Czarnowski, p
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ment à des sacrifices. Il y en a do diiïcrenls types. Le sujet du mythe est la célébration par un héros ou par un dieu d'un sacrifice qui est le premier de toulc une série ; c'est l'institution divine d'un sacrifice et de ses particularités, le choix de la victime par exemple ; c'est le fait qui a donné lieu à l'institution, ou tout autre fait mythique dont le sacrifice serait la transposition rituelle. Normalement le mythe sacrificiel fait partie de la liturgie du sacrifice. Mais, parmi les sacrifices, il y en a où le rituel et le mythe sont encore plus étroitement liés, parce que le monde divin s'y trouve immédiatement impliqué : ce sont ceux qui se présentent comme des sacrifices de dieux.
Dans les sacrifices de dieux, les victimes sont des dieux, qui viennent mourir à l'autel, pour ressusciter il est vrai. Dans les mythes qui leur correspondent, les dieux sacrifiés meurent, comme meurent tous les héros. A ces morts divines on est tenté d'assimiler les passions héroïques et de les considérer comme des mythes de sacrifices, correspondant par hypothèse à des sacrifices rituels *.
Il y a donc apparence d'afïinité entre le sacrifice et la vie légendaire des héros. Les épisodes sanglants de celle-ci ne trouvent nulle part, dans le rituel, correspondance plus exacte. Môme, ce n'est pas seulement la mort du héros, ce sont aussi ses triomphes qui se transposent aisément en épisodes de sacrifices. Vainqueur ou vaincu, sacrifiant ou sacrifié, le héros est ainsi mêlé à une sorte de sacrifice mythique, d'où il paraît suivre que, à l'une des étapes de sa formation, sa personnalité légendaire a été effectivement
1. Voiries exemples donnés dans Huberl-Mauss, Mélanges d'histoire des religions (Travaux de l'Année sociologique, 1909), Essai sur la nature et la fonction du sacrifice, p. 103 sqq. : le sacriflce du dieu.
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impliquée dans un sacrifice du rituel Le sacrifice aurait donc été pour nombre de iiéros une source de mérites, mais peut-être aussi davantage. Ses acteurs, j)rétres, victimes, étaient aptes, semblo-t-il, à devenir des supports de personnalités héroïques. La victime est déjà une individualité ; le sacrifice la distingue, la sanctifie, la divinise^ et la personnalise; il exalte de même et la personne du prêtre et celle du sacrifiant. Son déroulement solennel, ses lentes préparations, son action réglée, son appareil théâtral en font un drame où peut se développer un caractère de héros. Ainsi le héros souffrant et mourant aurait été d'abord victime ; le héros triomphant, sacrificateur ou sacrifiant, et le sacrifice, dont ils tireraient origine ou qualité, mais qui, dans tous les cas, ferait des héros, serait le principe ou l'un des principes cherchés de l'héroïsation .
Mais les faits répondent-ils à l'apparence ? Si l'on met à part les cas dans lesquels un héros de caractère bien défini est représenté célébrant ou instituant expressément un sacrifice, les héros figurent-ils effectivement dans des mythes sacrificiels? Y a-t-il eu des sacrifices de héros? On n'a pas fait le départ des sacrifices de héros et des sacrifices de dieux. Il est certain que les dieux sacrifiés sont précisément de ces dieux qui se distinguent mal des héros. Dieux fils, dieux sauveurs, dieux passionnés, ce sont des dieux qui ne sont pas impassibles*. Peut-être y a-t-il parmi
1. Seler, Die bildlichen Darslellungen cler mexikanisclien Jahresfesle; die achlzefin Jahresfesle der Mexilcaner, 189'J; sacriOces humains avec dessiccation de la violime, fôtcs l et II.
i. J. M. Roberlson, Par/an Ç/irisls, sludies in comparative hierology,
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eux de véritables héros!' Mais n'a-t-on j)as d'ailleurs abusé du sacrifice du dieu?
Le dieu poisson d'Hiérapolis en Syrie ^ et le poisson sacré, mangé cérémoniellement par les prêtres du temple décrit par le pseudo-Lucien, sont bien, pour parler en théologiens, une seule et même nature; le sacrifice du poisson à Hiérapolis était apparemment un sacrifice de dieu-. Nous ne connaissons pas le mythe de ce dieu poisson ; assimilé par la tradition du temple à Atlis et à Adonis, il devait comme eux mourir de mort divine. Que le mythe de sa mort ait suivi de près ou de loin le schème du sacrifice, il mourait en sacrifice ; la preuve en est fournie par la pérennité du rituel où le dieu mourait eiïectivement. Quand cette preuve manque, l'hypothèse du sacrifice divin est toujours vaine, car, à supposer inéluctable la nécessité de trouver aux mythes un substratum rituel, le sacrifice n'est pas, après tout, le seul rite auquel aient pu s'attacher des mythes de dieux ou de héros souffrant et mourant. Mais pour combien de dieux qui meurent connaissons-nous le sacrifice rituel où se serait réalisé périodiquement le mythe de leur mort.^ Nous connaissons bien celui d'Osiris ^ ; nous ne connaissons pas ceux d'Orphée ^, d'Hippol}i:e, de Marsyas et d'Acléon; nous connaissons mal ceux d'Adonis, de Phaéthon et de Diomède. Or ces personnages dont le sacrifice est conjectural sont tout justement des héros.
1. Lucien, De Dea Si/rla, oo: Mnaseas. frag. 32, Fragmenta Historicorum Graecorum, 111, loc ; Dittenberger, SyWo^e, 2 éd., o84; Diogène Laerce. VU!, o4.
2. A. Moret, Le rituel du culte divin journalier en Egypte, 1902.
3. S. Reinach, Cultes, mythes et religions, t. II, p. 8j sqq. (Orphée) ; t. III, p. 24 (Actéon); p. 54 sqq. (Hippolyle) ; p. 60 sqq. (Diomède) t. IV, p. 29 sqq. (Marsyas) ; p. 43 sqq. (Phaéthon).