Dinnsenchai de Rennes. Rev. Celtique. XVI, p
2. Publiée et traduite par M. Kuno Mcyer dans Revue Celtique, X, p. 214 ss. Gf Catli Maiglie Mucramha dans Silva Gadelica, vol. des trad., p. 348 : le roi de Munster Ailill Ollomh s'arrête sur la colline hantée de Cnoc Aine la veille de Samhain. Il s'endort « au bruit des quadrupèdes » c'est-à-dire des fir-sidke sous forme animale. Les génies sortent du sidh. Les compagnons du roi les attaquent. Ils en tuent le chef, et Ailill enlève la fée Aine, fille du roi du sidh.
Le même thème est développé par l'épopée. — Mais les vicissitudes de la vie divine, les défaites et la mort succédant aux victoires, rapproclient les dieux des hommes et des héros. Aussi le mythe se confond-il fréquemment en Irlande avec l'épopée.
Le récit du Massacre de Mag Muirthemne est un exemple topique de ce que nous avançons. Cette histoire est un chapitre de la Tàin B6 Cûalnge '.
Il s'agit d'un carnage terrible que Ciïchulaînn fit de ses ennemis. Monté sur un « char à faux » et protégé par un charme qui le rend invisible, le héros traverse et fauche les rangs des armées coalisées contre l'Ulster.
A ce moment son aspect est monstrueux. Son corps s'est retourné dans sa peau, ses entrailles lui sortent par le gosier. Au-dessus de sa tôte s'élève un jet de sang. Il parait « grand comme un Fomorach" ». Enfin, un nuage noir chargé d'éclairs est au-dessus de sa tête, et il déverse une pluie empoisonnée.
Le jour suivant Ciïchulainn redevient jeune et beau. Il tient à dissiper l'effroi inspiré par son aspect de la veille et il veut enchanter ses ennemis par la beauté de ses formes.
Ciichulainn est le plus grand héros du cycle d'Ulster. Il n'est point l'un de ces dieux dont nous parlions 5 l'ins-
1. Éd. VVindisch, p. 363 ss., chap. xvuj : Bresslech Maige Murlhemne [Carpal serda) .
2. Ibid., 1. 3804 s : go mba metilhir ra Fomoir. na ra fer mara in milid morchalma, w de sorte quêtait aussi grand qu'un Fomorach ou un homme de mer le guerrier très courageu.x ». — Ce passage n'est pas dans Bresslech. Mais Cûchulainn apparaît aussi grand au moment de sa première grimace, (cétriaslrad) qu'il fait dans le récit de Bresslech. Sur la taille des Fomoraig, cf. II.d'Arbois de Jubainville, Cycle Mythol.. p. 93- p. l>7 : ce sont les géants des contes po|)ulaires. Quant au fer mara, ce peut-être aussi un Fomorach : on en a fait des pirates, ibid., p. 91 ; Giraldus Gambrensis, Topographia Hibernica, distinctio MI, c. 3, éd. Ulmock, dans les publ. des Masters of the Rolls. — L'homme de la mer gigantesque et terrible est un personnage classique des contes et romans celtiques. C'est le Morholl d'Irlande de Tristan et Yseult.
138 SAINT PATRlClv ET LE CULTE DES HÉROS
tant, qui serait humanisé, et ses faits et gestes appartiennent avant tout à l'épopée.
Et pourtant la légende que nous venons de résumer a bien les traits d'un mythe analogue aux précédents. Qu'est donc Cûchulainn fauchant ses ennemis, sinon la personnification d'une puissance analogue i\ l'épidémie qui extermine les dieux des invasions, ou bien à la tempête qui fauche les épis? Le thème de la légende est au fond le même que celui des mythes. C'est encore un massacre suivi d'un triomphe. N'oublions pas que Cûchulainn est le fils du dieu Lug, le principal acteur de la bataille de Mag Tured, et que, suivant une version de notre légende, Lug a combattu aux côtés de Cûchulainn le jour du massacre de Mag Muirthemne \ II est impossible de tracer une ligne de démarcation nette entre la mythologie et l'épopée irlandaises. Ainsi s'expUque le fait, que l'idée de fête qui domine dans Tune, joue un rôle aussi important dans l'autre.
La mythologie irlandaise est une représentation du
CYCLE de l'année. SeS GÉNIES ET SES DIEUX SONT DES GÉNIES DE FÊTES SAISONNIÈRES ET DES GÉNIES DE LA NATURE.
On a vu que la mythologie irlandaise se ramène entièrement à un seul type général de mythe qui est précisément un mythe de fête. L'histoire des invasions dont les épisodes sont ordonnés suivant la succession des fêtes est une représentation mythique du cycle numérique de l'année. Ce cycle est divise en saisons qui correspondent aux changements de la nature. Comme les dieux et les génies personnifient les points cardinaux de ces saisons, ils sont en même temps des génies de la nature -.
1. Issed alberal araile, ro fich Lug mac Eilhlend la Coinculaind sesrig m-bresslige. Tain, l. 2659 s.
2. Alfred Nutt, Voyage of Bran, dit que les fêtes irlandaises sont
Nous avons reconstitué le rituel général des fêtes à l'aide des mythes. C'est un procédé légitime, car les fêtes et leur rituel d'une part, correspondent normalement avec les mythes de l'autre. D'ailleurs les acteurs des mythes que nous venons d'analyser ne sont pas des personnages pris au liasard, mais ils ont une relation avec les rites des fêtes.