PREFACE XI
les plus (v[)i(jiios de tous, car ils reçoivent un culte, l'rcndre comme critérium le caractère historique des actes, passager des interventions, borné de la compétence, limité de la puissance, c'est nécessairement laisser de côté les civilisateurs des mythologies américaines, car ceux-ci ne se bornent pas i\ aider les hommes et à fonder leurs races, mais ils les créent et ne sont pas moins capables de donner ù l'humanité le soleil que le feu. Prendre comme critérium définitif, sans plus, la personnalité, c'est vouloir rejeter tous les héros anonymes de la Grèce, les héros de fonctions et nombres de génies inventeurs de rites ou de lechni(iues que l'on range sous la rubrique des héros civihsateurs' ; la nature humaine des personnages, c'est renoncer à joindre à la famille des héros ses ancêtres à forme animale, comme le corbeau de la Colombie Britannique. Héros, dieux, démons sont espèces parentes. Mais leurs ressemblances et leurs différences sont difficiles à réduire en systèmes.
11 s'est produit certainement de l'une à l'autre des passages ou des échanges ; des héros sont devenus dieux, des dieux sont devenus héros. Même des groupes entiers ont changé de caractère et d'étage. Les Goths, dit leur historien, Jordanes, appelaient Anses des héros, qui étaient des chefs; ce sont les Ases des Germains septentrionaux, qui, chez ceux-ci, sont des dieux '\ Une limite ainsi sou-
1. K. Diirkhoim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, p. 405.
2. Jordanes, De Getarum origine, 13 : proceri^s suos, quasi qui fortuna vincfbani, non puros homincs, seJ semideos, id est anses, vocavere. — 0. Scliradcr, Aryan religion, dans Haslings's Encyclopxdia, t. II, p. 15 ; id., Reallexikon cler indogermanischen Allertumskunde, p. 30: les Ases, comme les Asuras, ont été connus comme des Ames de morts ; ce sens est porté par la racine dont leurs noms sont dérivée.