Keating, éd. Dinneen, Irish Texts Soc. IX, p. 42 s
2. Cf. O'Gurry Lectures on the Mss. Materials, p. 462. — L'investiture royale était nécessaire pour que le filé entrât en fonction : uirdned ar rig lùath, « ordination par le roi de la tùalh », Commentaire au Senchus Môr Ane. Laws, 1, p. 42. Mais ce sont les filid eux-méme qui élisent un des leurs, Senchan Torpeist^ pour chef suprême : Windisch, Einleitung à la Tain B6 Cûalnge, p. XLVII.
3. O'Curry, Manners and Customs, II, p. 216 ss. ; Cf. Rev. Celtique, XII, p. 118.
darilé est la conséquence de leur organisation intérieure.
Ils forment une corporation fermée, dont les membres sont héréditaires ' et dont les grades s'acquièrent par voie d'initiation.
Il y a sept degrés d'initiation et trois de préparation, ce qui correspond à douze années d'études". Au bout de trois ans l'élève a atteint le grade de drissac après celui iVollaire et de taman, il sait réciter par cœur vingt contes, un peu de grammaire et il connaît la signification de cinquante ogham^. Les trois premières années d'initiation, pendant lesquelles le candidat s'appelle successivement fochluc, mac fuirmid, doss, cana et cli sont consacrées à apprendre de nouveaux contes et poèmes, les ogham, la
1. Joyce, op. cit., I, p. 44i. — Cf. O'Donovan, Tribes and Customs of Uy-Fiachrach. p. 10 et p. 100 s. : les Mac Firbis sont les fileadha héréditaires L'a Amalgaidh agus Cloinne Fiachrach.
2. O'Curry. Manners and Customs, II, p. 171 s. — Cf. tableau des grades des filid dans Joyce, op. cit., I, p. 430 ss. ; cf. Thurneysen, dans Irishe Texte. III, p. 113 ss. — Le fait qu'il ne s'agissait pas simplement détudes et de titres qu'on pourrait appeler universitaires, mais bien d'une initiation, ressort d'abord de ce que les filid sont représentés comme puisant à la Fontaine d'Inspiration {Echtra Cormaic, p. 213 ss. ; cf. ci-dessus, chap. iv ; note d'O'Donavan au mot Caill crithmon dans Cormacs Translation) ou bien comme inspirés par les puissances de la nature, le bruit de la mer [Immacallam in dà Thuarad, toc. cit, p. 8), a le soleil ou la Boyne w, sui imbhuis gréinne nô Boinne, (O'Davoren's Glossary, éd. Whitley Stokes dans Arcliiv filr Cellische J.exikûgraphie, II, p. 345, n* 882). Il ressort avant tout de ce que les trois procédés de divination devaient être connus de tout filé qui briguait le grade suprême, au moins jusqu'à la seconde moitié du x« siècle : O'Curry, op. cit , II, p. 135. Le i^atias Cormaic, éd. Kuno Meyer, p. 64, sub imbass forosnae. affirme même que le dicetal di chennaib est permis par l'Eglise. Cf. Tripartile Life. II, p. 571.
3. On ne sait pas ce qu'étaient ces ogham. Il ne s'agit certainement pas seulement des signes graphiques ainsi nommés. Ceux-ci correspondent aux sons du vieux-irlandais et ne sont qu'au nombre de vingt. Peut-être faut-il entendre ^tar ogham les propriétés magiques des incisions sur des baguettes, incisions qu'on nommait ogham. et qui n'étaient pas nécessairement identiques aux signes graphiques du même nom. Cf. Tochmarc Elàine, loc. cit., p. l±J. § 18 : c'est en inscrivant des ogham sur quatre baguettes que le druide Dalan force le dieu Mider à lui découvrir la cachette d'Etâin. Cl. aussi l'hypothèse de M. Thurneysen, cité plus haut, p. 281, note 2.
grammaire, la philosophie, les lois et privilèges de la noblesse et enfin la langue secrète des filid. Trois nouvelles années sont nécessaires pour devenir un anruth^ lequel sait réciter cent soixante quinze contes et de nombreux poèmes, qui a appris à comprendre le langage des formules juridiques et autres, qui connaît les Dinnsenchas, les Brosnacha, recueil de maximes et de formules savantes, et qui est initié aux trois rites de divination pratiqués par les filid. Uannith attend trois ans encore avant de devenir ollamh et d'atteindre ainsi le grade suprême. Uollamh sait trois cent cinquante histoires, cent poèmes de la catégorie ajiamuin qui est réservée à son grade, cent vingt invocations et incantations. Il a étudié les « quatre arts de la poésie des filid » et manie la prosodie avec une aisance suffisante pour improviser un quatrain sur un sujet donné. La science de V ollamh n'a pas de lacune.
On est filé à partir du grade fochluc^. Dès ce moment l'initié a droit de porter un rameau magique qui représente le rameau de l'Arbre de Science, et qui est de bronze pour les grades inférieurs, d'argent pour ïanruth et d'or pour Volla?nh~. Il jouit des prérogatives réservées aux filid. Elève lui-même, il a le droit d'initier à son grade un certain nombre de candidats ^
Ceux-ci sont en même temps ses administrés. Non seulement il s'en fait suivre dans ses tournées, mais il peut les
1. Uraicecht Becc, Ancient Lav.-s, V, p. 29 et 57. — Cf. Sanas Cormaie, éd. Kuno Meyer, p. 35, sub Dos.
2. hnmacallam in dâ Thuarad, loc. cit., p. 10 et p. 12: un craeb airgdide est porté par les anrulh, craeb oir immorro uasna ollamnaib, craeb umai uasna filedaib archena. — Cf. O'Curry, Manners and Cus. loms, III, p. 316. — Les filé avaient encore droit à un manteau d'hon. neur, nommé lugen : Sanas Cormaic, p. 107.
3. Uraicecht Becc, loc. cit.. et Sanas Cormaic, sub Dos : Le doss a déjà droit à une suite de quatre personnes, c'est-à-dire de quatre élèves, car les serviteurs et les esclaves ne sont jamais comptés comme suite dans les textes irlandais.
envoyer où il veut, pour débiter sa poésie. C'est lui qui a droit au salaire qu'ils reçoivent '.
La hiérarchie des /iiid esi ainsi une hiérarchie de maîtres et d'élèves. Or, nous savons quels liens étroits les unissent les uns aux autres en Irlande. La confrérie des /ilid a donc l'aspect d'une immense famille à base de parenté spirituelle.
Constitution d'une tradition nationale irlandaise. — La pénétration mutuelle des traditions fut une conséquence de cette organisation.
En effet, les juridictions des divers /ilid s'enchevêtraient de manière à dépasser les limites des tûatha. Leurs disciples et administrés venaient parfois de fort loin selon la célébrité personnelle du maître-. Les grands ollamhain en avaient des multitudes, qui plus tard rapportaient dans leurs provinces les fruits d'un enseignement reçu à l'autre extrémité de l'Irlande, parfois môme en Ecosse. Ainsi un filé originaire du Connaught, Néde, fils et successeur du grand ollamh Adnse, est allé s'initier en ce pays^.
C'est un va-et-vient incessant de disciples et même de filid accomplis qui cherchent à enrichir leur savoir. Le poète Senchan Torpeist va visiter l'Ile de Man avec un cortège de cinquante filid et de nombreux élèves. Plusieurs centaines des uns et des autres composent sa cour après son élection à la dignité d' ollamh suprême*. Le filé Dallan Forgaill dirige chaque jour les études de cent cinquante
1. O'Curry, Manners and Cusloms, II, p. 79 ; cf. ibid., p. 78 et poème attribué à Senchan Torpeisf, ibid., p. 85.