‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 162 sur 249 · Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Loc. cit., p

3. Death of King Dermol, dans Silva Gadelica, p. 76 ss. Le roi meurt d'ailleurs non à Beltaine, mais à Samhain, ce qui revient au même, puisque ces deux fûtes se font pendant dans l'année, et que sa mort est la conséquence d'un fait de Beltaine.

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et règne de Conchohar raconte que la troupe du roi comprenait « trois cent soixante-cinq hommes c'est-à-dire le nombre des jours qui sont dans l'année ». Us avaient fait un pacte suivant lequel chacun présidait à son tour le festin quotidien. Quant au banquet de Samhain, sa présidence appartenait à Gonchobar lui-môme \

Ce qu'on vient de dire à propos de Diarmaid et de Gonchobar s'applique b. tous les héros de l'épopée irlandaise. Les épisodes de leur vie se passent aux fêtes. D'autre part, c'est aux fêles qu'on raconte leurs légendes au public assemblé, et ces auditions font partie du rituel général des fêtes, ainsi qu'il ressort des Dinnsenchas de Garman *. Ainsi les péripéties de la vie héroïque finissent par être associées à la célébration des rites de fôte, à l'égal des péripéties de la vie divine. Les thèmes de l'épopée sont d'ailleurs identiques à ceux des mythes. Les dieux des fêtes se confondent ainsi avec les héros et inversement ceux-ci deviennent des personnages du mythe festival. Quant au titre de héros que nous donnons aux uns et aux autres, nous achèverons de le justifier dans le chapitre suivant.

Les fêtes sont célébrées en l'honneur des morts, — La confusion des génies de fêtes avec les morts ressort encore du fait que les assemblées périodiques sont toujours tenues dans des cimetières et autour de tombeaux.

G'est ce qu'on voit par exemple dans un passage du

1. Extrait de la légende et traduction allem. chez Windisch, loc. cit. p. 210. — Un des héros de Conchpbar, Fergus, parait personnifier la semaine : ... « le nombre se|)t dans Fergus..., il y avait sept pieds entre son oreille et sa bouche, et (la grosseur de) sept poings entre ses deux yeux, et sept poings (était la longueur de) son nez, et sept poings sa bouche... » Sept femmes le soignent, son repas se compose de sept porcs et de sept bœufs. « Il était donc obligé de manger le repas d'une semaine », ibùl., p. 210, trad. p. 211.

2. Aenach Carmain, loc. cit., p. o42 s., strophes 58 à 62 et Oii.

Senchns Màr, le plus ancien recueil de droit irlandais, qui prescrit d'entretenir les tombes [claide] et les tumulus {ferta) dans les emplacements des assemblées solennelles.

Une revue de quelques-uns de ces emplacement, pris au hasard des sources, nous permettra de confirmer les données du Senchus Màr. On groupera simplement les faits par provinces en suivant Tordre même des poèmes topographiques irlandais.

Avant d'y procéder notons seulement pour la compréhension des sources, qu'une assemblée de fête s'appelle en irlandais oenach, et que par conséquent ce mot, lorsqu'il entre dans la composition d'un nom de lieu désigne l'emplacement d'une fête.

Dans le royaume de Mide, ou de Meath, Tara, Tailtiu et Uisnech sont autant de cimetières. Les deux premières localités figurent dans une liste des plus fameux cimetières païens de l'Irlande, le Senchus na Relec qui date du XII* siècle ^ Quant à Uisnech, on y a relevé, de même d'ailleurs qu'à Tailtiu, un grand nombre de sépultures contemporaines de la civihsation gôidélique. Tara passait pour avoir servi de cimetière aux Clanna Dedad ^, émigrés depuis en Munster, qui sont une des t)'ois races héroïques de l'épopée irlandaise avec les Clanna Rudraige et les Ga-

1. Se7ichus Mot' dans Ancient Laws, I, p. 136, 1. 34 et p. 158, dernière ligne.

2. Publié par Pétrie dans The Ecclesiastical Architecture of Ireland an. terior to the Anglo-Norman Invasion, vol. I. Dublin, 1845, p. 96 ss. (tradp. 98 ss) — Cf. extrait du Ms. dit Leabhar nah Vidhre (LU), concernant les cimetières fameux, publié ibid.. p. 103 s. (trad p. 104). — Cf. quatrain du môme Ms. chez Borlase, The Dolmens of Ireland, Dublin, 1896, II, p. 438 note : c Les trois cimetières des idolâtres (étaient) : le cimetière de Tailtiu, (le cimetière) délite; le cimetière de Cruachan-la-toujours-belle et le cimetière de Brugh ».

3. Extrait de LU chez Pétrie, p. 103. — Autres tombeaux illustres à Tara : Senchus na Relec, loc. cit., p. 97. — Cf. Dinnsenchas de Rennes, Rev. Celtique XV, §§ 5 ss.

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manrad d'Irros Domnand \ Tailliu était le cimetière présumé des roisd'Ulster antérieurs à ConchobarmacNessa^. On y montrait en outre les tombeaux de maint personnage illustre, par exemple celui d'Ollamh Fodhla, un des premiers rois et législateurs légendaires de l'Irlande^.

Le fait que les fêtes sont célébrées dans les cimetières mômes, et non dans le voisinage, ressort, en ce qui concerne la fête de Tara, d'un passage des Duinsenchas, où il est dit que la pelouse de Tara eslpropice aux Jeux des tombeaux. Il en est de même à Taillten où les jeux de la fête sont célébrés autour du tombeau de Tailltiu \

Dans les autres lieux de fête du rovaume de Mealh, comme à Tlachtga, où Ton célébrait Samhain, s'élèvent aussi des tombeaux. VOenach Feci dans la Plaine de Breg a été le lieu de sépulture à quelques rois du Munster. On y montrait en outre un tumulus que certains croyaient être celui du roi Conaire Môr, et que d'autres attribuaient au roi Conaire Carpraige °. Enfin l'emplacement de la fête de Brugh na Boinne est donné comme la résidence des principaux chefs des Tûatha Dé Danann , mais c'est en même temps un lieu de sépulture. Les rois suprêmes étaient enterrés dans le sklh de Brugh depuis le temps de Crimthann Nia Nâir. Ce roi avait épousé une baîisidhaig et il avait préféré reposer après sa mort dans

1. Laech aicme. Cf. Tâin Ba Flidais, § 6, dans Irische Texte, IIj, p. 215. — Irros Domnand était situe dans le comté actuel de Mayo : c'est probablement Enis. — Les Clanna Rudraipre dUlster ont vaincu et exterminé les deux autres « races héroïques » : Windisch, dans Tâin Bô Cùalnge, p. 436, note 1 ; cf. Keating, éd. Dinneen, vol. cité, p. 2i0 s.

2. Sullivan, vol. d'introd. à O'Gurry, op. cit.. p. CCCXXVII, note 567.

3. Poème de Cuan hiia Lochain. intitulé /lenac/i JatZ/en, dans Gwynn, Poems from tfie Dinnsenchns [Todd Lectures Séries), Dublin.

4 . Gwynn, The Metrical Dinnsenchas (Todd Lecture Séries VI), p. 6 : Temair II, vers 1 à 12. — Cf. Aenach Taillen, cité plus haut. 5. Senchus na Relec, loc. cit., p. 97; extrait de LU, chez Pétrie, p. 103.

la liibu do sa femme que parmi ses propres ancêtres '.

La j)lus renommée des assemblées du Leinster, celle de Lugnasad à Oenach Col/nain, ou Oenach Life, est elle aussi tonne dans un cimclière. Il contient dos tombeaux des rois du Munster et il est mentionné parle Se fichus na lielec^. En un autre lieu de la môme province, Oenach Ailhe, dont le nom indique qu'il a été un lieu d'assemblées, est la sépulture principale des rois du Leinster \ Carman, dont nous avons décrit la fôte, est également célébrée dans les Dinnsenchas comme relie na righ ou « cimetière de rois » *.

Dans le royaume de Desmond ou Munster Oriental Temair Luachra qui est un lieu d'assemblée, est pareillement un cimetière qui figure sur la liste du Senchus na

1. Senchus na Relec, loc. cit., p. 96 et ibid. note e. Cf. extrait de LU, chez Dorlasc, loc. cit. : « les troupes du grand Mealh (royaume de Mide) sont enterrées au milieu (à l'intérieur?) de Brugh le seigneurial ». Cf. ibid. commentaire de Maelmuire : « les princes des Tiiatha Dé Danann, à l'exception de sept d'entre eux qui ont été enterrés à Brugh, notamment : Lug, et Oe, fils d'Ollamh, et Ogma, et Coirpre fils d'Etan, et Etan elle-même, et Dagda et ses trois fils, notamment Aedh et Oengus et Cermait, et beaucoup d'autres, tant Tùatha Dé Danann que Fir-Bolg ou autres. » Au xi» siècle les evhéméristes irlandais se figuraient que les dieux avaient été des hommes et qu'ils étaient morts. C'est pourquoi nous trouvons les Tùatha Dé Danann transformés, de dieux qu'ils étaient habitant le sid/i de Brugh (Sur ce sidh cf. la Conquête du sidh, résumée par H. d'Arbois de Jubainville, loc. cit.), en morts enterrés à Brugh. — Toutefois, il n'y a pas de doute que Brugh ait été considéré en même temps comme cimetière et comme sidh, à l'époque même où les dieux n'étaient pas encore humanisés, puisqu'on croyait que les rois suprêmes, qui étaient des dieux (Cf. chap. vi) y avait été enterré. — Cf. aussi la légende de l'enterrement du roi suprême Cormac mac Airt, chez Pétrie, op. cit., p. 96 (trad. p. 98) : ce roi qui avait embrassé en secret le christianisme n'avait pas voulu reposer dans le tumulus païen de Brugh. Il avait ordonné qu'on l'enterrât sur la rive opposée de la Boyne à Ruas na Rlgh (Rossnaree).

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