Tirechàn, p
3. M. Bury, op. cit., p. 107, suppose que Pâques remplace Beltaine dans la légende de saint Patrick considérant, ibid., note, que la fête de Samhain est trop lointaine de la fête chrétienne. En réalité les thèmes mythiques de toutes les fêles onl été transportés à Pâques.
4. Muirchu, p. 27'J : « sanctus ergo Palricius pasca celebrans, incendit diuinum ignem ualde lucidum et benedictum » .Cf. Tirechàn, p. 306. Même histoire dans toutes les Vies sans exception.
leurs les Mes disent expressément qu'il était dans la tradition de l'Eglise '. Mais les circonstances dans lesquelles le feu fut allumé par Patrick nous obligent ù en tenir compte, parce qu'elles le rapprochent des feux de fête païens.
On constate d'abord un parallélisme général entre les deux rites, de par le fait même qu'ils sont opposés l'un à l'autre. Le feu de Pâques de saint Patrick est un sacrilège au point de vue païen. Il est d'autre part la manifestation d'un pouvoir divin nouveau, appelé à remplacer un autre plus ancien. Quand les druides aperçoivent le feu de saint Patrick ils exhortent le roi à aller l'éteindre, car — disentils — si on le laisse brûler jusqu'au matin, celui qui l'a allumé régnera pour l'éternité".
Remarquons ensuite que l'emplacement choisi par saint Patrick pour allumer son feu est un tombeau, celui des « hommes de Fiacc » ou Ferta-fer-Féicc ^. Or c'est sur des emplacements pareils que brûlent les feux des fêtes irlandaises.
Un cercle magique entoure le feu de saint Patrick. Il est interdit aux païens d'y pénétrer. Le saint en sort envi-
1. « luxta sanctse Ecclesiœ consueludinem de igné benedicto laminaria accendit ». Colgan, Vita F/a, auct. Jocelino, p. 74, col. 1.
2. Muirchu, loc. cit., ...« acciditergo ut a Temoria uideretur (se. ignis), uissoque co conspexerunt omncs et mirali sunt ». Et les 7)iagi du roi lui disent : « Hic ignis quem uidemus, quique in hac nocte accensus est anlequam succenderetur in domo tua, id est, in palatio Temoriap, nissi extinctus fucrit in nocte hac qua accensus est, nunquam extingetur in a?ternum : insuper et omnes ignés nostrœ consuetudinis supergradielur. El iiie qui incendit et regnum superueniens a quo incensus nocte in hac, superabit nos omnes, et te, et omnes homines regni tui reducet et cadent ei omnia régna, et ipsum implebit omnia et regnabit in sœcula sseculornm ».
3. Ferla, «tombes», cf. Tirechân, p. 317 « feceruntfossam rotundam in simiiitudinem ferlœ ». — Cf. Colgani Vifa II, p. 20 où il est dit que Ferta-fer-Féicc était appelé ainsi parce que les serviteurs d'un certain Fiacc y avaient creusé des tombes pour y enterrer les morts. — Ferta-fer-Féicc est actuellement Slane en Meath.
LA LÉGENDi: DE SAINT PATRICK 143
ronné de llammcs et de fumée, comme un dieu des Tiiatha Dé Danann '.
Ce feu est encore le but d'une vérital)Ie course, dans laquelle M. Bury a déjà reconnu un rite analogue aux Flurxiniritte des pays germaniques *. Neuf chars « suivant la prescription des dieux » emportent à toute vitesse le roi Loegaire et ses guerriers vers l'étranger sacrilège '. Les têtes des chevaux sont tournées à gauche, ce qui signifie qu'ils font un cercle dans le sens rituel, de droite h gauche^.
On connaît la grande place qui est donnée aux courses dans les fêtes irlandaises. La légende de saint Patrick nous fournil ainsi un élément de plus pour la reconstitution de leur rituel, puisqu'elle nous indique que leur but était le feu même. La course apparaît donc comme un rite qui fait partie de l'ensemble des rites sacrificiels.
Enfin la légende de saint Patrick comporte le récit d'une mort rituelle dans le feu.
Le feu de Pâques est un sacrifice de fête. Ordalie DE Tara. — Le lendemain des incidents de Ferta-fer-Féicc,
1. Muirchu, p. t^ù : « Euntibus autem illis dixerunt magi régis : Re.x, nec tu ibis ad locum in quo ignis est, ne forte tu postea adoraueris illum qui incendit, sed cris foris iuxta et uocabitur ad te ille, ut te adorauerit. et tu ipse dominafus fueris et sermocinabimur ad inuiccm nos et ille in conspeclu tuo, rex, et probabis nos sic... lit peruenierunt ad pnefinitum locum ; discendentibusque illis de curribus suis et equis non intrauerunt in circuitum lociincensi, sed sederunt iuxta »... « lit uocatus estsanctus Patricius ad regem extra locum incensi ».
2. Bury. op cit., p. 304. — Mannhardt, op cit., I, p. 382 ss., p. 396 ss., p. 544 ss. et passim.
3. Muirchu, p. 280 : « iunctis VIIIl curribus secunduni deoruni traditionera... in fine noctis illius perrexit Loigaire de 'femoria ad Ferli uirorum Face et equoruni faciès secundum congruum illis sensum ad leuam uertentes. » — Aussi Coigan, Vila K/*».
4. C'est le contraire du deisiol ou deisiul, rite bénéficier qui consistait à faire le tour de quelqu'un ou de s'en approcher en lui présentant le côté droit : Joyce, op. cil., p. 301 s. — Tourner vers quelqu'un son côté gauche en un signe d'intentions hostiles : exemples dans Tàin Bô Cùalnge, p. 80 s., p. 244 ; cf. Rev. Celtique, XXXIIl. p. 257.
144 SAINT PATniCK KT LE CII.TE DES Hl^ROS
saint Patrick vient ù Tara où se lient l'assemblée des hommes d'Irlande.
On propose une ordalie pour juger entre les deux religions. On y soumet un druide qui a revôtu les ornements sacerdotaux de Patrick et pris en main sa Bible d'une part, et d'autre part un enfant, Benignus, que le saint avait baptisé la veille et qui a pris la tunique et le livre du druide. Ils entrent tous deux dans une maison, construite mi-partie en bois vert, mi-partie en bois sec. On enferme le druide dans la première moitié, Benignus dans la seconde, et on met le feu à la maison.
Benio'nus sort indemne des décombres. Seuls son livre et sa tunique sont brûlés. Quant au druide, il est mort dans les flammes qui ont épargné les vêtements et le livre de saint Patrick \
L'ordalie, duel spirituel, rappelle les duels des combattants mythiques.
L'opposition du vieux druide brûlé et de l'enfant qui sort triomphant du brasier, correspond à celle de la mort et de la renaissance des dieux du sacrifice. La manière dont est construite la maison incendiée, en bois vert et en bois sec, traduit le souvenir d'un symbolisme naturel.
D'ailleurs on doit se rappeler que le thème de la mort
1. Résumé d'après Muirchu, p. 284 et Colgan, Vita V' auctore Probo, p. ol, col. 1, dans laquelle il est pour la première fois fait mention des matériaux avec lesquels a été construite la maison. Voir aussi Homélie du Lebar Brecc dans Tripartile Life, II, p. 462. — Au temps où furent compilées les Dinnsenchas (.\u« siècle), on montrait à Tara l'endroit où s'élevait jadis la maison dans laquelle Benignus et le druide avaient été soumis à l'épreuve : Dinnsenchas de Rennes, Rev. Celtique, XV, p. 282 (trad. p. 286). — Tlrechân connaissait la légende, mais il ne fait pas mention de la maison; p. 306 il dit : « fecerunt conflictionem magnam contra Patricium et Benignum. Gassula autem magi inflammata est circa Benignum, cassula autem Benigni filii Palricii (voir plus loin) infixa est circa magum et inflammatus est magus in medio et consumptus erat ».
sacrificielle dans l'incendie d'une maison se rencontre dans les mythes des fêtes irlandaises.
L'ordalie de Pâques à Tara aboutit donc i\ un sacrifice équivalent à ceux qui s'accomplissent dans les fêtes. Cette conclusion n'est pas le seul résultat de notre analyse, qui nous a décelé en passant l'existence de rites symboliques dans le sacrifice irlandais.
Le feu de Pâques : saint Patrick joue le rôle d'un DIEU SACRIFIÉ. — On vcrra que le feu de Ferta-fer-Féicc ne va pas, lui non plus, sans sacrifice.
A vrai dire, personne ne meurt dans ce feu même. Mais un attentat contre la vie de saint Patrick a lieu devant le feu et à cause de lui. Il y a donc une connexion très intime entre le feu et le crime.
Il est vrai qu'il y eut attentat et non meurtre. Mais, en règle générale, toute action figurée équivaut en matière de rite à une action réellement accomplie. Or le roi Loegaire s'était déjà levé pour tuer saint Patrick, et il avait levé le bras pour le frapper '. Seul un miracle empêcha l'exécution du dessein criminel.
On tue d'ailleurs pendant la fête de Tara le cocher de Patrick ^ Or ce martyr n'est qu'un substitut du saint. En effet, une autre légende, celle-ci localisée en Munster, et dont la nôtre est une réplique, raconte que le cocher de Patrick avait été tué par erreur, parce que les meurtriers