E. Lucius, Die Anfànge des Ueiligenkults, pp
PRliFACE XLVII
en somme, ne s'accomplit (|u'en fip^ure et en représentalion ; il perpétue son mérilo dans la légende; il se passe de conlrt^parlie riluoUe. Nous sommes portés à étendre celte conclusion. S'il y a des légendes héroïques qui aient une pareille contre-partie, elle est lointaine, indirecte et peut-être inopérante. L'héroïsation est un processus mytholo<^ique où la mylliolo<»'ie paraît se pnsserde canevas rituel. Ce n'est pas dire que la pratique religieuse n'y ait pas apporté quelque chose.
Les sacrifices qui ont été pris en considération par M. Czarnowski ont un caractère particulier; ils s'accomplissent dans des fêtes. M. Czarnowski ne les a pas détachés des fôtes dont ils font partie. C'est aux fêtes qu'il rapporte les passions héroïques avant de les rapporter aux sacrifices et à l'exclusion de toute autre circonstance rituelle. Il a fait aux fêtes la plus large part.
A vrai dire, le choix même de son sujet l'y a conduit. De la religion des Celtes irlandais nous ne connaissons guère de rites qui n'aient été réservés aux fêtes. C'est que l'Irlande, disséminée, sans villes, où saint Patrick a prêché, n'avait de culte vraiment public qu'aux fôtes, où les hommes se trouvaient réunis, panégyries nationales, fêtes des royaumes, fôtes des clans ; toutes d'ailleurs paraissent tomber aux mêmes dates, dates saisonnières du calendrier celtique. Dans ce culte public, les héros tribaux et nationaux sont par excellence impliqués. A quel titre ?Ici encore nous allons constater que le débat d'une question particulière va nous instruire sur des phénomènes généraux.
Xl.VIll PREFACE
L'cludo des fcMcs est fruclucuse entre toutes comme préparation à l'étude des mythes, parce que c'est dans les fôtes que la pensée et l'action religieuses sont le j)lus intimement liées. L'intervention des représentations que comporte l'exercice de tout rite est accusée dans les fôtes par des signes plus apparents qu'ailleurs. Tout ce qui est nécessairement présent en esprit dans un rite y apparaît de préférence en figure. Entre tous les rites, ceux des fôtes sont les mieux pourvus de mythes. Mais il arrive en outre que la représentation s'y traduise complètement en action; elle se mêle intimement au rituel et elle l'amplifie notablement. Le geste et la pensée sont moins distincts dans les fôtes que dans le reste du culte*.
D'autre part, les hommes rassemblés en fôtes, le mythe se présente en plein milieu social, c'est-à-dire dans les conditions les plus propices à l'étude sociologique soit de sa genèse, soit de son fonctionnement.
Or les fôtes constituent un milieu favorable à l'évocation des personnages divins, esprits qui circulent, dieux qui paraissent ^ M. Czarnowski emploie fréquemment les expressions de génies de fêtes, héros de fêtes, dieux de fêtes. L'expression génies de fêtes désigne les génies dont il n'est question qu'aux fêtes, soit qu'ils y fassent leur apparition, soit qu'ils naissent ou surgissent au début d'une fête pour mourir à la fin ou ù une autre fête, limitant aux fêtes la durée de la vie éphémère ou intermittente qui leur est prêtée. Elle signifie qu'ils existent seule-
1. Quelques exemples; L. R. Farncll, o. L, t. III, p. 90, 91, 93. (Thesmophories) ; t. II, p. :274 (Stcpteria. représentation mimétique des aventures d'Apollon après sa victoire sur Python).
2. Visite du dieu: L. R. Farnell, o. L, t. IV, p. 283 (Délia).
PRKFACE XLIX
ment en relation avec les fôtes, qu'ils en sont l'espriJ, d'ailleurs niulliple, et pas autre chose, représentation animiste de la religiosité festivale. Par héros de fêtes, on veut désigner une représentation analogue, mais personnelle. M. Czarnowski a peut-être étendu cette expression h des figures moins éphémères, mais avec le sentiment que ces héros ont pu survivre à l'occasion qui les a fait naître. En somme les fêles sont propices à l'élaboration du divin ; elles paraissent l'être tout particulièrement à celle du divin héroïque.
Les héros irlandais n'agissent pour ainsi dire qu'aux fêtes. Cette relation constante est sans doute nécessaire. Elle n'est pas spéciale à Tlrlande. C'est un fait général que les dates de fêtes sont dates d'épisodes héroïques, commémorés par les fêtes.
Les formes de la légende héroïque qui tendent vers la littérature font particulièrement bien apparaître celte relation. La littérature épique tout d'abord l'atteste. C'est par excellence une littérature héroïque ^ Il n'est pas d'épopée qui ne soit légende de héros, ni de légende de héros qui ne soit une épopée possible. Or des récitations du MaliAbhôrata et du RâmayAna- se sont faites et se font encore dans l'Inde à la fête de la Holi, à la première lune du printemps. La récitation des poèmes homériques aux