‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 163 sur 249 · Aenach Cannain, loc. cit., strophes 3 et · texte numérisé non relu

Aenach Cannain, loc. cit., strophes 3 et

Relec^ C'était la sépulture des Clanna Dedad. L'Oenach Clochain ou Oenach Cuii, dans la môme province, contenait dos tombeaux des rois du Munster'. II y avait aussi des tombeaux dans ÏOenach Urnuimhan ou Oeiiach Tête dans le royaume de Thomond ou Munster Occidentale

Cruachan en Gonnaught, dont l'assemblée de Samhain dépasse en importance les limites de la province, est également un relie na rigli des plus fameux. C'est môme, pourrait-on dire, le relie na righ par excellence de l'Irlande païenne. Il servit de lieu de sépulture à tous les rois de Connaught et aux rois suprêmes antérieurs à Crimthann Nia Nâir*. La plaine qui entoure l'ancienne forteresse royale de Cruachan est entièrement semée de monuments funé-

1. LU. dans Peirie, loc. cit. — Cf. Dinnsenchas de Rennes, n" 50, Rev. Celtique XV ; O'Grady, Extracts n»* 12 et 13 dans Silva Gadeliea, vol. des trad., p. 523. — Sur la fôte de Temair Luachra, voir O'Donovan, The BookûfRights, p. 255 cl les notes des pp. 254 s. — Temair Luachra était, suivant O'Donovan, ibid., p. 90 : « a fort near Beala Atha na Tcamrach in the parish of Dysart, near Castle Island in the Cty of Kerry. »

2. Henchus na Helec, p. 98 : LU, dans Pétrie, loc. cit. — Cf. Acallamh na Henoracli dans Silva Gadeliea, vol. des trad., p. 118 : « le lieu de l'assemblée (oommémorative) deCuil, femme de Nechtan, qu'on nomme aujourd'hui la pelouse de fête, porteuse de génisses, de Sen Clochair ». — Cf. O'Curry, Mss Materials, p. 303 : courses d'Oenach Clochair. — C'est actuellement Manisterprès de Cromm, comté Limerick ; O'Curry, ibid.

3. On y voit des traces de sépultures. — C'est actuellement Nenagh, comté Tipperary : Chronicon Scolorum, p. 234, ad annum 992, et note de l'éditeur, ibid.

4. Senchus na Relec, p. 96 et p. 97 : «c'est là que la race d'Eremon, c'est-à-dire, les rois de Tara, se faisaient enterrer jusqu'au temps de Crimthann, fils de Lugaidh Riabderg . . notamment : Cobhthach Coelbregh et Labraidh Loingsech et Eocho Fedlech avec ses trois fils, cesl-â-dire, les trois Fidhemaa, ou Bres, Nar et Lolhor; et Eocho Airemh, Lugaidh Riabderg, les six filles d'Eocho Fedhlech, c'est-àdire Medb et Clothru, Muresc et Derdriu, Mugain et Ele ; et Ailill mac Mata avec ses sept frères... » — Cf. poème attribué à Dorban publié par Pétrie, op. cit., p. 102, d'après LU : « chaque tertre dans cet oenach a sous lui des guerriers et des reines, et des poètes et des distributeurs de richesses [cudchaire] et des belles et fières femmes... 11 n'est pas un seul tertre en ce lieu, dans YOenach Cruachna, qui ne soit le tombeau d'un roi ou d'un i)rince royal (rif^-flathat ou d'une femme, ou d'un poète belliqueux ». —Sur la fête de Samhain à Cruachan, cf. Kcating, éd. Dinneen, Irish Texts Soc, IX, p. 4i s.

raircs, dont beaucoup sont de dimensions considérables. Ces monuments appartiennent à la môme époque que ceux d'Uisnech et de Tailtiu'.

Il y a encore à Cruachan un sidh, qui est situé à proximité du cimetière. C'est une grotte naturelle, mais il y a des indices qu'elle a servi de lieu de sépulture et on y a trouvé une inscription en caractères oghamiques^.

Pour les autres lieux de fêtes les renseignements font défaut ^

Mais telle quelle, notre liste établit avec certitude que les fêtes irlandaises sont célébrées dans des cimetières. Il y est donc fort probable que les génies que réveillent ces fêtes sont identiques aux esprits des morts qui reposent en leurs emplacements.

1. Joyce, op. cit., II, p. 556. — Ce sont des tumuhis de dimensions assez restreintes, du moins si on les compare aux énormes tombelles de l'époque néolithique, telles qu'on en voit à Brugh (= Newgrange) et Loughcrew. Les tumulus de l'époque gôidélique ne renferment pas d'allées couvertes avec entrée extérieure, mais des cistes en pierres ou bien des sépultures en pleine terre, sans ciste. A Cruachan on voit aussi des sépultures entourées d'un rempart circulaire, ràth, qui sont nombreuses dans tous les autres cimetières gôidéliques. Cf. Joyce, II, p. 577 ss.

2. Joyce, op. cit., II, p. 556 s. Sir Samuel Ferguson sur la pierre en question a déchiffré le nom de Medb, une reine épique et l'une des principales héroïnes du cycle d'Ulster. Mais la justesse de cette lecture est très douteuse/

3. Du moins en ce qui concerne les fêtes célébrées dans des cimetières proprement dits. Car, partout oi'i se tient une assemblée de fête en Irlande, il y a un tumulus, un monument funéraire quelconque, ou bien la tradition veut que le lieu de la fête renferme une sépulture. Ainsi la fête d'Ailech en Ulster est la répétition d'une fête funéraire célébrée en l'honneur dune princesse, Ailcch. ou d'une fée du même nom : O'Curry, Manners and Customs, II, p. 152 s. Un roi de Connaught, Eoghan Bel, est enterré dans YOenach Locha Gille (du Lac Gill à la frontière de l'Ulster et du Connaught) : Vie de saint Cellach de Killala dans Silva Gadelica, II, p. 52 (vol. des textes, p. 51). — Un chef du Meath, Fiachra, est enterré dans un lieu qui s'appelle depuis forrach, c'est-à-dire, marché, place de foire (forrach est apparenté au latin forum) : Story of King's Eochaid's Sons, dans Silva Gadelica, vol. des trad., p. 54;^; The Dealh of Crimthann, éd. Whitley Stokes dans Rev. Celtique XXIV, p. 185 — Cf. aussi, ibid., p. 183 : le druide Drithlin est tué sur le bord du lac Erne Lower. C'est de là que vient le nom de YOenach Drilhlenn.

En tout cas le choix des cimetières indique suffisammenl que les morts avaient une part dans la célébration des fêtes. Et pourtant nous ne les voyons nulle part se distinguer des autres génies qui paraissent pendant la fôle.

C'est que ceux-ci sont eux aussi des morts ou bien des ressuscites, ce qui est la même chose. En effet, on a vu que le thème essentiel du drame de fête en Irlande est celui de la mort et de la renaissance divine. Les génies et les dieux qui en sont les acteurs sont en train de mourir pour reparaître immédiatement après leur mort. Ce sont donc des esprits de môme nature que les esprits des morts humains. Ils leurs sont entièrement identiques.

Ainsi, quand on considère de plus près, comme nous venons de le faire, les génies anonymes ou nommés des fêtes, on constate que ce sont soit des morts anonymes, soit des héros nommés.

Représentation de la .mort en Irlande. — l. La désincarnation et la réincarnation des génies. — La chose a des raisons profondes. En effet, si nous jetons un regard sur les idées qui président au développement du culte des morts en Irlande, nous constatons qu'elles n'admettent aucune différence entre les morts et les autres esprits.

La mort et la naissance ne sont, selon les idées irlandaises, qu'une désincarnation et une réincarnation des mêmes génies dont nous parlons sans cesse. Ces génies sont d'une nature telle qu'ils se réincarnent continuellement et de la sorte passent de la vie divine b. la vie terrestre et inversement. Ils sont les esprits qui donnent la vie aux corps et la mort n'est autre chose que leur départ.

Un exemple de ces réincarnations est fourni par l'his-

loire de la Génération des deux Porchers^ , une des renucéla, ou récils qui servent d'inlroduclion à la Tàin Bô Cûalnge.

Friueh et Rucht, porchers l'un de Bodb, roi du sidli de Femen en Munster, l'autre d'Ochall Ochne, chef des génies du sidh de Cruachan se métamorphosent successivement en corbeaux, en animaux aquatiques, puis en guerriers qui après un combat acharné deviennent des fantômes. Ceux-ci se transforment à leur tour en vers, dont l'un vit dans l'eau d'une fontaine du Connaught et l'autre dans un ruisseau de Cûalnge, et qui finissent par être avalés par deux vaches. Celles-ci en sont fécondées et mettent bas deux inyiveaux , Finnbennach, ou le « Blanc-Cornu » de Connaught, et Bonn, ou le Brun de Cooley, les mômes dont la rivalité déchaînera la guerre de la Tàin Bô Cûalnge'^.

Un conte analogue, mais dont la rédaction ne remonte pas plus haut que les invasions Scandinaves, est Y Histoire de Ti'ian mac CairilP.

Tùan est un neveu ou un frère de Partholon, arrivé avec lui en Irlande, et qui seul de sa race échappe à la mort. Parvenu aux extrêmes limites de la vieillesse et de la décrépitude il se retire dans une caverne, il y jeûne et puis s'y endort. Il se réveille cerf. Tûan devient ensuite vautour, sanglier et enfin saumon. Péché sous cette forme et

^. Des deux versions de cette histoire une seule, celle du Livre de Leinster, a été publiée dans le texte et traduite par M. Windisch dans Irische Texte III,, p. 235 ss. Elle a été traduite à nouveau, en anglais, par M. Kuno Meyer, dans Voyage of Bran, II, p. 58 ss. et en français par d'Arbois de Jubainville, dans Les Druides et les Dieux celtiques à formes d'animaux, Paris, 1906, p. 171 ss. — La seconde version, qui est consignée dans le Ms. Egerton 1782 du British Muséum, est comparée à la première et étudiée dans Voyage of Bran, II, p. 06 ss. Les différences entre les deux sont insignifiantes.

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