Muirthu, p. 238 (au bas de la page
■2. Imram Brain, § 3, première ligne ; § 10 ; § 19 et § 60 : Emain est le nom de l'Ile divine.
3. Muirchu, p. 289 : Maccuil di Mane. La Vie Triparlite, éd. Whitley Stokes, p. 222, identitie Maccuil avec saint Maughold, apôtre et patron de rile de Man. — Mais la version de Muirchu du Ms. de Bruxelles a Maccuil de mare.
4. Sanas Cormaic, mot : Manannân : ce personnage était un hardi navigateur qui habitait l'tle de Man et qui a donné son nom à cette contrée. Le Côir Anmann, éd. Whitley Stokes, Iriche Texte, III, p. 357, dit au contraire que Manannân vient de Man. Cf. Tochmarc Luaine, éd. Whitley Stokes dans Rev. Celtique, XXIV, p. 274 s. — Suivant O'Curry, Lectures on the Mss. Materials on ancient Irisfi liistory, Dublin 1861, p. :j88, note 172, lilc de Man était autrefois appelée Falga par les Irlandais. Or Falga est un des noms par lesquels on désigne le pays des génies : Dinnsenchas d'Oxford, éd. Whitley Stokes. l. c, N" 2. Cf. Baile an Scail, éd. OGurry, appendice CXXVIII ix Mss. Maleials, p. 387 : la pierre sacrée Fnl qui servait à introniser les rois suprêmes avait été apportée de VWaFoal. Cf. Ivealing, éd. Gomyn, p. 206 et ibid., p. 204 : avant de venir en Irlande les Tuatha Dé Danann habitaient quatre villes dont l'une s'appelait Fâilias. Ce sont des noms à rapprocher de Falga. Le nom de Maccuil est lui aussi intéressant. M. Bury. op. cit., p. 207 remarque qu'un des trois dieux des Tùalha Dé Danann qui régnent sur l'Irlande au temps où débarquent les fils de Mile, s'appelle précisément Mac Cuill, ce qui signifie Fils du Coudrier. M. Bury se demande donc si les deux personnages ne sont pas au fond identiques. S'il en est ainsi le départ du pécheur Maccuil serait une représentation du départ des anciens dieux pour l'exil, et on aurait un argument de plus pour voir dans la navigation errante une manière de gagner le monde des dieux.
5. Lebar Brecc, commentaire au Félire Oengusso, éd. de 1880, p. XLVII, au 1«' février, légende de X'Amra Plea.
va chercher la science et qui est aussi situé sous l'eau.
Enfin la célèbre Navigation de saint Brendan comporte une visite aux Enfers et au Paradis. Les épisodes de celte histoire sont inspirés par la légende de Mael-Duin, qui procède à son tour des mythes païens de voyages en MagiMellV
Ainsi, comme les personnages voguant à l'aventure du paganisme, les saints qui errent en mer entrent dans le domaine des esprits.
Il en est de même de saint Patrick. Certes, sa légende ne dit nulle part qu'il ait laissé aller son vaisseau au gré des flots. Mais il y a lieu de tenir compte de ce que l'île de la Mer Tyrrhénienne est une terre inconnue, que personne ne sait la route qui y mène et que, par conséquent, le hasard a guidé saint Patrick.
Au surplus les épisodes de la navigation de saint Patrick répondent aux épisodes des légendes que nous venons d'examiner. On a vu que l'île de la Mer Tyrrhénienne est une forme chrétienne de Mag Mell, et que la fontaine aux Trois Patrick doit être rapprochée de celle du pays des dieux.
Les CIRCONSTANCES DE LA MORT ET DE l'eNTERREMENT DE
SAINT Patrick en font un mort pareil aux morts héroïques irlandais. — Mais saint Patrick n'est pas seulement
1. La Navigalio sancli Brendatn a 6fc publiée par le cardinal Moran dans ses Acta sancli Brendani. Dublin, 1872, C'est cette édition que nous avons consultée. La Navigatio est une adaptation latine d'un original irlandais perdu. On la trouve dans un Ms. du xiir siècle. Une étude magistrale de cette légende est due à Zimmer, art. Dreudan's Meerfahrt {Kellische Beitrdge, II) dans Zft. filr deulsches Allerlum XXXI II, 1889, livraisons I cl II. — Cf. aussi Alfred Nutt. op. cit., I : le volume est en grande partie consacré à lélude littéraire des Imrama ou .Vactgations qui forment en Irlande toute une classe de récils. Cf. Ch. Plummer, dansZ/^. fiir Cellische Philologie, V, p. 124.
un personnage entré vivant dans le pays des morts par le moyen des rites païens.
Les circonstances de sa mort et de son enterrement présentent des traits inspirés par les idées sur les morts, particulières i\ l'Irlande païenne.
Remarquons d'abord que l'âme de saint Patrick ne se détache pas de son corps immédiatement après sa mort.
Suivant VHf/mne de Fîacc, elle alla d'abord chercher celle de Sen Fatraic, ou Patrick l'Ancien, pour la prendre avec soi'. Le commentaire de ce te.xte nous apprend qu'elle attendit ainsi jusqu'à la fête de Sen Patraic, c'est-à-dire, du 1(J mars au 24 août, et qu'alors seulement les âmes des deux saints montèrent ensemble au cieP.
Or, Sen Patraic n'est qu'un doublet de saint Patrick. Son tombeau à Armagh a été longtemps attribué à l'apôtre. Le séjour de l'âme de celui-ci auprès de Sen Patraic équivaut donc à un séjour auprès de son propre corps\
On voit que Patrick a passé après sa mort par un étal intermédiaire entre la vie et le départ définitif de l'âme, tout à fait identique à celui que nous avons étudié plus haut à propos des morts païens.
Quant à l'enterrement de saint Patrick il a lieu confor-
i. Hymne de Fiacc, dans Thesaurvs Palaeohib.. Il, p. 320 s.
2. Liber Ihjmnorum dit des Fransdscatns, commentaire à l'Hymne de Fiacc, ibid., p. '6il.
3. Tombeau de Sen Patrick à .\rmagh : Félire Oengusso. au 24 août. On lui connaissait d'ailleurs plusieurs autres sépultures, notamment à Ros-Dela. act. Rosdalla (Gté Wcstmeath) et à Glastonbury en Grande- Bretagne : Liber Hymnorum des Franciscains, commentaire à l'Hymne de Fiacc l. c, p. 321. Cf. Mac Firbis De quibusdam Episcopis, sub Rosdela. Cf. Colgan, .,4p;)en(/jx F. cap. 21 à Triadis Tliaumatnrgae Acla, p. 2o8, col. 1 à p. 263. — Le fait que le tombeau d'Arma^h doit être considéré comme tombeau du vrai saint Patrick ressort non seulement de ce que Sen Patrick nest qu'un doublet de lapiMrc, mais aussi de ce que dans les deu.x Vies les plus anciennes Dieu promet à notre saint que « sa résurrection aurait lieu ix Armagh » : Muirchu. p. 293 ; Tirechàn, p. 331.
mémcnt aux rites païens qui ouvrent l'entrée de l'Autre Monde.
Le lieu de la sépulture de saint Patrick est désigné d'une façon miraculeuse.
Quant on chargea la bière sur le char un conflit s'éleva entre les gens d'Airthir et ceux d'Uladh au sujet du lieu de la sépulture. Chacun des deux peuples tenait à posséder les reliques du saint, et il fallut que Dieu ordonnât à la mer de séparer les adversaires, sans quoi le sang eût déshonoré l'enterrement de Patrick. On convint enfin de laisser aller les bœufs de l'attelage à Leur guise et de creuser le tombeau là où ils s'arrêteraient.
Mais la crainte d'un nouveau conflit n'étant pas encore écartée, la prévoyance divine fît que chaque armée vit devant elle une bière traînée par des bœufs. Celle que voyaient les hommes d'Airthir les conduisit dans la direction d'Armagh, puis s'évanouit, tandis que l'attelage réel menait les hommes d'Uladh à Down et s'y arrêtait'.
Le corps de saint Patrick est donc porté miraculeusement à sa dernière demeure, il entre miraculeusement dans l'Autre Monde.
Si pareille légende se raconte de plus d'un saint breton, c'est cependant aux héros du paganisme irlandais que nous font songer tout d'abord ce miracle, cette solennité, cette immense valeur attribuée aux restes funéraires.
L'assimilation sera complète quand on aura montré que le trait de la mort violente ne manque qu'en apparence à saint Patrick.
Certes, il n'est pas un martyr. Mais on a vu qu'à sa place meurt son cocher, Odràn, et que celui-ci n'est qu'un sub-