‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 154 sur 249 · Vie Tripat'lile, l" partie · texte numérisé non relu

Vie Tripat'lile, l" partie

2. On pourrait jeter beaucoup plus de lumière sur le caractère solaire de saint Patrick si Ion pouvait le comparer à des dieux ou héros solaires irlandais. Malheureusement, et malgré ce qu'on a écrit sur ces dieux (Cf. Rhys, The origin and growlh of religion as illusLratecl by celtic heathendom (Hibbert Lecture) Londres, 1888, qui voit des dieux et des héros solaires dans les personnages des mythes et de l'épopée irlandaise), la question des cultes solaires gôidéliques demeure entière. — Il n'y a pas non plus à tenir compte des épithètes dont les hagiographes gratifient Patrick. Cf. Félire Oengusso, au 17 mars, Lassar gréine ane, apstal liErenn huaige, Patraic... « Flamme d'un splendide soleil, apôtre de l'Irlande virginale, Patrick. » — Cf. aussi le préambule à la Vie Tripartite : Patrick est un rayon du Soleil de Justice qui est le Seigneur, etc. Tout ceci n'est que de la rhétorique.

ils n'existent, pour ainsi dire, que comme individus. Ils ne se rencontrent qu'aux dates des fôtes.

Ce qui est vrai pour les groupes subordonnés, l'est d'autant plus pour la nation. Celle-ci se compose de clans autonomes, en guerre continuelle les uns contre les autres. Il n'existe aucun pouvoir central capable de contenir les velléités d'indépendance, car le roi suprême n'est souverain qu'en théorie et c'est à peine s'il parvient à maintenir son propre apanage contre les appétits de ses vassaux.

Seules les grandes assemblées de Tara, Uisnech et Tailtiu marquent une trêve à la guerre et à l'isolement. Les chefs et les délégués de toutes les provinces y paraissent. Ils délibèrent sous la présidence effective du roi suprême, ils prennent part aux mêmes banquets, ils célèbrent ensemble les mêmes cérémonies religieuses. Les trois grandes fêtes en question sont ainsi les seuls moments où la nation apparaisse organisée.

Or, on a vu que la légende de saint Patrick est précisément un mythe de ces fêtes nationales. Elle est ainsi une légende dans laquelle s'exprime la vie même de la nation irlandaise. Le caractère national de cette légende résulte en bonne partie de là.

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