Calh Maighe Tured
i. Résumée d'après le Cycle Mythologique, ch. x et xi.
l'armée viclorieusc arriva devant Tara, la résidence des trois rois qui se partageaient le pouvoir suprême. Des pourparlers furent engagés, suivis d'une sentence arbitrale. Les fils de Mile durent reprendre la mer et ne tenter un nouveau débarquement qu'après avoir mis une distance de neuf vagues entre eux et la côte.
A peine s'étaient-ils conformés h cette sentence, qu'une tempête assaillit leurs vaisseaux, les repoussant au large. Elle avait été déchaînée par la magie des Tiiatha Dé Danann. Mais le magicien et poète en chef des fils de Mile, Amairgen, l'apaisa par ses incantations. Pourtant les envahisseurs ne purent débarquer sans perdre une partie de leur monde.
Cette fois le débarquement eut lieu dans l'Inbher Boinne, d'où les fils de Mile marchèrent sur Tailtiu, dans la Plaine de Breg. Ils y remportèrent sur les Tùatha Dé Danann une victoire qui les rendit maîtres de l'Irlande. Les dieux vaincus se retirèrent dans de somptueuses demeures souterraines, les sidh, où ils vivent invisibles aux humains.
Thème général des mythes d'invasions. — Ici s'arrête l'histoire dès invasions mythiques.
On reconnaîtra sans peine que tous ses chapitres sont des développements différents d'un thème général unique. Celui-ci est la lutte de deux tribus divines, qui sont en réalité deux générations d'une seule race \
1. M. Squire, Mythology of British Islands, p. 69 s., supposequc les tribus dont parlent les histoires dinvasions ont réellement existé. Elles ont été divinisées par les Gôidels, qui ont eu à combattre contre elles après être venu en Irlande. C'étaient les « savage aborigines » de l'Irlande, que les Gùidels, plus civilisés, considéraient comme des êtres à demi diaboliques, à demi divins. — Nous croyons qu'il se peut bien qu'un souvenir de luttes anciennes avec des peuplades non gôidéliques ait subsisté dans les mythes. Ceci est d'autant plus probable que l'épopée connaît certaines tribus irlandaises qui sont issues des Fir- Domnann et des Gaiiôin. Les Galiôin jouent même un rôle dans la Tàin Bô Cûalng e comma clan allié du Connaught (làin, p. 51 ss. —cf. ibid., 1. 3004 et 3180 ; le héros Ferdiad appartient au clan des Fir-Dom-
Elles sont toutes originaiies d'un môme pays, situé au delà de la mer de Touesl. En cfîet, la Tour de Bregon, que les textes localisent en Espagne, est évidemment identique à la Tour de Conann, qui s'élève dans Tor-lnis. On verra plus loin qu'il s'agit du pays et de la forteresse des morts, et que leurs localisations diverses sont le fait des évhémerisles ii-landais des x' et xi' siècles.
Les batailles des dieux ont lieu entre parents. Lug tue Balor, Partholon tue son père Bel. Les Fomôraig, maîtres de la tour ancestrale des dieux, sont assiégés par les fils de \emed. Ce sont toujours des révoltes déjeunes dieux contre leuis propres anciens.
Quant à la victoire des jeunes dieux elle est représentée comme une libération. On se rappelle la manière dont les Fomôraig opprimaient les fils de Nemed. Ils avaient fait peser une tyrannie pareille sur les Tiiatha Dé Danann avant la bataille de Mag Tured. La puissance bienfaisante de Partholon, Nemed et des tribus de la déesse Danu ne put s'exercer qu'après avoir vaincu les génies malfaisants.
Comparaison de la légende de saint Patrick avec les MYTHES d'invasions. — I. Identité des itinéraires suivis par le saint et les dieux, et identité des pays d'où ils viennent. — Or la légende qui raconte la venue de saint Patrick en Irlande reproduit ce type de mythe dans sa presque intégralité.
On y retrouve d'abord le vieux pays des dieux ; ce sont les îles de la Mer Tyrrhénienne. L'étymologie et la géographie populaires étaient déjà bien incapables de distinguer entre cette mer, en irlandais i)fuir Torann, et la mer qui baigne Tor-lnis, Muir Torinaig. Déplus, les hagiographes
nann;. — Mais ceci n'empêche point que l'histoire des invasions ne soit purement mythique.
ont décrit les îles visitées par saint Patrick, comme un lieu où Dieu se manifeste de préférence, un lieu dont les traits sont à la fois ceux du Mont Sinaï et du paradis terrestre. Aussi les îles de la Mer Tyrrhénienne ont-elles été finalement confondues avec le pays des dieux. Elles en sont un équivalent dans les légendes épiques \
Quanta l'itinéraire de saint Patrick à partir de son débarquement jusqu'à sa première rencontre avec les druides, c'est l'itinéraire même des fils de Mile après leur seconde descente dansTîle. 11 est vrai que celui de Tapôtre aboutit à Tara et non à Tailtiu ; mais, outre que Patrick va à Tailtiu le lendemain, cette difîérence s'explique par l'importance politique et religieuse de Tara, importance sur laquelle nous aurons à revenir.
II. — Comparaison des thèmes. Les combats de saint Patrick contre les druides et les démons. — D'autre part le thème fondamental de la légende de saint Patrick est formé par la lutte de deux puissances spirituelles qui se manifestent dans des formes sensiblement pareilles.
Afin d'éprouver laquelle des deux religions en présence est supérieure, le roi et les notables irlandais organisent un concours entre leurs représentants. Les druides suscitent des ténèbres, ils font tomber la neige au printemps. A quoi saint Patrick répond en faisant réapparaître le soleil et en ordonnant à la neige de fondre*.
Les druides essayent de confondre l'apôtre en blasphémant et en lui jetant des sorts. Mais les démons emportent les blasphémateurs, auxquels ils fracassent le crâne, et les sorciers sont engloutis par la terre qui s'entrouvre sous leurs pas^.
1. Cf. làin, p. 589 etSerglige Conculaind, éd. Windisch, p. 218 ss.