Ibid.. p
3. H. d'Arbois de Jubainville, Introduction, p. 260 ss. — Cf. Commentaire au Senchus Mûr. Ancient Laws, II, p. M8 : ce sont les artisans i)roprement dits, en particulier les métallurgistes, qu'on y entend par aes dana. Or, la glose d'un autre passage du môme recueil, où il est parlé du droit qu'ont les aes dana de disposer de leurs terres, (ibid. m, p. 48) explique (p. 50), qu'il s'agit de terres acquises mad etail bret/iemnasa, nu filideclita no, nach dana olcena. — « par l'exercice de la judicalure, ou bien de l'art du filé, ou d'un autre talent quelconque ». — C'est sous la conduite des trois filid royaux de Conchobar que les aes dana de l'Ulster arrivent sur le champ de bataille : Tàin Bô Cùalnge, version des Mss. Stove '.J84 et Harleian 1,13., éd. W^indiscli. 1. 5466 ss.; cf. ibid., glossaire, p. 954, col. 2 : aes dana désigne aussi bien les artisans i(ue les poètes, les devins et même, parfois, les druides. — Il est vrai que le recueil de droit intitulé Uraicecht Becc refuse aux artisans et aux médecins des privilèges égaux h ceux des poètes et des devins : Ancient Laws, V. p. 94, ^ 2. Mais la composition de ce recueil ne remonte pas plus haut que le xui» siècle, c'est-à-dire, qu'il date d'un temps où l'on n'entendait plus par filid que les gens de lettres qui seuls avaient réussi à garder un reste de leur ancienne splendeur. Encore VUraicecht Becc reconnaît que les médecins et les artisans eux-mêmes peuvent avoir droit au titre il'ollam/i, ou docteur, savant, qui est un titre particulier aux filid. Cf. ci-dessous, hiérarchie des filid.
4. Ainsi l'épithète de Fingin, le médecin épique du cycle d'Ulster, est-elle f'àthliaii), c'est-à-dire, inédeciiv-devin, médecin-prophète : Tain Bo Cùalnge. 11. 42'JO ss. et 5506 s. — Cf. ci-dessus, p. 222, les signes
cialisé '. Enfin les /il id comprennent les musiciens joueurs de crotta, la harpe irlandaise*, qui est un instrument magique entre leurs mains \
Une catégorie importante des filid est constituée par les jurisconsultes, brethcmain. Arbitres des contestations, ils conservent intacte la tradition des sentences antiques, qui
auxquels il reconnaissait la nature et la cause des maladies. — Sur les méthodes de l'ancienne médecine irlandaise, cf. Joyce, op. cit., l, p. 624ss. — Incantations médicales dans le Ms. irlandais de Saint-Gall (viii« siècle) : Thésaurus P alaeohibernicus. II, p. 248. Propriétés curatives des herbes et en général des diverses matières usitées en médecine, prescriptions pour leur emploi dans Ancient Irish treatise on Materia Medica, dans Rev. Celtique, IX, et A Celtic Leechbook, dans Zft. fur celtische Philologie, I, p. 17 ss., tous deux publiés par Whitley Stokes. — Cf. aussi Silva Gadelica, p. 126. et p. 252 s.
1. Remarquons que dans les légendes épiques se sont les Tùatha Dé Danann , qui sont les guérisseurs attitrés des héros : Tdin Bô Cùalnge, 1. 2478 s. ; Cath Muighe Léana, p. 90. — Or les Tùatha Dé Danann sont considérés comme étant dans une alliance étroite avec les filid. — Cf. ci-dessous, identité de la déesse tutélaire des médecins, Brigit, avec celle des filid poètes et des artisans.
2. Tous \qs filid s'accompagnent de la crotta en chantant : O'Curry, Manners and Customs, chap. x.\xii, xxxni et passim ; cf. d'Arbois de Jubainville, La civilisation des Celtes, p. 134. — Inversement, seuls entre les musiciens, les joueurs de crotta jouissent, du fait même de leur profession, de privilèges analogues aux autres aes dana. Us ont droit aux honneurs dus à un bô-aire : Ancient Laws, V, p. 106. Dans les légendes épiques les harpistes sont toujours mentionnés à côté des filid poètes des plus hauts grades et comme leurs égaux. Ainsi les deux pères adoptifs du roi légendaire Labraidh Loingsech sont le filé Fercertne, qui est un poète, et le harpiste Craiftine : OCurry, op. cit., II, p. 51. Le Lebar na Gabala raconte que lorsque les deux fils de Mile partagèrent entre eux l'Irlande et toutes ses richesses, ils tirèrent au sort pour savoir auquel des deux appartiendrait le plus renommé des poètes et lequel aurait pour sa part un célèbre joueur de crotta : texte publié par OCurry, op. cit.. II, p. 4 s. — Les deux artistes sont donc bien considérés comme égaux. De plus tous les deux sont nommés « instructeurs », « professeurs des doux arts ». Leurs deux professions se valent donc elles aussi.
3. En jouant de la c>'o//a, le filé provoque un sommeil magique. Ainsi le harpiste Craiftine joue avant une bataille un air qui endort les ennemis, tandis que ses propres compagnons sont obligés de se boucher les oreilles pour ne pas s'endormir eux aussi : Orgain Dind-rig, The Destruction of Dind-rig, éd. Whitley Stokes dans Zft. fur Celtische Philologie, III, p. 12, §§ 19 et 20. Il endort pareillement les parents d'une jeune fille pour lui permettre de rejoindre son amant : ibid., p. 11, §13.
servent de précédents à la jurisprudence irlandaise ^ Seule la science du parfait filé est assez grande pour connaître toutes ces sentences et pour en interpréter le langage a^chaïque^ Et tout filé est obligé d'avoir l'érudition d'un brethem, môme lorsqu'il n'en remplit pas régulièrement les fonctions'.
Tout fîlè est enfin historien et antiquaire, sencha''. 11 sait par cœur les Dinnsenchas, recueils de légendes locales. Il veille sur les généalogies de sa tûath. On s'en
1. D'Arbois de Jubainville, Orifjine de la juridiction des druides et des filé, dans Rev. Archéologique, Mars, 1884; le même, Résumé d'un cours de droit irlandais, p. 11 ss., p. 103; O'Curry, Manners and Customs, II, p. 20 s. — Senchus Môr, I, p. 22, p. 80, p. 86. — L'exercice de la justice est un privilège des filid depuis le temps reculé où les fils de Mile débarquèrent en Irlande et y soumirent leur premier litige à la sentence du filé Amairgen : O'Curry, op. cit.. Il, p. 20 et p. 188 ss. — On sait qu'en Gaule c'étaient au contraire les druides qui étaient juges des procès : César, De bellico gallico, VI. 13, § 5 et § 6.
2. Comtholh Loegairi co cretim, éd. Plummer, loc. cit., p. 165 ; Senchus Môr, Introduction, dans Ancient Laws I. p. 4 : le roi Loegaire institue une commission pour codifier les lois irlandaises, et qui se compose en partie de filid « savants dans la langue des Féne ». M. Thurneysen, Rev. Celtique, VII, p. 369 ss., suppose que les filid et bvethemain se servaient d'une langue secrète, une sorte d'argot, et que c'était précisément cette langue qu'on nommait ogham. Cf. plus loin. Mais même écrites en irlandais, les sentences du Senchus Môr sont extrêmement difficiles à interpréter.
3. L'étude du droit irlandais est obligatoire dans les écoles de filid dès la quatrième année d'étude : Joyce, op. cit., I, p. 431.
4. Cf. O'Curry, Manners and Customs, II, p. 50 s. : liste des historiens du peuple de Mile depuis son arrivée en Irlande, d'après le Ms. Livre de Ballymote ; un seul est druide, tous les autres sont des filid. Encore ce druide est-il Cathba, c'est-à-dire, un personnage presque aussi célèbre que Cùchulainn et Coiichobar, et leur compagnon. On l'a nommé précisément à cause de sa célébrité et parce que sa qualité de druide en faisait un savant : Cathbath, ar ba fissid side, {Longes mac n-Usnig dans/risc/ic Texte, I, p. 68). Cf. fissid :=sophis ta. cathus. gnarus : Zeuss, éd. Kbel, 772 ; « wissend. wissender », Windisch, Irische Texte. I, Wôrlerbuch. — Sur le rok' des filid comme historiens cf. Windisch, Einleitung •à son éd. delà Tain. p. li : l'histoire de l'Irlande s'appuyant surtout sur des récils épiques et des légendes, les filid qui avaient pour fonction de réciter ces histoires sont devenus tout naturellement des historiens. Peu à peu ils ont abandonné toutes leurs autres occupations pour se consacrer exclusivement au travail d'archivistes et de compilateurs. Cf. (»' Donovan. Tribes and Customs of Hy-Fiachrach, p. 10 : Clann Firbisigh. i. fUeadha. Or ce sont des historiens.
réfère à lui pour la justification des privilèges et des droits'. Aux cérémonies d'intronisation le sencha remémore les us et coutumes de la tribu et fait prêter au roi le serment de les respecter". Il sert d'archives vivantes aux tûatha d'Irlande.
Fonction mythopoétique des filé. — Mais avant tout les filid sont les créateurs et les gardiens de la tradition mythique et épique.
Ils sont poètes et narrateurs. Le filid s'en va partout où il espère trouver un auditoire, chanter les gestes des dieux et des héros ^. Dans les cours royales, aux banquets, il est
1. Les Dinnsenchas et les Bretha Nemed sont matières d'études obligatoires dans les écoles ûe filid: Joyce, loc. cit. — Dans les légendes épiques à chaque moment on voit les filé interrogés sur les événements du passé, sur les généalogies, sur la raison des particularités d'un lieu, d'un nom, d'un état de droit. Cf. par exemple l'épisode cité de l'histoire de Mongan ; cf. Immacallam in dà Thuarad, loc. cit.