‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 4 sur 249 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

On se demandera comment une étude aux données étroitement circonscrites, comme celle-ci, qui se limite à la vie d'un saint, d'un seul saint, peut avoir une portée sociologique et si l'on peut passer d'un bond de saint Patrick, héros national de l'Irlande, aux conditions sociales du culte des héros.

M. Czarnowski nous raconte, pièces à l'appui, l'histoire positive de saint Patrick; elle est courte. Il analyse son histoire légendaire, qui est longue. Saint Patrick ressemble à des dieux et à des héros irlandais, dont les mythes vont nous être exposés dans leurs épisodes caractéristiques. Hagiographie, étude philologique de mythologie irlandaise, histoire, en fin de compte, tel est le fond du livre.

Or, la sociologie est encore affaire de philosophes. Les faits particuliers sont plutôt mentionnés que racontés dans un travail de sociologie. Ils y paraissent à titre de preuves et d'exemples. Sociologie semble être toujours théorie. Il est vrai que, pour faire la théorie des faits sociaux, le sociologue devra souvent en faire lui-même l'étude histo-

CZ\RN0WSKI. a

II l'RKFACE

riquc cl philologique tju'il n'uuru pas trouvée loulc faite. Mais pcul-ùtre aura-t-il alors le souci de ne pas présenter de front son double travail.

Ici la, discussion du problème sociologique général énoncé par le litre est, au contraire, enveloppée dans l'exposé minutieux d'un fait particulier, l'histoire réelle et légendaire de saint Patrick. En nous demandant de quelle façon et dans quelle mesure la thèse se dégage de l'exemple, nous nous proposons de définir les caractéristiques d'un type de travail sociologique, utile et recommandable.

Mais, question préjudicielle, s'agit-il bien d'un problème sociologique ? Tout prol)lcme d'histoire des religions n'est pas nécessairement tel. Tout phénomène qui se passe dans la société n'est pas nécessairement social.

M. Czarnowski s'applique à nous présenter, dès ses premières pages, une idée générale des héros dont l'intérêt sociologique est évident. Ne devient pas héros, nous dit-il, qui veut ou qui l'on veut ; il y faut une sorte de consentement collectif, qui a pris des formes rituelles dans quelques cas notés avec soin. Seuls, des personnages dont le caractère représentatif est bien apparent peuvent en être l'objet. Ils représentent virtuellement les qualités idéales d'un groupe d'hommes, auxquels ils sont attachés par des liens spéciaux, souvent imaginaires; ce sont ceux qui unissent les parents entre eux, les chefs à leurs subordonnés, les patrons à la communauté, à la cité, à l'institution qu'ils ont fondée. L'alliance du représentant et des représentés est perpétuée par les services effectifs, spirituels et temporels, que ceux-ci attendent et croient recevoir de celuilà. Ainsi, la notion des héros comporte celle de rapports sociaux entre un personnage de légende ou de mythe et un

Page 1