Czarnowski, p. 326 ; cf. p. 212, 22G
PRKPACE xxrir
Mais peul-on en dire autant de TEtatS du di''parlemcnt, de la monarchie, de la république, de la démocratie? Ces institutions sont aux patries et aux nations ce que les sociétés anonymes ou les syndicats sont aux compagnonnages. Or, quand on désigne, par exemple, un corps de troupe, un parti par le nom de leurs chefs, on leur confère par la pensée une unité plus intime que celle de la discipline militaire ou politique. Entre les membres de ces corps, la communauté de vouloir a constitué une communion réelle; une même vie, une môme Ame les anime, qui émane du chef; entre eux et lui la dépendance ressemble à de la parenté ; ils sont vraiment frères en lui et le nom qui leur est donné symbolise cette parenté occasionnelle. Quand une société prend conscience d'elle-môme sous les espèces de ses héros, elle sent qu'elle relève son origine, son sang, son nom par le prestige de leur autorité, de leur force et de leur valeur. Saint Louis, Jeanne d'Arc, Napoléon ont été, ou sont des héros pour la France, mais héros de la patrie française, du nom français que nous portons tous et du sang français de nos veines. Les mots de patrie et de nation, comme celui de confrérie, impliquent la parenté. La notion de compagnonnage comporte celle d'une communion. La cite grecque était un cercle de parenté, comme la phratrie et le yévoi.
Peut-être attestera-t-on les héros lyrannicides, comme exemples de héros héroïsant des abstractions politiques, et, pour rhéroïsation de l'Etat, le culte des empereurs romains. Mais, dans le cas des tyrannicides, Tordre politique se
1. M. Czarnowski le croit, p. .326; mais les exemples qu'il cite sont pris au.\ Etals féodaux.
XXIV PRKFACE
dislingue peul-ôlrc mal de In t:ô),'.;'. Quant au cuUo des empereurs, il s'est édifie, à Rome, sur le culte des Lares* ^ familier, quasi-domestique ; dans les provinces, l'extension régulière du droit de cité romaine, l'introduction des nouveaux citoyens dans les tribus de Rome et dans les gentes impériales, qui s'élargissaient indéfiniment [)our les adopter tous% contribuaient à le fonder effectivement sur un système de parenté ; dans l'ensemble, ce qui pratiquait le culte impérial, c'était, sinon une famille, du moins une clientèle. Certes, on donne volontiers le nom de héros à des personnages dont le propre paraît ôlre, non pas de commander idéalement à une société, mais de réaliser d'éminente façon quelque épisode ou quelque qualité de la condition humaine; ils sont des emblèmes de vertus, ou de travers, de succès, de besoins d'heureuse ou de mauvaise fortune, mais emblèmes aussi des hommes qui se mirent en eux ; ceux-ci forment, au regard des autres, une société; notre langage familier, qui ne s'y trompe pas, les appelle des confrères et parle de leurs confréries*; notre fantaisie populaire a réalisé celles-ci. Mais d'ailleurs l'héroisation ne manque guère de les faire rentrer dans quelque catégorie de héros, qui soient de la part d'un groupe d'hommes l'objet d'un culte
1. Sur le culte d'IIarmodios et Aristogiton, cf. Aristote, Athenaiôn polileia, 58, 17 ; Démosthène, XIX, 200 ; Scholies, dans Poetœ Lyrici Graeci, t. III. 646, 912.