PRÉFACE XXXVII
tombeau un culte parcimonieux, ne deviennent, quels qu'aient été leurs mérites, de véritables héros que par la grAce de la mythologie. Nous nous occuperons donc d'abord des héros que la mythologie a fabriqués.
La question ainsi posée est tout près d'être une question générale de mythologie. Mythologie sociologique bien entendu, puisqu'il résulte de ce qui a été dit jusqu'à présent que la corrélation des mythes et d'organismes sociaux, rehgieux ou politiques doit apparaître tout à fait nettement dans le cas des héros. Ces demi-dieux, qui ont vécu parmi les hommes, élus entre leurs pairs, dont la dignité n'a pas, comme celle des dieux, de fondement métaphysique, dont le prestige est fait de traditions et d'anticipations collectives, ont une prédisposition que d'autres n'ont pas à être considérés comme des êtres sociaux. A mi-chemin entre les adorateurs et les dieux ils sont de nature à nous servir de moyens termes, pour nous expliquer les caractères sociaux de ceux-ci.
Nous avons jusqu'ici employé indifféremment pour désigner les histoires de héros les expressions de mythe et légende. Mais, légende ou mythe, nous ne saurions mettre en doute que la légende héroïque appartienne à la mythologie. D'autre part, la mythologie fait partie de la religion. Au point de vue de la sociologie, il ne peut en être autrement. Tel n'est pas l'avis de M. Wundt. Il nie, peut-être avec apparence de raison, que les sociologues puissent s'intéresser à la mythologie * et d'autre part il détache celle-ci
1. W. WundI, VôlkerpujcholoQxe, t. IV, 1910, p. 155. Les phénomènes qui consliluent les princij)aux problèmes de la psychologie ethnique, langage, mythe, morale, sont relativement loin de l'intérêt des sociologues.
XXXVIII l'HliFACIi
de la icligion ^ La mytliologie, telle qu'il la conçoit, comprend les histoires de héros, mais il est tout près d'écrire qu'elle s'y ramène tout entière-. 11 en juge en psychologue et considère avant tout les fonctions mentales auxquelles elles ressortissent; il les réduit à un jeu d'images, où le phénomène psychologique de l'appercoplion introduit le germe de la personnalité. Pour nous le mythe est autre chose. Une croyance s'y attache ; il s'impose catégoriquement comme un dogme; il fait partie, comme les règles rituelles, de la Loi. La prière en est nourrie, le sacrifice en est enveloppé; on croit savoir qu'il fait la substance des révélations^. 11 doit être authentique. Il a une valeur. Son authenticité est garantie par une société et c'est dans la vie sociale que s'exerce sa valeur. Ces caractères sont communs dans une large mesure à la légende héroïque et au mythe des dieux. S'ils diffèrent à cet égard, c'est à l'intérieur d'un même genre.
Mais qui dit religion dit pratique. La légende héroïque doit être pratique comme le mythe divin. Si la religion a donné naissance à des êtres d'une réalité plus puissante, plus proche, plus familière, plus vivante que celle des dieux, c'est de la pratique religieuse, de l'exercice môme de la vie religieuse que cette vie, qui la reflète, a pu se dégager. IVous essaierons donc de trouver en fonction et en formation les mythes héroïques et les héros dans les pratiques religieuses, dans les rites, aux points où se croisent la représentation et l'action. Ce n'est pas poser la
1. Id. Elemente der Vôlkerpsychologie, 1913, p. 348; 369; Vôlkerpsyckologie, l. l., p. 410 sqq.