H. d'Arbois de Jubainville, Le Druidisme, p
2. Epislola Patricii. loc. cit., p. 378, 1. 8 s., Confessio, loc. cit., p. 369 : (. filii Scottorum et filise regulorum monachi et uirgines Chrisli esse uidontur ». Cf. ibid., p. 372 : « Intérim premia dabam regibus, prseter quod dabam mercedem filiis ipsorum qui mecum ambulant... o Cf. chap. I, p. 52, n. 1. pour ce qui concerne la gratuité des ordinations.
3. Muirchu, p. 233; Introduction à XHymne de Fiacc (du xi» ou xii» siècle, cf. Whitley Stokes, Goidelica, 2« éd., p. 61) dans Thésaurus Palaeohibernicus, II. p. 307 s. Il, p. 402: Additamenta ad Tirechànum, ibid., p. 344 ; Whitley Stokes, Thres middle-irish Ilomilies, p. 24.
4. Senchus M6r, Introduction, dans Ancient Laws, I, p. 12. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Druidisme, p. 6.
Les filid fournissent au clergé de nombreuses recrues. Le premier l'V».V|uc que saint Patrick ordonne en Leinsler, Fiacc, est un jeune filé que Dublhach a choisi entre ses disciples à la demande de l'apôtre '. Un des deux saints Garan est fils d'artisan, 7nacc in-t sair -. Saint Goragan est surnommé tnac dd cerda « fils de deux arts », célébré parce qu'historien et poète profane ^ Les généalogies indiquent presque toujours des saints qui fleurirent à l'époque de la christianisation entre les ancêtres des familles de filid * .
1. Muirchu, p. 283 : « Dubthach maccu Lugil [sic Ms. recte : Lugir) poetam optimum, apud quem lune lemporibus erat quidem adoliscens poeta nomine Faec, qui postea mirabilis episcopus fuit, cuius reliquiœ adoranlur hi Sleibti. » — Additamenla ad Tirechnnum, loc. cit., p. 344. et Thésaurus Palœolnbernicus, II, p. 241 : l'atricit vient en Leinster chez les Hûi Cennselich ou il rencontre son ami, Dubthach. Il lui demande de lui indiquer un « homme capable de devenir évéque parmi les disciples du poète, originaires du Leinster, c'est-à-dire, un homme libre, de bonne race, sans tare, sans blâme, qui ne soit ni trop pauvre, ni trop riche ; je désire (dit l'apôtre) un homme qui n'ait qu'une femme, et qui n'ait qu'un seul enfant. » Dubthach nomme son disciple, Fiacc, qui précisément est en cuairt en Connaught (cf. Vie Triparlite, éd. Wliillcy Stokes, p. 190). Quand Fiacc revient, on use d'un subterfuge pour le décider à entrer dans les ordres : Patrick fait semblant de lonsurer Dubthach, ce que voyant, Fiacc déplore qu'un aussi grand poète soit perdu pour le monde et offre de devenir clerc à sa place. — Cf. Introduction à l'Hymne de Fiacc, du Liber Hymnorum des Fransciscains, H, p. 402 ; Vie Tripartite, loc. cit.
2. C'est saint Ciaran, ou Cieran, de Clonmacnois. Cf. sa Vie dans Lives ofSS. ofthe Book of Lismore ; cf. Archiv fur Celtische Lexikof/raphie, Ilf, p. 2 s. — Un autre saint, Assicus, est le faber sereris de saint Patrick : Tirechân, p. 313. Il fabriqua des autels, des bibliothicas quadratas (étuis à manuscrits?) et (rois patinas {patinas?} que Tirechân a vus.
3. Sanas Cormaic, éd. Kuno-Meycr. p. 5. sub Ana ; cf. Cormac's Translation, p. 7, note d'O'Donovan et Joyce, op. cit., I, p- 224.
4. Ainsi Vard-filé Dubthach est le bisaïeul maternel de six saints : Diarmaid, évoque d'Inis Clolhrann dans le Loch Ribli (Martyrolor/y of Donerjal, éd. J.-ll. Todd et William Reeves, Dublin, 1864. p. 12, au 10 janvier); Mainchin (ibid., p. 14, au 13 janvier) ; Feidlimidh [ibid. p. 214, au 9 aoat) ; Daigh, évéquc d'Inis Caoin Degha [ibid., p, 222, au 19 août); sainte Feme, vierge et martyre [Und., p. 2û0, au 17 octobre), et Caillin, évoque de Fenagh en Magh Rein [ibib.^ p. 306, au 13 novembre). Une annotation d'une main plus récente au Ms. du Martyrologe de Doneyal ajoute à cette liste saint Seanan de Laithrech Briuin, dont elle fait comme des précédents un fils de Dedi ou Deidi,
Enfin pas une seule légende hagiographique n'oppose les filid aux saints, comme elles leur opposent les druides. Au contraire dès que le clergé se trouve en présence des filidW fait cause commune avec eux.
Ainsi la légende qui sert d'introduction au Senchtis Môr dit que ce recueil fut compilé par une commission, dont faisaient partie trois rois, trois saints évoques et trois /ilid^. Dans une autre occasion plusieurs saints, sollicités par les filid qui ont oublié la Tdi?i Bô Cûalnge, conjurent l'esprit de Fergus mac Roig de leur narrer cette épopée ^
Quand les filid eurent fini par provoquer une révolte générale des chefs contre leur puissance et leurs exactions croissantes, ce fut saint Columcille qui les sauva de la proscription. Il obtint du roi Aedh et des nobles qu'on se bornât à limiter les privilèges des filid et qu'on les maintînt dans leurs fonctions ^.
Faits qui corroborent les données légendaires touchant l'alliance du clergé et des filid. — Ces légendes reflètent assurément un état de choses réel. Elles sont entièrement corroborées par les conclusions tirées des faits historiques.
petite-fille de Dubthach [ibid., p. 232, au 2 septembre). — Remarquons que parmi ces saints il est un qui s'est rendu fameux comme ouvrier en bronze, notamment saint Daigh, mort en 586 (cf. ibid., p. 222).
i. Introduction au Senchus Môr, Ancient Laws, I, p. 4; cf. Cornthoth Loegairi co cretim. éd. Plummer, Revue Celtique, VI, p. 164 ss. Cf. Neilson Hancock, préface au vol. I" des Ancient Larvs of Ireland.
2. Do fallsigud Tàna Bô Cùalnge. Suivant la version du Ms. Egerton 1872, publiée par M. Kuno Mcyer, Archiv filr Celtische Lexikographie, III, p. 2 s., c'est saint Marban qui seconde les filé dans leur recherche. Suivant la version du Ms. Stowe D. 4. 2 de l'Académie Royale d'Irlande, publiée, ibid., p. 4 s., c'est saint Ciaran mac in t-sair de Clonmacnois. — Le même saint Ciaran a sauvé Vard-filé Senchan Torpeist, qu'un dragon molestait : Imtheacht, p. 81, ss.
3. Keating, éd. Dinneen. Ir. Texts Soc, IX, p. 92 s ; Amra Choluimbcille », éd. Whitley Stokes, Revue Celtique, XX, p. 42 ss.
nOLE DES FILID DANS LA FORMATION DE LA LÉGENDE 297
Tandis que les progrès de la christianisalion font perdre aux druides toute leur influence*, les filid conservent la leur intacte. Les lois, qui ont été codifiées à Tépoque chrétienne, leur garantissent la plénitude de leurs droits et l'exercice de leur fonctions. Uollamh est situé au faite de l'échelle sociale. La composition qui lui est due en cas d'oiïense est égale à celle du roi et de l'évoque ^
Le clergé IRLANDAIS EST RECRUTÉ PARMI LES FILID. —
S'il en est ainsi c'est que le clergé et les filid sont unis par des liens organiques.
On le constate à première vue en considérant l'organisation de l'enseignement en Irlande. Comme tout clergé chrétien, les moines irlandais en firent un de leurs soucis principaux.
Or les écoles dirigées par les filid continuèrent à fonctionner officiellement sans que le clergé s'en inquiétât. Ainsi à Lecan les Mac Firbis formaient encore des fiild au xiv* siècle '. Jusqu'à la conquête normande les chefs confient leurs fils à des pères nourriciers qui sont des filid ^. L'Eglise eût-elle toléré un tel état de choses s'il ne se fût pas agi d'alliés très sûrs ?
Le clergé s'adjoignit même les filid comme collaborateurs
1. Cf. O'Curry, Manners and Custoyns, II, p. 49; H. d'Arbois de Jubainville, Introduction, p. 34 et p. 196 ss. : c'est la défaite du roi Diarmaid mac Cerbhaill à Culdremne (en o60 ou 561) qui paraît avoir entraîné la décadence finale des druides. Diarmaid est le dernier des rois suprêmes cfui s'entoure de druides et qui, notamment à Culdremne, invoque leur aide.
2. Senchus M6r, Ancient Laws, I, p. 40, p. 48, cf. p. 54 et p. 58. Les titulaires des autres grades de la hiérarchie des ^/td sont assimilés aux divers chefs de la tùalh : Ancient Laws, V, p. 102; Pétrie, On the hislory and antiquities of Tara-Uill, Dublin, 1839, p. 208, note 3.