mûrissent les orges et le maïs, la récolte autour de laquelle tourne toute la vie du sédentaire est encore loin d’être assurée. C’est le moment de redoubler de vigilance, car les plus graves dangers la menacent : vers rongeurs dans la tige des épis,* petits oiseaux qui viennent manger les grains à peine mûrs, chacals ou autres bêtes sauvages qui dévastent les champs, bref, toutes les calamités qui peuvent s’abattre sur la récolte, anéantir ou diminuer au dernier moment les moissons qui s’annoncent les plus belles. Tous ces dangers sont d’ordre magique tout autant que matériel. Il est bon de veiller la nuit auprès des champs pour empêcher les bêtes sauvages de s’y glisser, de mettre des épouvantails ou de chasser, le jour, les oiseaux pillards : il est meilleur encore de défendre la récolte contre les tentatives des génies, avides eux aussi du grain nourrissant, et d’écarter du champ, par une opération magico-religieuse, toutes les mauvaises influences, celles que représentent les pillards visibles et surtout les invisibles. Tel est le but des cérémonies d’ asifed : ramasser dans les champs toutes les influences dévastatrices et les porter ailleurs, là où elles ne pourront plus nuire. Et comme, après tout, ces êtres mystérieux cherchent beaucoup moins à ennuyer les mortels pour les ennuyer qu’à assurer leur propre subsistance, on va souvent, en

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