‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 16 sur 249 · PRÉFACE XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXI

leurs types idéaux, leurs emblèmes personnels, leurs dieux et leurs ancôlres. Ces personnages étaient des héros.

De la môme façon que l'Eglise de saint Patrick a conformé son organisation aux cadres de la société irlandaise, elle a imité dans le culte de ses saints les cultes héroïques de celle-ci. Les saints irlandais tiennent la place des ancêtres et des héros pour les monastères et les évôchés qu'ils ont fondés, mais aussi pour les grands et les petits clans qui leur correspondent. Parmi eux, saint Patrick, fondateur de l'Église irlandaise, tient celle d'un héros national parce qu'il a été adopté par l'institut national des filid, grftce ti l'aide desquels il a pu accomplir sa tâche d'apôtre national. Il a les traits d'un héros en raison de l'assimilation qui s'est opérée entre son Eglise et la société dont elle remplaçait les dieux ; ceux-ci étaient des héros en raison de la forme de celle-là.

Ces conclusions impliquent l'existence de liens rationnels non seulement entre le phénomène social qu'est le type légendaire de saint Patrick et cet autre phénomène social qu'est la société où il a fondé son Eglise, mais encore entre la notion de héros et certaines structures de société, dont elle serait fonction. Elles marquent donc vers la solution du problème qui est en question un progrès logique considérable. Le gain positif, dont il procède, est de réelle importance.

Une étude limitée à un seul cas et à un seul type de société ne saurait prouver que le phénomène sur lequel

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elle porte manque dans d'autres, ni qu'il se produise sans exception dans celui-ci. M. Czarnowski ne prétend donc pas que toutes les sociétés à base de parenté et à forme de clans, et celles-ci seules produisent des héros, mais qu'une certaine forme de ces sociétés, une certaine phase de leur évolution leur est tout spécialement favorable. Mais nous pouvons nous avancer avec précaution dans la voie qu'il nous ouvre, pour la reconnaître et savoir jusqu'où elle conduit.

Les sociétés à héros sont de celles qui ne se défmissent plus tout à fait strictement par la filiation, qui ne se définissent pas encore ou pas complètement par leur territoire, bien qu'il y ait des héros territoriaux \ ni par un statut impersonnel comparable à celui qui fait les citoyens d'une république ou les sujets d'une monarchie, mais qui se définissent par leurs chefs, rois, chefs de guerre, magistrats, fondateurs, initiateurs ^ La notion de héros fait pendant à la notion de chef. Les sociétés à héros sont des sociétés à chefs. Toute société qui a des chefs, si elle ne se définit pas normalement par eux, peut passer par des crises où elle se reconnaît en eux et les héroïse. Cette formule comporte une réserve; car nous avons le sentiment qu'une double délimitation s'impose, touchant la nature des liens sociaux qui unissent les subordonnés et la qualité même des chefs.

Un patron de confrérie est, à proprement parler, un héros. La cité antique a eu ses héros. La patrie a les siens.

1. E. Durkheim, Les formes élémenlaires de la vie religieuse, p. 333, Ed. Chavannes, Le dieu du sol dans la Chine antique [Annales du Musée Guimet], t. XXXI, p. 438 sq.

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