ODonovan, note à la page 138 de Cormac's Translation
3. Columcille, par exemple, est représenté comme causant avec Mongan, l'incarnation de Manannan mac Lir (cf. ci-dessus, chapitre iv) qui donne au saint des renseignements sur l'Elysée irlandais : poèmes publiés par M. Kuno Meyer dans Voyage of Bran, 1, p. 87 et p. 88, et CoUoquy of Colum-Cille and Ike Youtli at Carn Eorlaig, même éditeur, dans Zfl. fur Cellische Philolofjie, II, p. 316 s. Columcille est mêlé aux événements qui sont racontés dans le cycle éjjique du roi Diarmaid mac Cerbhaill : cf. Silva Gadelica, p. 85 et William Rceves, Adamjian's Life of saint Columba, p. 319; cf. aussi Hilva Gadelica, p. 416. — Pour Brigit cf. Félire Oenf/usso, éd, de 1880, p. 72 et 73, et la légende de r.\mra Plea, loc. cit. — Les Vies des deux personnages abondent en thèmes de contes populaires : cf. Colgan, Triadis Tkaumalurgae Acta ; Whitley Stokes, Three middle-lrish Homilies, et Lives of SS. from Ihe Book of Lismore.
seul grand drame religieux qui serait divisé en trois actes. Ils sont bien tous les trois les champions du môme ordre de choses, ils ont les mêmes adversaires, les druides, et si l'on ne pouvait en faire les acteurs d'une légende unique, leurs Vies ayant été élaborées dans trois centres différents et rivaux jusqu'à un certain point, Armagh, lona et Kildare, du moins a-t-on fait accomplir à Brigit quelques miracles en présence de Patrick', et a-t-on fait prédire à celui-ci la gloire de Columcille ". On a môme assigné aux trois grands patrons un tombeau commun, à Down^.
Les trois grands saints étant ainsi réunis dans la môme adoration*, il était naturel que l'un d'eux devienne le personnage principal de la triade et par conséquent le symbole même de la nationalité irlandaise.
1. Belha Brighdi dans Lives of SS. from the Book of Lismore, éd. Whitley Stokes, p. 43 ss.
2. Tirechân, p. 332, et presque toutes les Vies de Patrick postérieures à celle de Muirchu.
3. Co\gan, Sanctae Bi'igidae Fî7a/Fa, dans Triadis Thaumaturgae Acta, p. 562, col. 2 et p. 563, col. 1 ; Marlyrology of Donegal, p. 36, au I" février : « et elle (Brigit) a été enterrée â Down, dans la tombe même de Patrick, là où Columcille fut enterré plus tard ». — Une autre tradition, assurément plus conforme à la réalité voulait que le tombeau de saint Columcille fût situé dans l'île de lona : Golgan, Sancti Columbœ Vital^, loc. cit., p. 323, col. 2 ; ejusdem Vitaell", ibid.,p. 330, col. 2 ; ///", ibid., p. 335, col. 2 ; IV (Adamnano auctore), lib. III, cap. 23, ibid., p. 370, col. 1. — La Vita F», cap. 78. concilie les deux traditions. Columcille aurait été enterré d'abord dans son monastère de lona, et plus tard ses reliques auraient été transportées à Down, dans le tombeau où reposaient déjà Patrick et Brigit, ibid. p. 446, col. 1. — Tirechân dit aussi, p. 332, 1. 12 à 1. 18, que le corps de saint Columcille a été transporté de Bretagne en Irlande et déposé dans le tombeau de Patrick. Seulement il situe celui-ci à Saul (Sabul Patricii). — En fin de compte la tradition de la sépulture commune a prévalu. En 1185 les reliques des trois patrons irlandais furent inventées à Down et ces très nobiles thesauri furent solennellement transférés à Dublin : Giraldus Cambrensis, Topographia Hibernica, distinctio III, cap. 17, éd. Dimock, p. 163 s. ; Expugnatio Hibernica, par le même, lib. II, cap. 35, édit. Dimock, p. 387.
4. Cf. aussi l'hymne publié parTodd dans Book of llymns, p. 132 s. : les saints Patrick, Brigit et Columcille y sont invoqués ensemble, comme les patrons de l'Irlande.
role des fi1.id dans la formation de la légende 305 Les sentiments patriotiques irlandais tendent a se
CONCENTRER AUTOUR DU CULTE DE SAINT PaTRICK. Entre
tous les saints Patrick était le plus qualifié pour devenir ce héros.
Les filid vénèrent en lui leur patron particulier, l'auteur de leur alliance avec TEglise. 11 est le protecteur de leur puissance. C'est lui qui a institué leur hiérarchie et qui les a confirmés dans leurs droits*.
D'autre part l'Eg-lise voit dans le culte de saint Patrick l'expression de son unité et de sa hiérarchie. Les évêques d'Armagh, successeurs directs de l'apôtre % voyaient dans la diiïusion de ce culte le meilleur moyen d'étendre leur juridiction sur toutes les communautés de l'Irlande, qui vénéraient d'autres saints fondateurs, de sorte qu'une bonne part des Vies et des actes de l'apôtre se révèlent à l'examen comme étant de véritables plaidoyers en faveur d'Armagh. Telle est, par exemple, la Vie Tripartite eisurloui le Liber Angueli^. Tirechàn affirme lui aussi que toutes les communautés anciennes de l'Irlande ont été fondées par saint Patrick et doivent par conséquent rentrer dans l'obédience de son héritier*. Le fait est que la constitution définitive de