Sur Donn et Donn-B6, cf. plus haut, p. 127 s
3. Publiée et trad. par M. Kuno Meyer dans Voyage of Bran, II. appendice A. — Résumé par d'Arbois de Jubainville dans le Cycle Mythologique, p. 47 ss.
mangé par une reine, femme de Gairel, il renaît homme.
Les exemples abondent, \ess avala un ver en buvant et devint grosse. Elle mil au monde le futur roi Conchobar '. Môme mode de conception d'un autre fameux héros du cycle d'Ulstcr, Conall Cernach'-.
Or ces dieux et ces génies qui s'incarnent ainsi ^ ce sont toujours ceux que nous avons appris à connaître.
Ainsi Cùchulainn est l'incarnalion du dieu Lug '', Etâin, fille de la reine Etar, est rincarnation de la fée Etâin qui appartient aux Tùatha Dé Danann. La fée Etàin avait été emportée hors de son sid/i par un coup de vent, et elle était tombée j)ar la cheminée d'une salle de festin dans la coupe d'Etar qui l'avala. Neuf mois après, la reine mettait au monde une fille, qui était la réincarnation d'Elûin ^
Un personnage historique qui vivait au vu' siècle, le roi d'Ulster Mongan, passait pour ôlre le fils ou l'incarnation
1. Cotnperl Conchobair, éd. Kuno Meyer, dans Rev. Celtique, YI, p. 178 ss. Trad. française dans d'Arbois de Jubainville, Épopée Celtique, sous le titre \aissance de Conchobar, p. 17.
2. C6ir Anmann, éd. Whilley Stokes dans Irische Texte, IIIj, p. 3'Ji.
3. La conception en buvant de leau est le thème de nombreuses légendes irlandaises qui ont été étudiées par Alfred Nutt, op. cit.. Il, p. 38 bs. Dans les temps chrétiens c'est de leau bénite qui remplace l'eau contenant un germe divin. Cf. légende de la naissance d'Aedh Slaine, roi d'Irlande, dans Silva Gadelica, II, p. 88 ss. Aux histoires de ce genre citées par Nutt et dont il est fait mention dans notre texte on peut ajouter encore une, la légende de la naissance de saint Finnacha dans la Vie de saint Molaise, dans Silva Gadelica, II, p. 23. Une femme stérile vient demander conseil à saint Molaise. Celui-ci donne sa coupe au mari en lui ordonnant d'aller puiser de leau, il bénit cette eau et la fait boire â la femme. Après quoi il lui dit : « Femme, sois sûre qu'à partir de ce moment tu seras enceinte et que lu donneras la vie à un flls. » Ce fils s'appelle Mac da crela, « fils des deux bénédictions », ou saint Finnacha.
4. Comperl Conculaind, publié en deu.\ versions (texte seul) par M. Windisch, dans Irische Texte I, traduits en français par M. Louis Duvau dans d'Arbois de Jubainville, Épopée celtique, p. 26 ss. — Cf. Alfred Nutt, op. cit., II, p. 39 ss.
5. Tochmarc Elàine^éd. Windisch. dans /?isc/ie Texte, I, p. 131.
de Manannan mac Lir, le dieu de la mer*. En général incarnation et génération se distinguent mal en Irlande. On voit par exemple Lug vivre d'une existence propre comme dieu, quoiqu'il fût incarné en Cuchulainn. On considère aussi ce héros comme le fils de Lug.
D'un autre côté les dieux qui s'incarnent dans les héros appartiennent tous aux troupes des génies d'invasion. Mais aussi bien il n'y en a pas d'autres. Ils sont tous des Tûatha Dé Danann. Quant à l'omission de représentants d'autres tribus divines dans les histoires citées, elle s'explique par le fait qu'une des tribus en question , les Fomoraig, sont plus particulièrement des dieux de la mort et que, en ce qui concerne les autres, elles sont considérées comme appartenant à un passé très lointain. Seuls les Tûatha Dé Danann, qui sont les derniers des dieu.x, sont réellement présents à Tesprit du peuple irlandais. Leur histoire résume celle de toutes les autres tribus divines.
La naissance d'un héros est ainsi l'incarnation d'un être divin. La mort est par conséquent le retour de cet esprit à la vie divine.
Ce qui vient d'être dit des héros doit être étendu à tous les hommes en général. Les Dinnsenchas disent que l'objet de la célébration de Lugnasad était d'assurer aux participants de belles récoltes, le croît du bétail et de beaux enfants'. Les offrandes de nouveau-nés qu'on faisait aux autres fêtes indiquent que celles-ci étaient célébrées dans un but identique.
Or les puissances spirituelles évoquées aux fêtes sont précisément les mêmes génies qu'on a vu s'incarner dans
1. Tous les textes relatifs à l'incarnation de Manannan mac Lir en Mongan ont été réunis dans l'appendice au vol. I. de Voyage of Bran, par M. Kuno Meyer. — Cf. Jmram Brain, ibid., p. 24 ss.
2. Dinnsenchas de Rennes, Rev. Celtique XV, p. 112; cf. ci-dessus, p. 124, note.
cerlains héros. C'est donc en eux que réside le principe de la vie humaine, ainsi que d'ailleurs de la vie animale et végétale. En un mot, ils sont les âmes des vivants, et, lorsqu'ils retournent à la vie divine, ils sont les âmes des morts.
U.Le pays de génies est un dépôt d'âmes à incarner. — On fait un pas de plus si Ton étudie le monde où vivent les génies.
Nous savons que c'est le pays des morts. On verra que c'est aussi, pour ainsi dire, un réservoir de forces vitales.
En eiïet, le pays des génies est une contrée de vie éternelle. C'est la (( Terre des vivants », Tir innambeo. La mort, la vieillesse et toute souffrance en sont bannies, et la jouissance de la vie y atteint son intensité suprême. On nomme aussi cette contrée Mag Me II, « Plaine de Délices* ».
Au centre de Mag Mell est un arbre merveilleux qui porte en môme temps des feuilles, des fleurs et des fruits^. Cet arbre est l'Arbre de Vie.
Ses fruits assurent la vie et la jeunesse à celui qui les consomme. Une seule pomme de Mag Mell suffit pendant un mois à la subsistance d'un héros, Condla, sans diminuer de volume^. Dans la relation d'un voyage à des îles fantas-
1 . Le pays des dieux est encore appelé Tir nan-og = Pays des Jeunes, Tir Tairnfjiri = Pays de la Promesse, (Cf. Alfred Nutt, op. cil., I, p. 226 ss.), Pays de la Vérité, etc. : cf. Voyage of Bran, Index, sub « Land »; d'Arbois de Jubainvilie, Cycle Mythologique, p. 28 s.
2. Iinram Brain maie Febail, éd.Kuno Meyer, dans Voyage of Bran, I, p. 7, strophe 7. — Cf. The Advenlures of Tadg, son of Cian. éd. Standish O'Grady, dans Silva Gadelica, p. 385 ss. : un grand pommier qui porte des fleurs et des fruits en même temps ombrage la maison dans laquelle vit un couple éternellement jeune dans un séjour élyséen. — Cf.Imram Brain. p. 5, strophe 3 : crôib dind abaill a hemain = une branche du pommier d'Einain. Emain est la cité divine. Cf. un poème du .\i" siècle dans le Ms Livre de Fermoy, dans lequel, pour dire qu'une des Hébrides est une lie fortunée, on la nomme Emhain Abhla := Emain aux Pommiers : James Henthorn Todd. Descriptive Catalogue of Ihe Book of Fermoy, dans Proceedings of Ihe Roy . Ir. Academy, I, p. 11.
3. Echtra Condla, éd. Windisch loc. cit. § 4 ; trad. française de d'Arbois de Jubainvilie, Épopée celtique, p. 387.
m SAINT PATRICK ET LE CULTE DES HÉROS
tiques, la Navigation de Mael-l)nin\ l'cquipage entier d'un vaisseau vit quarante jours de trois pommes pareilles. Un autre passage du même récit nous montre un aigle vieux et décrépit qui redevient jeune et vigoureux après avoir mangé des fruits de l'arbre divin et s'être baigné dans un lac où quelques-uns de ceux-ci étaient tombés. Un compagnon de Mael-Duin qui a suivi l'exemple de l'aigle conserve toute sa vie sa vigueur et son aspect juvénile ^
Tous les germes de vie sont inclus dans l'Arbre divin. En effet, des arbres sacrés qui sont sortis de ses graines, et qui évidemment le représentent, sont plantés au milieu des oenach dont on sait que les rites assuraient la fécondité et la croissance ^
Les arbres des oeiiach irlandais sont ainsi des Arbres de Vie, et par conséquent leur prototype idéal, l'arbre mythique, dont ils sont tous issus, est l'Arbre de Vie par excellence.
Le monde où il croît est donc bien le pays d'où sort la
i. Éd. Whitley Stokes, sous le titre Imram cuirrech Mael-Duin, dans Rev. Celtique X et XI. L'épisode des pommes forme le sujet du chap. vu (le l'histoire. — Cf. aussi Advenlures of Tadg, loc. cit. où les fruits du pays fortuné apparaissent à chaque instant comme suffisant à assurer la vie et même la jeunesse éternelle.