Cf. Accalamh na Senorach, cité p. 302 n
3. Selmar Eckleben, Die dltesle Schilderung vom Fegefeuer des heiligen Patricius, p. 11.
4. Loin de vouloir établir ici une bibliographie des écrits apologétiques qui se réclament de 1 autorité de saint Patrick nous citons au hasard des rencontres dans les bibliothèques ; The Catholic Religion of saint Patrick, and saint Columb-Kill and the other ancient Saints of Ireland truley set from roman-catholic liistorians, traditions, of the countrg records and authentic documents (anonyme), printcd by M. Goodwin, Dublin, 1822. L'autour, qui est un presbytérien, loue d'abord les Irlandais de ce qu'ils vénèrent leurs saints et pose la thèse suivante : a you will ail with one accord allow, that whatever those holy men taught your ancestors to bclieve, must be the true faith for you to receive » (p. 5). Bien entendu, ce que saint Patrick et ses successeurs ont enseigné était la plus pure doctrine de l'église presbytérienne. — Hugh Joseph O'Donnell, un catholique, nous apprend que les membres des Bible Societies s'efforcent de démontrer que « the Bible
publient de savantes études où lesémigranls irlandais sont exhortes au nom de leur attachement à saint Patrick à
and your old Saints were muoh against notes and traditions », c'est-àdire, contraires aux commentaires de l'Église aux Écritures, et il s'élfeve contre « cet amas de mensonges w dans son opuscule The Touc/istone of (lie Bible Societies ; or the unansuerable argicmenls of a roman-catholic layman to a protestant clerf/yman against a pamphlet entitled : a Opinions of saint Patrick, saint Columkill and other ancient Saints of Ireland rcspecling the reading of the Scriptures by the people », m which the Bible Societies are eternally sileiiced, Dublin, \V.-J. Battersby and B. Fitzsimons, 1823. — Mais les protestants ne se reconnaissent pas pour vaincus. Le Rév. W.-P. Walsh, curé (anglican) de Rathdrum, démontre dans sa brochure Saint Patrick and the holy CathoUc Churck in Ireland, Dublin, 1849, p. 35, que l'Église protestante est la reproduction exacte de l'Église fondée par saint Patrick, tant au point de vue des doctrines que de son organisation. « Protestants, dit-il. combien vous pouvez vous réjouir d'appartenir à une bglise aussi honorée par son ancienneté et honorant si bien Dieu... avec quelle gratitude vous reconnaîtrez cette protection providentielle qui a veillé si longtemps sur l'bglise de vos pères », c'est-à-dire sur l'Église môme de saint Patrick. — Daniel de Vinné, The irish primilioe Church together wilhe the life of saint Patrick, New-York, 1870, démontre dans son chap. III que la doctrine de l'Église irlandaise primitive était « founded on the holy Scriptures only », qu'elle était donc en opposition avec la doctrine de Rome, qui est fondée sur les Écritures et la tradition. Tout ce qu'il y a d'essentiel dans la Réforme était déjà dans l'Église irlandaise (chap. IV). La romanisation de l'Irlande par la papauté a été un attentat contre l'Évangile et contre l'indépendance nationale. — Ce sont encore les mêmes idées qu'on trouve développées chez Héron, The Cellic Church in Ireland ; le Rév. Joseph Sanderson, The Story of saint Patrick, New-York, s. d., et ^hvdiVÙ, Die iroschottische Missionskirche, 1872 : les dcnix premiers ont de plus découvert, que saint Patrick n'attribuait aucun mérite aux bonnes actions (Héron, p. 123; Sanderson, p. 188), mais que la Grâce divine seule est la source du bien. Sanderson, p. 188, dit encore, que suivant l'apôtre de l'Irlande la Foi seule peut mener au salut, et Ebrard veut démontrer, que le culte des saints était inconnu de l'ancienne t^glise irlandaise. Aussi Héron adjure, p. 124-, les Irlandais de secouer le joug de l'oppression catholique « de se libérer d'un système... qui n'appartenait pas à l'Église fondée par Patrick mais qui a été importé plus tard d'Italie et qui a été imposé par des étrangers ». On remarquera le ton nationaliste de cet appel. — De leur côté les écrivains catholiques se servent de saint Patrick pour faire l'apologie, non pas de la catholicité, telle qu'on la comprenait au V» siècle, mais de l'Église Romaine telle qu'elle est actuellement. Cf. par exemple Denis Gargan, The ancient Church of Ireland, Dublin, 1864: l'auteur critique la théorie de Todd, exposée dans Memoir on the Life and Mission of saint Patrick aposlle of Ireland, suivant laquelle l'Eglise de saint Patrick aurait été indépendante de Rome. C'est une théorie imaginée par les protestants dans le but de détacher les Irlandais du catholicisme. Mais saint Patrick a toujours reconnu la suprématie du pape. Cf. Robert-John Gainsford, The Religion of saint Patrick. —
ROLE DES FILID DANS l.A FORMATION DE LA LÉGENDE 311
revenir î\ la seule Église qui ait conservé intacte sa doctrine, et qui est évidemment rÉglise baptiste*.
Le culte de saint Patrick est enfin la source où se retrempe le nationalisme irlandais de tous temps. Dans le Livre d'Armagh, il est dit, que jamais Saxons ni autres étrangers ne pourront réduire en servitude les hommes d'Erinn, ni par force ni par ruse, tant que lapôtre habitera le Paradis*. Et plus tard les soulèvements répétés contre
D'autre part, le clergé catholique voit dans le culte de saint Patrick la garantie la plus sûre de rattachement des Irlandais à la Foi Romaine. Aussi exalte-t-il autant qu'il peut le saint patron. Celui-ci a converti l'Irlande tout seul, il en est apiMre unique : cf. par exemple le Père Ottavio Barsanti. Franciscain. Saint Patricks Aposlleship (A Lecture delivered to Ihe rnembers of saint Patricks Christian Doctrine Society, Melbourne), Melbourne. Impr. Catholique. 1871 ; VV.-B. Morris, de l'Oratoire. The Apostle of Ireland and his modem critics, Londres, 1881 ; Thos. J. Shahan, prof. ;\ l'Université Catholique de Washington, Saint Patrick in histoty, Londres et Bombay, l'J04 ; le Rév. Chanoine B.-D. Pooler, Saint Patrick in Co Doicn. A reply to Professor Zimmer (An Adress delivered in saint Patricks Cathedral, Dublin, on saint Palrick's Day. 1004), Dublin, iy04. (Le dernier de ces auteurs revendique l'autorité de Muirchu). Le Rév. Albert Barry traduit Muirchii à l'usage des fidèles : Life of saint Patrick by Muirchu Maccu Mactheni, Dublin, 18'Jd. Mais, comme si l'œuvre du vieil hagiographe n'était pas suffisamment louangeuse pour l'apôtre, on écrit des biographies nouvelles de saint Patrick, dans lesquelles on fait passer tout, ce que les Vies plus récentes contiennent de merveilleux et les miracles les plus extravagants : cf. par exemple Monsignor Gradwell, Sxiccat. Ihe Slory of sixty years of the life of saint Patrick, Londres et New-York, s. d. (Le premier chapitre, relatif à l'enfance de l'aprttre, a été publié précédemment et à part, sous le litre : The Life and limes of saint Patrick, Apostle of Ireland, Londres et Dublin, Preston. 188G) ; le Rév. Doyen Kinane, i'aiH/ Patrick, his life, hisheroic virlues, his labours and the fruilsof his labours, S^éd., Londres, R. Washbourne, 1897 (œuvre populaire qui suit surtout la Vie Triparaie} ; le Rév. Chanoine William Fleming, The Life of saint Patrick Apostle of Ireland, Londres, l'JOo. — Cf. aussi Sliearmann, S. J.. Loca Patriciana, éd. de 1882 : l'auteur admet pour vraies presque toutes les légendes qui se sont formées autour de saint Patrick. Seulement, comme il y en a trop, il reprend à son compte l'ancienne théorie de Colgan, qui distingue trois saints Patrick.
1. William Cathcart, The ancient Brilish and Irish Churches {American Baptist Publication Society}, Philadelphie, 1894, un fort volume de 3*0 pages avec notes à l'appui.
2. Dans Tripartite Life, II, p. 381. — Comme la partie du Livre d'Arma()h, o(j est notée cette prédiction, a été écrite en 807 au plus tard, l'origine de celle-ci ne peut être dans les invasions Scandinaves. M. Bury, op. cit., p. 320, suppose que des invasions de Saxons établis
312 SAINT PATiUCK ET LF. CUI.TK DES HÉROS
la domination anglaise invoquent le patronage de saint Patrick. Son nom sert aux conjurés de ralliement et il figure dans leurs formules de serment*.
On sait que le jour de la Saint-Patrick est la fôte nationale qui unit une fois par an les Irlandais du monde entier dans une môme pensée. Partout où existe une colonie d'émigrés, l'Église s'associe par une messe solennelle et un sermon à cette fête. Et, encore une fois, le but de ces sermons est de rallumer la foi des auditeurs, en exaltant leur attachement patriotique à saint Patrick ^
Ainsi saint Patrick incarne l'unité nationale des Irlandais à travers les vicissitudes de l'histoire et malgré la dispersion de ses fidèles. Ce n'est pas l'Irlande, en tant que territoire ou qu'unité politique, qui jouit de sa protection : c'est la nation. Il est le gage de sa durée éternelle et le symbole de toutes ses aspirations.
Nous cro3'ons avoir désormais établi que la représenta-
en Grande-Bretagne ont peut-être donné lieu à la prédiction en question. — Quoi qu'il en soit, il est hors de doute qu'elle fit beaucoup pour raviver le courage des Irlandais lors de la lutte pour l'indépendance qu'ils soutinrent contre les Danois et les Normands.
1. Cf. par exemple Letters b)j Sydney, author of the Letlers signed « a Protestant of Ireland », Cork, John Bolster, 1823, p. 319 s. : le 5 avril 1822, on arrêta dans les environs de Roscrea un certain M. Denis Egan sur lequel il fut trouvé un document, établissant l'existence d'une société secrète, qui avait pour but de délivrer l'Irlande et d'écraser le protestantisme. Les affiliés se nommaient Chevaliers de saint Patrick, ils prêtaient serment sur une baguette (rod of correction) garnie d'acier à un bout et enflammée à l'autre, qui avait été coupée dans la forêt d'Orléans en France, et qui avait exactement la longueur de la croix de Saint Patrick. Les conjurés se reconnaissaient en s'interpellant : « d'où venez-vous », à quoi il fallait répondre : « de l'école de Saint Patrick ». — On ne peut certes pas garantir l'exactitude de tout ceci. Mais même s'il s'agissait d'une calomnie échafaudée par un délateur, il est certain que l'idée d'introduire le nom de saint Patrick dans cette histoire a été suggérée par la dévotion réelle des insurgés à leur patron national.
2. Cf. par exemple, le Rév. J. S. Mac Corry, A Panegyric on Saiiit-Patrick. Patron of Ireland, delivered in Saint Patrick's Calholic Church, Edinburgh, on occasion of the solemn célébration of his Feast, March 17, 1S5i, Edimbourg. 18al ; le sermon a été prononcé après une messe que l'évêque lui-même avait célébrée. — Cf. aussi Pooler, cité p. 311.
tion de saint Patrick est celle d'un héros, et qu'elle est la clef de voûte d'un système de notions, qui est bien irlandais, ou plutôt d'un système, dont les racines plongent profondément dans l'organisation môme de la société gôidéiique.
Saint Patrick, les saints et les héros. — Il reste à déterminer la place de ce saint héros parmi les saints ses pareils '.
A première vue, très peu parmi les types de saints, que représente l'hagiographie en dehors de l'Irlande, paraissent comparables à saint Patrick.
En particulier les saints des anciennes provinces romaines ne sont pas, pour la plupart, au même titre que le patron de l'Irlande, des héros dont les traits aient été légués par la tradition épique ou légendaire .
Bien entendu, cette assertion n'implique en rien que le culte des saints, pris dans son ensemble, ne soit issu pour une bonne part des cultes héroïques de l'antiquité païenne. Au contraire, il est certain que l'un a hérité des autres un grand nombre d'éléments*. La représentation même de saint, champion glorifié de la Foi, intercesseur et patron, tient dans le cadre formel de celle de héros. Ce que nous voulons dire, est que l'idéal humain glorifié par la plus grande partie des légendes hagiographiques ressort d'un système de valeurs sociales qui n'a rien de commun avec celui dont dépend l'idéal héroïque des récits païens.
1. Dans les pages qui suivent on a profité surtout de Lucius, Die Anfdnge der Heiligenkullus ; Bornouilli, Die Heiligen der Merowinger, Tùbingen, 1900 ; P. Saintyves, Les Hainls successeurs des dieux, Paris, 1907 ; Delehaye, Les Légendes hagiographiques, 2« éd., Paris-Bruxelles, 1906 ; Bulliot, La mission el le culte de saint Martin, Autun, 1892.
2. Cf. Lucius, op. cit., livre I" et Saintyves, op. cit., i" partie, qui se sont attachés à faire ressortir les traces des cultes païens dans ceux des saints.
Non que les hagiographcs n'aient fait bon accueil aux motifs tirés des épopées et de la mythologie païennes. Telles légendes de saints sont du pur conte populaire, comme celle des Sept Saints Dormants*. Le mythe est à peine déguisé dans celle de saint Georges, vainqueur du dragon et libérateur de la princesse ^ Mais, d'une manière générale, les motifs en question ont seulement le caractère d'emprunts littéraires. La physionomie du saint n'en est pas affectée dans ses traits essentiels.
La source des légendes hagiographiques est avant tout cette masse de thèmes qui circulent sans cesse chez les peuples les plus divers et qui ne sont caractéristiques d'aucune floraison épique particulière. Telle est par exemple la légende de saint Christophe qu'on retrouve dans des contes orientaux, dans l'épopée irlandaise et dans le folklore germanique. Le combat contre un dragon, si fréquent dans les légendes de saints, est lui aussi un de ces thèmes répandus partout. Il en est de même des histoires où l'on voit des hommes changés en pierres, en animaux, des bêtes qui parlent, des trésors cachés, des magiciens qui volent dans les airs ^.
D'autres thèmes ont été emprunté par les hagiographes à la Uttérature courante et très souvent à des œuvres littéraires étrangères. Ainsi l'histoire du martyr, qu'on enduit de miel pour l'exposer aux piqûres des insectes, est chea saint Jérôme une réminiscence de la littérature classique. Elle est racontée entre autres par Apulée '. L'anneau de Polycrate reparaît dans plusieurs Vies de saints de l'Occi-