‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 206 sur 249 · H y Fiachrach, p · texte numérisé non relu

H y Fiachrach, p

3. //j? Fiachrach. loc. cit. — Sur les cérémonies d'intronisatïon Cf.

Le nouveau roi est placé au sommet du tumulus. Il est debout sur une pierre sur laquelle on voit généralement l'empreinlc du pied de rancélre, et son pied est posé dans celle empreinle '. Ou bien il s'appuie au menhir funéraire. Les rois suprêmes sont intronisés sur une pierre qui provient du pays des morls ". Le roi entre ainsi en communication avec l'ancôtre par le contact des objets qui sont intimement liés à celui-ci. Bien plus, il s y identifie.

En effet, que signifie donc l'acte de poser son pied dans la trace môme de l'ancêtre, sinon qu'on le représente, qu'on en est en quelque sorte un substitut ? Le fait qu'on voit une empreinte de pied sur un tombeau indique bien que l'esprit du mort est supposé être là debout, du moins aux moments où son tombeau est le centre d'une solennité religieuse. Or à la place du mort c'est le roi nouveau qui se dresse sur la tombe.

Il en est de même quand le nouveau roi s'appuie au menhir. On a eu déjà l'occasion de démontrer que les menhirs funéraires représentent les morts. Quant à la pierre sur laquelle montent les rois d'Irlande, elle représente le pays des morts, le pays môme d'où est venu le premier ancêtre des Gôidels. Le roi qui en descend après avoir été intronisé est un homme qui, pareil à Mile, fils de Bile, passe de l'Autre Monde dans celui des vivants.

O'Donovan H y Fiachrach,p. 42j ss. ; Herbert-J. Horedans Ulster Journal Arc/iaeol., V, p. 216; Keating. éd. Dinneen, lî-ish Texts 6oc IX, p. 10 s.

\. Spenser, View of the slale of Ireland, cité dans Joyce, Hocial History, I, p. 49 : « in some of which (stones) I hâve seen formed and ingraved a foot, which they say was Ihe measure of Iheir first Captain's foot, wliereon hee (the new Captain) standing receives an oath to préserve ail the ancient former customes of the countrey ».

2. La pierre Fàl qui « rugissait » lorsqu'un roi légitime montait dessus. Baile an Scail, éd. O'Curry, dans Mss. Mal. p. 387 s., app. CXXVIII. — La légende veut que cette pierre eût été emportée en Ecosse où elle servit à l'intronisation des rois à Scone. Elle continue à rendre les mômes services aux rois d'Angleterre dans l'abbaye de Westminster où elle a été transportée par Edouard l.

El pour bien marquer celle idenlificalion à rancôlrc, le roi perd l'usage de son nom propre. On proclame seulement son nom de famille, qui est précisément le nom de l'ancôtre procédé d'une indication de filiation, et depuis, le prénom du roi est ofTiciellement oublié, pour ainsi dire. Pour le désigner on dira désormais le Mac Garlhy Môr, le Hiia Conchobuir, le Hi'ia Briain.

Le roi devient ainsi par son intronisation solennelle un ancêtre vivant auquel l'ancétrc mort est assimilé.

Aussi le roi remplit les mêmes fonctions divines que l'ancôtre. Il est responsable des récoltes, du croît et, en général, de la prospérité de ses sujets Quand les vaches n'ont pas de lait, que les fruits tombent avant de mûrir et que le blé est rare, c'est que le roi n'est pas légitime'.

C'est par l'assimilation de l'ancôtre au roi vivant que s'explique la facilité avec laquelle le culte des ancêtres se détache de leurs tombeaux pour passer à des tombeaux nouveaux. Une tûathç\m émigré n'a pas besoin d'emporter les reliques de son ancêtre. 11 l'accompagne vivant dans la personne du roi, et quand celui-ci meurt, son tumulus remplace pour ses successeurs les tombeaux du territoire abandonné. On ne nous dit point, par exemple, que les Hui Maine aient emporté d'Ulslcr des reliques de Colla, leur ancêtre. Maine Môr, le roi qui les guida d'Ulster en Connaught, a été substitué à ce héros.

Ainsi le culle des ancêtres aboutit dans les tûatha d'Irlande au culle des rois-dieux, ce qui s'explique par l'organisation de ce groupe. En effet, de même que le culte de l'ancôtre apparaît comme suite nécessaire de la division de la/ï/te agnatique en une ligne directe dont dépendent

1. Ane. Laiis. IV. p. lii. Cf. Annals of llie Four Masters, s. a. 14 : malheurs et calamités publiques qui désolent l'Irlande pendant le règne d'un usurpateur, Coirpre Cinncat.

des lignes collatérales — l'assimilalion do cet ancêtre au roi correspond à la constitution de la tùath en famille de clients, dont le roi est non seulement le patron, mais le père.

Gomme c'est le roi qui est soupçonné d'être le père naturel de la plupart des enfants illégitimes, la bâtardise confère, pour ainsi dire, des droits particuliers !\ la divinisation. En effet, les plus fameux des héros et des rois épiques sont des bâtards, ou bien des enfants adultérins. Il en est ainsi de Finn, dont la mère s'était fait enlever par un héros et avait été condamnée au bûcher pour ce fait^ Conchobar est l'enfant adultérin du roi F'achtna Fathach-, et Cuchulainn est né de l'union incestueuse du roi Conchobar avec sa sœur, Dechtire^ Étant donné que dans des légendes parallèles la naissance de ces héros est représentée comme l'incarnation de dieux, nous pouvons conclure qu'être bâtard, surtout bâtard d'un roi, équivalait à être demi-dieu.

En somme, l'idée de la parenté des dieux et des groupes humains domine toute la reUgion irlandaise.

Traces des autres formes de la parenté dans le culte : déesses mères et déesses-nourricières de dieux ou de HÉROS. — Les autres formes de la parenté ont elles aussi laissé des traces dans le culte.

Il y a eu en Irlande des cultes de déesses-mères, ainsi qu'on l'a vu par les exemples de Mâcha et de Carman.

Lug, qu'on vénère à Tailtiu, est le dalta de la déesse locale Tailtiu*. Cuchulainn qui, est le héros particulier

1. The cauie of the battle of Cnucha, éd. Hennessy dans Rev. Celtique, II, 88 ss.

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