‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 193 sur 249 · Cf. dans Tain, p. 278 ss · texte numérisé non relu

Cf. dans Tain, p. 278 ss

4. Ane. Laws, I, p. 25 ss. — Plusieurs sont avertis par des ulcères qui paraissent sur leur visage qu'ils vont commettre une erreur. — Ibid, Cf. plus haut le collier de Morann.

0. Tàin, p. 610 ss., et p. 794 1. 5507 ss. Fingin est un fàth-liaig, « prophète-médecin ». — Quant à Miach il prononce une incantation sur une main coupée : celle-ci s'ajuste au moignon et redevient vivante. Cath Maighe Tured, § 34. — Il est vrai que Miach est un dieu.

l'incarnation j)arfaile de toutes les valeurs morales. Et plus ils sont tj^i'ands ol célèbres, plus ils sont clignes d'être pris pour modèles. Cuchulainn et Finn, les héros centraux des deux grands cycles irlandais, surpassent à ce point de vue tous les autres personnages de l'épopée. Ainsi les héros irlandais réalisent un type analogue aux héros grecs et qui a en même temps les traits de ce que le langage courant appelle héros. Ce que nous venons de montrer pour la généralité des dieux et des morts illustres qui sont objets d'un culte, vaut pour ceux dont le culte est l'objet des fêtes et qui ont illustré aux dates de fêtes soit leur vie divine, soit leur vie humaine.

Saint Patrick est un héros du même type que les héros IRLANDAIS. — Ce que nous venons de dire s'applique également à saint Patrick. Il est un héros, et pour les raisons que nous avons énumérées dans les chapitres précédents, et pour ce qu'il a de semblable aux génies et aux morts, dont nous avons vu qu'ils sont des héros.

La parenté de type et de fonctions est plus complète encore entre notre saint et les héros païens. Il a les mêmes rapports avec les choses et les groupes que les héros irlandais.

I. Caractère héroïque des saints irlandais en général. Ce sont des protecteurs et des chamjnons. — Il en est de même des autres saints irlandais. L'élude de ceux-ci nous permettra de donner plus de relief à ce que nous dirons de saint Patrick.

Les saints irlandais ne sont pas seulement les patrons des groupes, au sens chrétien. Ils en sont les représentants et les champions.

Remarquons d'abord que ce sont des saints mihtants. Ils sont les guerriers de Dieu vainqueur des démons. Les

légendes hagiographiques sont remplies de leurs luttes incessantes contre les druides, les méchants chefs et les esprits malins.

Le caractère combatif des saints irlandais se manifeste dans leur culte. Leurs reliques corporelles y tiennent moins de place que leurs bâtons et leurs sonnettes*. C'est que ce sont les armes des saints dans leurs luttes contre le démon.

Leurs bâtons sont des bâtons pareils à celui de saint Patrick. Ils en frappent les démons. Quant aux sonnettes elles servent d'instruments dans les malédictions. Les saints les agitent dans la direction des hommes ou des lieux qu'ils maudissent. Aucun mauvais esprit n'en peut supporter le son^.

Aussi ces champions de Dieu ont-il hérité du rôle social des héros.

Ils sont les patrons des clans et des royaumes, comme saint Ailbe, qui est patron du Munster, saint Declan celui des Déisi, saint Columcille celui des Hûi Néill, saint Finnian de Mag Bile celui d'Uladh, sainte Brigit qui est la patronne du Leinster et saint Comgall qui protège les hommes de Dal-Riada^

Mais ils en sont en même temps les champions temporels.

Son bâton en main, saint Finnchua de Brigown inflige une défaite aux Ulates qui avaient envahi le Munster. Les Hûi Maine font précéder leurs armées par le bâton de leur

1. Giraldus Cambrensis, Topogr. Hibeni., III, cap. 33, éd. citée, j). 179. — On prête serment sur ces bâtons et sonnettes plus que sur l'Évangile. 11 en est de même en Ecosse et dans le pays de Galles.

2. Sonnettes employées pendant les malédictions : 0"Donovan, The Baltle of Mag-Rath (Ir. Archseol. Soc), p. 39, note o; Death of Muircerlach mac Erca, loc. cit., p. 402 s. ; Silva Gadelica, II, p. 45. p. 82. — Saint Patrick chasse les démons en agitant sa sonnette sur le Mont Aigle : Vita Vl", auclore Jocelino.

3. Sallair na Rann, éd. Whitley Stokes. Fragment de la Vie de saint Declan, Thésaurus Palaeohibernicus II, p. 297. — Cf. chap. suivant.

palron. saint Ciicllan. Les Conmaicne font de môme avec le bAlon de saint Caillin do Fenagh. Et les O'Donnell font porter autour de leurs troupes prùtcs à la bataille un livre qu'on appelle cathach ou prœlialor et qui passait pour avoir été copié par Columcille *.

Comme les héros encore, les saints font office de dieux Termes.

Les limites des propriétés ecclésiastiques sont marquées en Irlande par des hautes croix en pierre dont chacune est placée sous l'invocation d'un saint. Les tertres sur lesquels sont érigées ces croix jouissent du droit d'asile'. La haute croix irlandaise dérive du menhir. A l'origine elle n'était qu'un menhir gravé d'une croix'. Or, les memhirs sont, on Ta vu, des pierres funéraires héroïques.

Saints patkons des lieux et des choses. — Les saints se sont d'autre part substitués aux héros comme dieux locaux et comme dieux des choses.

Beaucoup sont enterrés dans des sidh, ou bien ont vécu en ermites dans des lieux hantés, dont ils sont devenus depuis les patrons.

Un cas de pareille succession est très nettement représenté dans la légende de sainte Feber*. L'endroit où elle construisit son oratoire, auprès d'une source sacrée, lui avait été indiqué par un cerf, qui lui était apparu dans un

1. Whitley Stokes. Lives of SS. from Ihe Book of Lismore, II. p. 240 : Hcnnessy. Book of Fenagh, p. 195 ss. ; ODonovan, The Baille of Mag Balh, p. 447 note" ; le môme, Ïly-Many, p. 81. — Il ressort du lexte du B. of Fenagh que saint Caillin n'a Iaiss6 aux Conmaicne qu'un modèle du bâton avec sa bénédiction. On en faisait un neuf à chaque occasion en observant certains rites.

2. Miss Margaret Stokes, The high crosses of CasUedermot and Durrow, Intr., p. IX ; Pétrie, op. cil, p. 59, cite un canon sur les croix-bornes.

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