Muirchu. p
3. Malédiction de la Sele (Blackwater, Mealh) et de l'Oing « quia dimersi sunt duo pueri de pueris Patricii in Saeli », Tirechàn, p. 328 (cf. p. 307); de la Dub (DufT ou Bunduff, Sligo), « quia postulauit (piscatores) et nihil piscium dabant sancto », ibid.\ la Drowcs est bénie par saint Patrick et depuis elle est poissonneuse, ibid. — Malédiction d'Uisnech: Tirechàn, p. 310. Cf. Colgan Vita F/» auctore Jocelino, cap. C et Vie Tripartite, 2» partie, loc. cit., p. 80.
Ce qui dans la lûgcndo peut rappeler le vrai saint Patrick c'est sa piété et son ascétisme. Encore sont-ils grossis à les rendre méconnaissables. On verra plus loin que la pénitence de saint Patrick a le caractère d'un jeûne magique, que c'est un rite efficace employé contre le ciel pour lui arracher des concessions. Et les austérités que les hagiographes font supporter à notre saint dépassent ce que le plus grand des ascètes eût pu endurer \ Ici encore Patrick devint un personnage de convention, sans rapport avec la réalité. C'est ce type conventionnel qui nous intéresse au premier chef.
Les Vies de saint Patrick. — Cette légende est complètement développée et les traits caractéristiques de son héros sont définitivement fixés dès la rédaction des plus anciennes Vies de saint Patrick qui soient connues.
Deux siècles environ les séparent du temps où vécut le saint. C'est plus que suffisant pour mûrir un mythe. Aussi les Vies subséquentes ne feront-elles que multij)her les épisodes et les amplifier sans en modifier le fond. Leur valeur au point de vue de l'étude de la légende consiste en ce qu'elles sont plus explicites que les premières rédactions connues. Les thèmes légendaires y sont plus développés, et, comme ils se répètent à l'infini, on a la possibilité de faire de l'un à l'autre d'utiles comparaisons. Certaines obscurités des plus anciens textes deviennent ainsi susceptibles d'une interprétation exacte'.
1. Muirchu, p. 293 : saint Patrick chante chaque jour tous les psaumes» les hymnes et l'Apocalypse. 11 fait cent signes de croix à chaque heure du jouret de la nuit. Muirchu B, éd. llogan, p. 576 s. : saint Patrick entre dans la rivière pour y prier la nuit. Leau est tellement froide que personne ne pourrait y tenir. « Nam se aquam calidam sensisso testabatur. » — Sur le Mont Aigle, saint Patrick reste quarante jours et quarante nuits sans rien boire ni manger.
2. Nous ne pouvons entreprendre ici une- étude complète de tous les
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Seul, le type moral du saint parait à première vue subir une évolution au cours des siècles. Il se plie à l'idéal de chaque époque. Le rude lutteur que nous venons de caractériser devient peu h peu un personnage plein d'iiumililé et de pardon. Mais cette modification n'est qu'apparente. Les hagiographes n'introduisent ni ne suppriment rien dans la légende. Ils se bornent à énoncer une appréciation générale dans leur préambule*.
Les deux plus anciennes Vies connues. — Dans la seconde moitié du vu* siècle deux Vies ouvrent la liste des œuvres hagiographiques consacrées à saint Patrick .
La première fut écrite par l'évoque Tirechân, disciple d'Ultan, évêque à Ardbraccan en Meath ". Comme il ressort du texte qu'Ultan était mort lorsque l'ouvrage fut composé, celui-ci est postérieur à 637 \ Tirechân parle d'autre part d'une grande épidémie toute récente, ce qui ne peut avoir
thèmes exploités parles hagiographes subséquents. Une étude pareille, occuperait un livre, et n'apporterait pas grand'chose d'utile pour nous Les textes relatifs à saint Patrick ont été étudiés par Todd, op. cit., Zimmer, op. cit. ; Reeves, Ecclesiasiical antiquities of Down, Connor and Dromore, Dublin ; Whitley Stokes, Tripartile Life, I. Introduction (surtout au point de vue de la filiation des Mss. et philologique). Les recherches les plus complètes ont été faites par M. Bury dans une série d'articles cités au cours de ce chapitre. Mais M. Bury a envisagé les documents hagiographiques avant tout au point de vue de leur valeur historique. 11 a donc forcément négligé tout un côté de la question. M. Bury attribue d'ailleurs aux Vies de saint Patrick, une importance comme sources qui nous parait injustifiée. Ainsi la localisation d'une légende, même très ancienne, ne prouve pas que saint Patrick ait passé par l'endroit donné. Du rôle joué par certains personnages dans la légende on ne peut de môme conclure à ce que saint Patrick ait été en relation directe avec eux. Ce que nous venons de dire s'applique en particulier à la légende de Tara, étudiée dans le chapitre suivant.
1. Cf. Vie Triparlite, VHomélie du Lebar Drecc et la Vie du Livre de Lismore.
2. Tirechân, p. 302 et p. 311 (Ultanus) « cuius alumnus uel discipulus fui » ; « qui nutriuit me. »