‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 221 sur 249 · Kcating, Histoire d'Irlande, éd. O'Mahony. p · texte numérisé non relu

Kcating, Histoire d'Irlande, éd. O'Mahony. p

4. OCurry, Manners and Customs, II, p. 77 ss. et chap. iv, passim. Exemple d'école dirigée par des filid dans O'Donovan, Hy Fiachrach p. 79 et 167.

5. Kealing, éd. Dinneen, Irish Texts Soc. IX, p. 78 et p. 92 s.

culièrement proche si celui-ci est un filé. La loi la proclame sacrée entre toutes'.

Ainsi constituée, la corporation des filid a su s'imposer partout comme une institution qui n'est pas nationale seulement en théorie. Le filé est un fonctionnaire public de sa tûath. Mais lorsqu'il la quitte, son caractère ofTiciel demeure intact. Il jouit d'une immunité complète, même en pays ennemi et en temps de guerre. Chaque filé a le droit de faire des tournées, cuairt^k travers l'Irlande, afin de débiter ses récits où bon lui semble, et il peut exiger partout un salaire. Où qu'il aille, lui et sa suite vivent à la charge de la population.

Ce sont là des privilèges qui devaient grever lourdement celle-ci, puisqu'un filé pouvait emmener, suivant son rang, de deux à vingt-quatre hommes de suite, sans compter les serviteurs et les esclaves'. Ils n'en démontrent que mieux que la corporation qui se les était fait octroyer et les a maintenus pendant plusieurs siècles, avait réellement réussi à s'aiïirmer comme institution nationale inviolable. Elle a brisé les tendances centrifuges des tûatha, sur lesquelles les rois suprêmes les plus puissants n'ont jamais remporté que des victoires éphémères.

C'est donc dans l'unité et dans les privilèges des/?/îrfque l'unité nationale de l'Irlande a son plus puissant appui, de

1. Joyce, op. cit.. Il, p. 18; exemples d'allrayn pareil dans O'Curry, Manners and Customs, II, p. 175 ss.

2. Uraicecht Becc, Ancient Laws, V, p. 56-70; Ancienl Laws, IV, p. 354-360; cf. Sanas Cormaic, sub Doss, l. c. etsub Olldam, p. 85 s. : Book of Rigfils, éd. O'Donovan, p. 237. — Exemples de cuairt dans OCurry, Manners and Customs, II, p. 99 s., p. 103, p. 129; Pétrie, op. cit., p. 354; Silva Gadelica, p. 420 s.; Imlheacht na Tromdhaimhe , p. 11. p. 15, p. 113; cf. II. d'Arbois de Jubainvilie, Senchan Torpeist, p. 145 et p. 151. C'est pour se débarrasser des filid que le roi de Connaught demande à Senchan Torpeist de lui raconter la Tain Bô Cùalnge que tout le monde a oubliée. Aucun des filid ne peut satisfaire au désir du roi. et comme ils se sont montrés ignorants, ils ne peuvent plus rien exiger. — Cf. ci-dessous p. 296.

môme qu'elle trouve sa première expression idéale dans leur œuvre myllio-poélique. Ainsi les filid ont jeté dans la société gôidélique le germe dont devait se développer plus tard le sentiment national irlandais.

Rivalité des druides et des filid. Alliance de ceux-ci AVEC le christianisme. — Les druides et les ^/erf étaient deux institutions rivales.

En effet, leurs domaines respectifs empiétaient l'un sur l'autre. Et du moment surtout où les filid devinrent les guides moraux du pays, ils ne pouvaient voir d'un bon œil que les druides les dominassent de leur autorité religieuse.

Mais pour les détrôner il leur aurait fallu opposer un pouvoir de même nature que le leur, et déclarer à ces prêtres la guerre au nom d'une religion nouvelle. Les filid n'en représentaient aucune par eux-mêmes. Ils se mirent au service du christianisme'.

Alliance du christianisme et des filid. Œuvre personnelle de saint Patrick. — L'initiative de l'alliance en question remonte à saint Patrick en personne.

Un de ses premiers soins fut de se concilier partout les brethemain,h force de cadeaux. L'apôtre nous le dit luimême. Les sommes que, suivant sa Confession, il dépensa pour le bien de la Foi et qui égalaient le « prix de quinze hommes » furent distribués « à ceux qui prononçaient la justice dans toutes les contrées » de l'Irlande".

Le résultat fut que les y^/it/ permirent au saint de se faire

1. C'est H. d'Arbois de Jubainville, qui, à notre connaissance, a signalé le premier le fait de l'alliance entre les filid et le clergé chrétien, dans son article Le Druidisme (extrait de la Revue Archéologique), p. 6. Cf. aussi, du même. Introduction, p. 158 ss.

2. Confessio. p. 'ili. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, De l'antiquité des compositions pour crime en Irlande, Revue Celtique. VIII, p. 159.

passer pour un des leurs. L'Evangile qu'il proche est annoncée sous le titre de su-scélia, bon récit, comme une narration, scél, défilé^. Pareil à un ollamhy Patrick se fait suivre de province en province par une suite nombreuse de disciples que les familles de la plus haute noblesse, séduites par la gratuité de l'enseignement et des grades, lui ont confiés comme à un père nourricier-.

Le génie politique de saint Patrick Ta donc incité à adapter sa prédication aux modes créés par les fi/id. Les vérités chrétiennes prenaient ainsi l'aspect d'un simple progrès dans l'enseignement de ceux-ci et perdaient tout caractère subversif aux yeux des Irlandais.

Preuves légendaires de l'alliance entre le clergé et LES FiLiD. — Les ^^/«é/ entrèrent de leur côté dans les vues de l'apôtre. Les légendes hagiographiques en témoignent, à défaut de documents directs.

L'œuvre de saint Patrick trouva d'abord son plus ferme appui en Yard-ollamh Dubthach Maccu Lugair. Il fut le premier à rendre hommage à l'apôtre en se levant devant lui dans la salle de festin de Tara, et il fut de suite baptisé^. Plus tard Dubthach rendit une sentence arbitrale en faveur de saint Patrick, lorsque celui-ci réclama une réparation pour le meurtre de son cocher*.

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