‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 33 sur 249 · PREFACE XXXV · texte numérisé non relu

PREFACE XXXV

veillantes et quinleuses, balailleuses et ménagères, qui sont à la fuis les plus morveilloux, les plus servinblos, les plus terre à terre et les plus familiers des esprits '. La contrepartie d'une familiarité qui n'est pas toujours respectueuse, c'est rafTeclion. L'amourde Dieu s'adresse aux dieux qui sont assez proches de la condition humaine et participent f» ses vicissitudes. L'amour qui s'adresse au héros complète le sentiment de la parenté, quelle qu'en soit la nature, qui l'unit aux siens.

Sans doute le héros tient au sacré. Il y tient toujours par sa légende, qui lui fait une vie imaginaire dans un monde qui n'est pas tout à fait celui où se meuvent les hommes du présent. Mais sa légende même le ramène à terre et près d'eux. Sans doute, les sentiments qui s'attachent au héros ont quelque chose de religieux. Mais ils ne ressemblent pas à ceux dont les dieux sont l'objet. Le héros a quelque chose non pas de laïque, car il y a eu des prêtres héroïsés-, mais de séculier. C'est précisément le caractère des groupements sociaux dont il émane en général. Les sociétés spécialisées dans l'exercice de la rehgion, ou dont la fonction religieuse est prédominante, ont, en guise de héros, des prophètes et des saints^, qui peuvent avoir beaucoup des héros, mais s'en distinguent toujours par quelque caractère typique. Ce sont les sociétés où la vie religieuse ne se détache pas de l'ensemble de la vie sociale qui se

1. W.-G. Evans Wentz. The fairy faitk in Cellic countries, p. 283 sqq.

2. P. ex, un collège athénien de dionysiasles élève son prêtre au rang de héros : Alhenxsche Millheilungen,\.. IX; p. 291; Usener, Gôlternamen, p. 250.

3. Sur la transformalioa du culte des héros en une sorte de culte de saints sous l'empire romain. cf. Lnc\\i^.Anfdnge des Heilifjenkulls, p. 25.

XXXVI I-nÉFACE

donnent des héros et instiluont des cultes héroïques. Telles ont été les cités grecques et les liiatha irlandaises. Forme temporelle du dieu, séculière et politique du saint, le héros est entouré de moins de religiosité que l'un et que l'autre. Plus loin du monde, plus près des hommes, plus près du siècle, telle est la place qu'occupent les héros par rapport aux démons, aux dieux, aux saints.

Mais comment et pour quelles raisons entre les hommes et ces personnages, qui ont parlé de si près à leur imagination et à leur cœur, Talliance s'cst-elle établie? Tous les héros ne sont pas aptes à nous fournir des réponses. Il y a beaucoup de héros mal venus; il y a plus sans doute de mal connus. Ce sont les héros bien réussis qu'il faut seuls prendre en considération. Ceux-là seuls présentent le juste mélange de qualités diverses, unissent en eux toutes les convenances religieuses, morales et esthétiques qui constituent à notre sentiment l'idéal des héros. On a considéré le culte des héros comme un cas du culte des morts. Beaucoup de héros sont effectivement des morts et reçoivent à juste titre un culte funéraire. Il est bon qu'un héros ait réellement vécu pour réussir; il est même bon qu'il se soit distingué par une personnalité expressive et de véritables faits héroïques. Un peu de vérité, de vérité historique se cache peut-être toujours dans une légende de héros ^ Néanmoins la vie et l'histoire ne fournissent que des candidats-héros. Un héros ne devient tel qu'avec la légende; c'est elle qui compose sa vie* et ordonne le spectacle de sa mort. Les morts, qui attendent dans leur

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