Czarnowski, p. ilï, sqq
XVI PRËFACE
en Gaule, les ftlid ont formé une classe, comparable {\ celle des druides : juges, prôlres, savants, mais surtout poètes, c'étaient eux qui chantaient aux fûtes le souvenir des héros. Ils formaient un institut national. Leur organisation était indépendante de l'organisation des tribus et des clans.
Or, saint Patrick a été adopté par les /ilid. Le saint Patrick de l'histoire a mis au service de sa propagande la jalousie des deux corporations rivales, druides et filid. Il a utilisé l'organisation de ces derniers. Mal accueilli par les druides, il a su néanmoins entrer, et les siens avec lui, dans les cadres de la société irlandaise, mais sous Tégide des /ilid. Ceux-ci lui ont fourni son clergé et des méthodes d'action. On le voit par exemple entouré de jeunes gens à l'égard desquels il assume une sorte de paternité d'adoption. C'est en maître /i/é qu'il se comporte alors. La société irlandaise abandonnait, pour ainsi dire, ses enfants aux corporations spirituelles qu'elle chargeait de leur éducation. Les filid, alliés de saint Patrick, disciples de saint Patrick, ont pris le soin de sa légende. Ils l'ont faite au goût de leur tradition. Ils y ont versé leurs légendes indigènes. Mais, corps national irlandais, ils ont fait de leur saint patron un héros de l'Irlande entière.
D'autre part, saint Patrick, inspiré par le vigoureux bon sens politique qui paraît avoir été l'un de ses caractères, a conformé autant que possible l'organisation de son Eglise à la structure de la société dans laquelle il l'implantait. Bien que les Irlandais aient eu le sentiment d'ôlre une nation et que l'on puisse avec quelque bonne volonté, apercevoir chez eux des rudiments d'Etat, ils n'ont constitué en réalité qu'une vaste confédération de clans, tuatha, divisés en