Muirchu, p. 281, chap. De ira régis
2. Comlholh Loegairi co cretim, éd. Plummer, loc.cil, p. 166, et éd. Whilley Stokcs, dans Tripartite Life, II, p. 562 : iincident que raconte cette légende se place après les combats de saint Patrick contre les druides à rassemblée de Tara. Les païens sont déjà convaincus de la supériorité de la doctrine chrétienne, mais ils ne comprennent pas encore ce que l'apôtre veut dire par pardon des injures. Ils décident donc d'éprouver comment Patrick lui-même se comporterait en cas d'injure grave. Ils tuent son cocher. Un tremblement de terre venge l'apùtre en faisant mourir une foule de païens.
l'avaient pris pour le saint'. Les cochers des légendes épiques sont, pour ainsi dire, des doubles de leurs maîtres. Ainsi celui de Ciichulainn, Laeg, qui est le frère de lait du héros, partage toutes les vicissitudes de sa vie et meurt dans la mémo bataille".
Enfin les coutumes de la Saint-Martin perpétuent la tradition d'un sacrifice à saint Patrick, qui, si nous jugeons comme nous venons de le faire des sacrifices païens réels et mythiques, tient la place du sacrifice même du saint. On offre au patron de la fête un porc^ l'ancien porc de Samhain, devenu le cochon de saint Patrick, car c'est ce saint qui a institué la coutume en question ^. Or le même
\. Vie Triparlite. éd. Whitley Stokes, p. 216 s. : le cocher du saint, Odrân, est tué par les païens qui veulent venger l'idole Cenn Crùaich. Il s'était dévoué pour son maître, ainsi que nous lavons raconté dans le chapitre précédent. Cf. aussi extrait du Ms. Raivlinson B. 512 dOxford publié par M. Kuno Meyer dans Hibernica Minora, p. 79 ss. — Cf. liste des compagnons de saint Patrick, Triparlite Life. Il, p. 266.
— Cf. l'histoire de Cormac et les Blaireaux, éd. Whitley Stokes dans Titrée irish Glossaries, Introduction, p. xLii-p. xlv, où parait un druide Odrân lequel est en môme temps le cocher de l'intendant d'un seigneur.
— En général les cochers de saint Patrick ne paraissent dans sa légende que pour mourir. Ainsi Tlrechân, p. 311, en mentionne un : « uenitque Patricius ad alueum Sinone (Shannon) ad locum in quo mortuus fuit auriga illius Boidmailus et sepultus ibi. Dicitur Cail Boidmail (Église de Bodmael) usque in hune diem et immolalus erat Patricio ». Cf. Vie Triparlite, p. 92 : Bodmael est mort après la victoire de l'apôtre sur Cenn Cruaich, donc comme Odràn. — Un autre cocher encore meurt dans les parages du Mont Aigle : Livre d'Armagh, î» 13, b. 1 : « et perrexit Patricius ad Montem Egli... et defunctus est auriga illius /it Muirisc Aigli, hoc est campum inter mare et Aigleum ».
2. Mort de Cùckulainn, dans Épopée Celtique. — Cf. ibid., les récits du cycle d'Ulster, passim.
3. Extrait du Ms. Rawli7ison B. 512 d'Oxford dans Triparlite Life, II, p. 360, trad. p. b61 : « Martin, it is he that confercd a monk's tonsure on Patrick : wherefore Patrick gave a pig for every monk and every nun to Martin on the eve of Martin's feast, and killing it in honour of Martin and giving it to his community, if they should corne for it. And from that to this, on the eve of Martin's feast, every one kills a pig though he be not a monk of Patrick. Finit ». — Homélie du Lebar Brecc, ibid.. p. 4o2, trad. p. 453 ; « As Patrick was (going) along his way, he saw the tender youth herding swine, Mochoa his name. Patrick preached to him, and baptized and tonsured him... and he (Mochoa) ordered a shaven pig (to be given) every year to Patrick, and it is still given. (Cité dans la trad. de Whitley Stokes).
LA LKr.ENDE DE SAINT PATRICK 147
texte du Lehar lirecc dit qu'il était interdit à saint Patrick de man<;er de la viande de porc'. Ceci est ù rapprocher de ce que nous avons dit plus haut du caractère sacré des porcs.
Saint Patru-k tient aussi le rôle d'un dieu renaissant. — La légende amène donc saint Patrick à côtoyer le rôle de dieux sacrifiés. On verra qu'il est en môme temps un dieu renaissant ou triomphateur.
Ainsi l'enfant Bcnignus, que nous avons vu dans ce dernier rôle, est lui aussi un substitut de Patrick. Il est la première personne que celui-ci ait baptisée en Irlande, le disciple favori du saint et son successeur sur le siège épiscopal d'Armagh\ Mieux encore, Benignus est le fils adoptifde Patricks II est son champion dans l'ordaUe de Tara.
De plus, Patrick lui-même est l'acteur d'un drame qui présente beaucoup d'analogie avec la légende précédente. Il s'agit du suicide de Milchu, ou Miliucc, l'ancien maître du saint, suicide dont on a déjà parlé plus haut.
Milchu s'enferme dans sa maison avec tous ses biens et il y met le feu. Il meurt tandis que le futur dominateur spirituel de l'Irlande contemple l'incendie du haut d'une montagne*.
1. Loc. cil. — Cf. Glossaire d'O'Davoren dans Archiv fiir Celtische Lexikographie, p. 407 ; le nom du cochon offert à la Saint-Martin est Lapait. Or c'est là le nom même de la sœur de saint Patrick, Vie Triparlile. p. 12 et ss.
2. Cf. dans Triparlile Life II, liste des plus anciens évoques d'Armagh. Benignus apparaît déjà dans les plus anciennes Vies, chez Tfrechàn et Muirchu.
3. Tirechan, p. 306 : « Benigni filii Palricii ». La légende de l'adoplion de Benignus est racontée tout au long ibid, p. 303.
4. Muirchu, p. 276 s. — La mort de Milchu est exactement la même que celle de Sacrovir, après sa défaite : Tacite, Annales, livre III, chap. XLvi (fin) : « Sacrovir... in villam propinquam cura fidissirais
Or celle morl Iragiquc csl, on l'a vu, le premier signe de ravènemcnl Iriomphal du Règne nouveau. La légende de Milchu esl ainsi une réplique des anciens mylhes de fêtes, dans laquelle Patrick lient le rôle du nouveau dieu qui se substitue au dieu mis à mort.
Saint Patrick est un héros du drame festival irlandais. — D'autres traits complètent le parallèle que nous instituons entre saint Patrick et les génies des fêtes irlandaises.
Au moment où le roi à Ferta-fer-Péicc se lève pour tuer Patrick, celui-ci commence à chanter le psaume Exsurgat me Dominiis. Immédiatement des ténèbres profonds et un tremblement de terre viennent jeter le trouble dans les rangs des païens. Us s'entretuent à l'aveuglette, et le reste périt dans la catastrophe de la nature. Quatre survivants restent seuls auprès du feu de Pâques \
Des mylhes analogues à ceux de Cùchulainn à Mag Muirthemne et celui de Tigernmas à Mag Slecht sont réunis dans celte histoire. L'analogie avec le second de ces mylhes va même si loin que le nombre des survivants après le désastre de Mag Slecht et celui de Ferta-fer-Féicc est exactement le même-.
pergit. Illic sua manu reliqui mutuis ictibus occidere. Incensa super villa, omnes cremavit ». — Ce sont deux suicides rituels, deux sacrifices, lin ce qui concerne Milchu, M. Bury a déjà remarqué qu'il doit Être rapproché de Crésus mourant volontairement sur un bûcher : op. cit., p. ^6 s.