‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 101 sur 249 · Cf. texte cité de Prosper · texte numérisé non relu

Cf. texte cité de Prosper

3. Le fait que Palladius, et non saint Patrick, a été ordonné par le pape en personne, loin d'infirmer cette vue. la corrobore. Seul le premier évoque nommé avait besoin de cette haute consécration. Le prestige que l'autorité de Rome lui avait donné passait à tous ses successeurs. Peu importait qui ordonnerait son remplaçant. Bury. op. cit., p. 60 s. — Cf. ci-dessus, n. 1.

4. Le serai-pélagianisme de Lérins s'accorde parfaitement avec l'anti-pélagianisme d'Auxerre. Faustus de Riez, semi-pélagien lui-même, combat énergiquement l'hérésie. Saint Hilaire d'Arles et saint Loup de Troyes, deux anti-pélagiens prononcés, sont sortis du monastère de Lérins. — D'ailleurs on n'a pas de preuve que saint Patrick ait été un défenseur du libre arbitre. La parenté de son symbole de foi avec des symboles semi-pélagiens ne prouve nullement une identité de doctrine.

leures écoles de missionnaires qu'il y ail eu au v siècle. A Lérins lo renoncement et l'ascétisme florissaient et à Auxerre saint Germain donnait l'exemple d'une des plus belles énergies qui eussent été jamais au service de l'Église. Et si notre saint ne mit point à profit toutes les ressources d'Au.\erre et de Lérins pour atteindre beaucoup d'adresse au jeu des subtilités théologiques, ni pour acquérir une culture littéraire bien solide', du moins connaissait-il à fond les Ecritures, et son orthodoxie était parfaite".

Patrick suppléait d'ailleurs aux lacunes de son instruction par des qualités personnelles de premier ordre.

Il avait, en premier lieu, l'expérience du peuple qu'il se proposait de convertir. Sa patrie était la Grande-Bretagne toute voisine. Il y était issu d'une famille ecclésiastique \ Par son origine môme il était donc en mesure d'être renseigné sur les Irlandais*. Mais ce qui conférait à Patrick

1. H l'avoue lui-nr^rne. Cf. i)liis hant. — Son latin fait foi d'ailleurs de ce qu'il ne se trompait pas.

2. La Confession et VÉpî/ve sont fleuries de citations, et le style des deu.x écrits est plein de réminiscences bibliques. Cf. White, éd. cit. — Quant à l'orthodoxie elle apparaît dans la déclaration de foi de saint Patrick et elle est garantie par sa préparation gallicane. Saint Patrick se considère d'ailleurs comme « chrétien romain », Ep. p. 378. — M. Bury, op. cil., a très bien démontré Tabsurdité de la thèse qui veut faire de saint Patrick un schismatique.

3. Conf. p. 357 : o Kgo Patricius... patrem habui Calpornum diaconum filium quendam Politi filii Odissi presbyteri qui fuit in uico Bannauem Tabernlaî ». — (M. Bury, op. cit., p. 322 ss., corrige en Bannauenta fierniae). — Ibid. p. 36i : « et iterum post paucos annos in Brilannis eram cum parentibus meis » ; ibid. p. 370 : « uoluero... pergere in Britannias et libcntissime paratus irem quasi ad patriam et parentes ». Bannnuenta Berniae (?) n'a pas été identifiée.

4. Au.x IV* et V» siècles les relations étaient continuelles entre la Grande- Bretagne et l'Irlande. Cf. Lolh., dans Rev. Celtique XVIII, p. 304: Kuno Meyer, dans Trans. of Ihe hon. Soc. o/" CymmrorforioH, d89b-96, p. 64; Rhys, dans Archaeolofjia Camhrensis, 1895, p. 18 ss.; Vendryès, op. cit., p. 47 ss. "W.-C. Borlase. The Dolmens of Ireland, London, 1897, II. p. 3;)i s. et p. 3o3. — Des incursions et des pillages d'Irlandais en Grande-Bretagne sont mentionnés flans Bède. Chvonica maiora, éd. Mommsen dans Mon. Germ. Ilist.. série in-i", Auclores antiquissimi, XIII (Chronica minara, III), p. 301 et p. 303. Cf. Joyce, op. cit., I.

une supériorité évidente sur tout autre missionnaire, c'était d'avoir vécu en Irlande. Des pillards irlandais l'avaient enlevé, en effet, à l'âge de seize ans et il avait passé six années captif en leur pays*.

D'autre part, Patrick est un homme d'une haute valeur morale et religieuse.

Sa piété et son ascétisme étaient exemplaires. Dès l'époque de sa captivité il se levait la nuit pour faire pénitence au dehors malgré la pluie ou la gelée. 11 s'appliquait aux jeûnes et arrivait à faire cent oraisons par jour. Et jamais aucune paresse ne l'arrêta, tant était grande en lui l'ardeur à servir Dieu ^.

Sa croyance en sa vocation était mystique et profonde. Des voix ou des songes la lui avaient indiquée toute sa vie. Au retour de Lérins, demeurant auprès de ses parents en Grande-Bretagne, il vit une fois en songe un homme, appelé Victoricus, qui venait d'Irlande porteur de lettres nombreuses. Sur l'une d'elles Patrick lut : « Voix des Irlandais », et plus bas « les fils de la forôt de Fochlut t'appellent... » Aussi se croyait-il appelé par le Seigneur, et ni les prières de ses parents, ni les cadeaux qu'ils lui offrirent ne purent arrêter sa vocation -. Les dangers mêmes le réjouis-

p. 73 ss., p. 76 ss. — Il existait des colonies irlandaises en Grande- Bretagne ; cf. Zimmer, Nennius vindicalus, p. 85.

i. Conf. p. .357 : p. 361. — La tradition est que l'endroit où saint Patrick fut captif soit situé dans les environs du mont Slemish en Antrim. Mais M. Bury remarque que les probabilités sont pour la forêt de Fochlut. C'est de là en effet que Patrick sentend appeler plus tard (Cf. p. 36, n. 3). Bury. op. cit., p. 334 ss.

2. Conf. p 361 : «... posfquam Iliberione deueneram, cotidie pecora pascebam et frequens in die orabam, magis ac magis itaque accedebat amor Dei et limor ipsius. et fides augebatur et spiritus agebatur, ut in die usque ad cenlum orationes et in nocte prope simiiiter ; ut etiam in siluis et (inj monte manebam (et) ante lucem excitabar ad orationem per niuem. per gelu. per pluiam, et nihil mali sentiebam neque ulla pigritia erat in me, sicut modo uideo, quia tune spiritus in me feruebat ».

Page 1