Éd. Dinncen, vol. cit6, p
2. Chez Sullivan, volume diniroduction à OCurry, Manners and Cusloms, p. 333.
3. La condamnation dune femme au brtcher pour crime d'adultère ou d'inconduite est un lieu commun des contes et légendes irlandaises. Exemples dans The Cause of the baille of Cnucha, éd. W. Hennessy, dans Rev. Celtique, II, p. 91 : The Greek Emperor's Daughter, éd. St.-H. O'Grady, dans Silva Gadelica, l (vol. des te.xtes), p. 414 ; légendes de saints dans Kilkenny Archseol. Journal, 1868, p. 333; chez Sullivan, op. cit., p. 322 et note ibid., p. 334 ; commentaire du Lebar Brecc au Félire Oengusso, dans l'éd. de 1880, p. 63, a, 7. — Dans tous ces récits la peine est commuée, ou bien n'est pas exécutée par suite d'un incident quelconque, et c'est ce qui fournit la matière de l'histoire. Mais si Ton en croit un passage du Livre de Leinsler, le bAcher aurait été réellement la punition qui attendait les femmes adultères : « c'était autrefois la coutume de brûler toute femme qui avait commis la faute de luxure à rencontre de ses obligations ». Cité par Hennessy, loc. cit., p. 91, note. — Cf. César, De bello Gallico, 1. VI.
gèrent le pays. Il n'y avait plus de récoltes ni de lait. Les druides consultés dirent que le crime de la reine était cause des nialliours et que pour conjurer ceux-ci il fallait sacrifier un fils do vicrp^e et asperger de son sang- la porte de Tara et la plaine voisine '.
On trouva l'enfant, mais comme on allait le tuer, sa mère obtint qu'on lui subslituAt une vache. Le sacrifice de l'animal eut tout reffct désiré.
l'n sacrifice animal peut donc remplacer celui d'un homme fils d'une vierge, c'est-à-dire, on le verra plus loin, fils d'un dieu. Et à son tour ce sacritice équivaut à la mort d'un dieu dans le feu -.
D'autre part, l'objet du sacrifice de Becuma est identique à celui qui est assigné à la célébration des fêtes irlandaises. En effet, il ne s'agit pas seulement d'une expiation dans notre légende. Ce qu'on a en vue, c'est d'assurer les récoltes et l'abondance du lait. Or c'est précisément l'effet que, suivant les Dinmenchas^ les anciens Gôidels attendaient de leurs offrandes à Gromm Cruaichle jour de Samhain\ et de même, la célébration de Lugnasad
!. Le thème de l'enfant fils de vierge qui doit être sacrifié est d'inspiration chrétienne. Cf. la légende qui raconte la fondation de Dinas Emris dans le Pays de Galles par le roi Gortigern. Les druides font rechercher le fils d'une vierge pour le tuer et asperger de son sang les fondements de la forteresse. On trouva l'enfant, mais quand il fut mis en présence des druides il les confondit en discutant avec eux et convainquit le roi de le relâcher. Cet enfant devrait se couvrir plus tard de gloire sous le nom de Merlin l'Lnchanteur. (Nennius, llisloria Brilonum, éd. Mommsen, p. 182 s. — On reconnaîtra, croyons-nous, Jésus discutant avec les docteurs dans ce fils de vierge, destiné à être sacrifié et qui discute avec les savants du paganisme.
2. Sur ce système de substitution cf. H. Hubert et M. Mauss, La nature et la fonclion du sacrifice, dans Année sociologique, II, p. 43 ss., et dans l/é/anf/es d'histoire des religions, Paris l'JOO.
3. Dinnsenchas métriques de Mag Slechl, loc. cit., strophe â : Blichl is ilh Lait et blé
ùaid nochungitis for rith Ils lui demandaient bien vite
dar cend Irin a sotha slriin... Au prix du tiers de leur postérité
entière...
ù Carman assurait au Leinster la prospérité matérielle pendant la période qui séparait deux assemblées successives *.
La divinité môme, en l'honneur de laquelle on célébrait cette dernière fôte, ressemble en tous points à Becuma. C'était aussi une déesse venue un jour d'un pays d'outremer, et dont la présence en Irlande eut pour effet de tarir le lait des vaches et de faire brouir les blés. Les conjurations des Tiïatha Dé Danann , qui étaient alors les maîtres de l'Irlande, firent cesser l'influence maligne, mais en môme temps causèrent la mort de la déesse. La fête a été instituée pour commémorer cet événement ^.
Ainsi le mythe de Becuma est bâti sur un thème commun de mythe festival irlandais, et le sacrifice de cette déesse équivaut à un sacrifice de fête.
1. Dinnsenchas métriques de Carman du Livre de Ballymote (Aenach Carmain), chez O'Curry. Manners ai\d Cusloms, III, app. III, p. 328 : En célébrant la fôte de Carman les hommes du Leinster s'assuraient « blé, et lait, et la liberté du joug de toute autre province irlandaise, et vaillants héros royaux, et prospérité dans chaque ménage, et abondance de chaque (sorte de) fruit, et bonne pêche ». S'ils négligeaient la célébration ils étaient sûrs de tomber en décrépitude et dans une vieillesse précoce, et d'avoir des rois trop jeunes. — Cf. O'Dionovan, Book ofRights, p. LUI : bvôn-trogain (autre nom de Lugnasad) cet dérivé dans un glossaire irlandais de brôn=n faire sortir de » et /7*o^an=aterre »; brôn=trogain est donc la fête qui fait sortir les fruits de dessous terre. Cette étj'mologie est fausse : Brôn signifie chagrin, affliclion. Cf. Revue Celtique XI, p. 443 : is an do-broni trogan fua torthib, « il as then sorrows the earlhunder its fruit ». Quoi qu'il en soit, l'idée d'abondance était liée à la célébration de Lugnasad.
2. I>innse?ic/ja5 de Rennes, éd. Whitley Stokes, dansflei'. Celtique, XV, p. 3H s. (trad. p. 313 s). Cf. Dinnsenchas du Livre de Ballymote, chez O'Curry, loc. cit., p. 326 (trad. p. 527) : Une femme, Carman, vient d'Athènes en Irlande avec ses trois fils, Violent, Noir et Méchant, fils d'Anéantissement, fils de Ténèbres. Par leurs incantations ils ruinent les Tùatha Dé Danann en faisant brouir les blés. Les Tûatha Dé Danann leur opposent un poète, un faiseur d'incantation, un druide et une femme devin, qui grâce à leur science magique forcent les trois fils de Carman à quitter l'Ile en jurant « par les dieux qu'ils adoraient » de n'y plus revenir. Carman demeure comme otage et meurt bientôt de chagrin. Le lieu de sa sépulture porte son nom depuis, et on institua une assemblée de lamentation (oenach nguba) sur sa tombe.
L'idée d'une mort divine est également présente dans la célébration de Lugnasad.
On a vu quelle raison les Dinnsenchas donnent aux solennités célébrées h Carman. Suivant une autre légende, rapportée par le môme texte, mais qui n'est pas un doublet de la première, un certain Scn Garman arriva un jour à Carman avec une jeune fdle, Mesc, qu'il avait enlevée en Ecosse. Mesc mourut de honte et Sen Garman fut tué par les frères de la jeune fdle. C'est pour les pleurer qu'on aurait institué la fôte^
De même la fùte de Lugnasad à Tailtiu fut célébrée pour la première fois par le dieu Lug pour honorer la mort de sa mère adoptive, Tailtiu, fille de Magmor^
Le caractère religieux, et plus exactement, rituel de toutes ces morts ressort du récit de la Neuvaine des Ulates. On y voit la déesse Mâcha, qui était devenue la femme d'un homme d'Ulster, mourir après avoir gagné de vitesse les chevaux du roi aux courses de la fête d'Emain Mâcha. On l'avait forcée à courir, quoique enceinte de deux jumeaux qu'elle mit au monde en arrivant au but^