PREFACE XXV
régulier. II n'est pas de héros, en somme, qui n'ait derrière lui une société, fût-elle diffuse. La société des hommes qui s'accordent sur un héros, les sentiments sociaux qui l'unissent fussent-ils réduits ti la sympathie la plus indifférente, sont de la nature de la parenté. 11 ne saurait en ôtre autrement, car, lorsque des institutions qui réunissent des hommes expriment le principe de leur union par des emblèmes, tels que blasons, drapeaux, pierre d'intronisation ou héros, l'emblème crée la parenté entre les hommes réunis*. La possession d'un emblème commun prouve la parenté, parce qu'elle la constitue.
Mais, d'autre part, il y a chef et chef, roi et roi. Dans l'épopée irlandaise, où tous les personnages, à peu près, sont des héros, ce ne sont pas les plus grands rois qui sont les plus grands héros. Il y a des rois d'Irlande qui sont de grands héros, tel est Conn Cétcathach', Conn aux cent batailles ; mais ils ne le sont pas tous et, pour la plupart, ont un héroïsme très effacé. En Ulster, le roi du cycle héroïque est Conchobar, mais le héros est Guchulainn ; le rôle épique du roi est secondaire, quand il n'est pas odieux ou ridicule'. On peut en dire autant de Finn, qui est un roi pour ses Fiaîina; ce n'est pas à lui que reviennent, dans leurs aventures, les plus beaux coups, mais à Diarmaid, à Caoilte, à Conan ; il n'entre en scène que partie gagnée ; il ne se lire d'affaire qu'avec l'aide des siens et, dans les désaccords qui surgissent entre eux, jamais il