‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 43 sur 249 · PREFACE LI · texte numérisé non relu

PREFACE LI

d'Athènes se donnaicut aux fùlos de Dionysos, les grandes Dionysies, les Dionysies urbaines et les Lénéennes. Les représentations dramatiques ont fait partout et longtemps partie du i-iluel des fôtes. Elles sont restées liées aux dates de fêtes bien après que le drame se fût émancipé en genre littéraire et détaché de la reUgion. Il s'agit de montrer que le héros appartient au drame comme le drame à la fête et pourquoi ' ?

Mais à cet égard la tradition irlandaise ne fournit pas de faits très instructifs. Pour la place qu'y tiennent les fêtes, ce qui se passait dans celles-ci est bien mal connu. L'eCfort qu'a fait M. Czarnowski pour ra|)epcevoir à travers les mythes ne peut précisément pas suppléer, au point où nous sommes, à l'absence de renseignements directs. EIn dehors des récitations poétiques, la commémoration des héros comportait des jeux ; c'est aux jeux que se réduit, à notre connaissance l'élément dramatique des fêtes irlandaises. Ce n'est pas assez pour étudier chez les Celtes le développement parallèle des cultes héroïques et du drame festival.

Il faut nous transporter en Grèce. M. Ridgeway* a soutenu, il y a peu de temps, dans un livre sur l'origine du drame grec, que la tragédie dépendait du ciilte des héros. Le drame grec est un bon sujet d'études, puisqu'on peut en suivre l'évolution depuis les formes les plus primitives jusqu'aux plus élaborées du drame. Quand il produit ses œuvres les plus parfaites, il est encore engagé dans le culte et néanmoins son essor esthétique paraît aussi libre que possible. On le croyait uni par des liens d'origine au

1. Cf. W. Wundt, Elemente der Vôlkerpsyckologie, p. 456, sqq.

2. W. Ridgeway, The origln of Iragedy, ivilh spécial références io Ihe Greek tragedians, 1910.

LU l'RÈlACE

culte de Dionysos. A y regarder de près, ces liens sont lâches. Bien avant que les concours tragiques des grandes Dion3'sies aient été institués h Athènes, il y a eu, dans d'autres villes, des chœurs tragiques, qui ont chanté et dansé des tragédies, représentant l'histoire et les souffrances de certains personnages. Ces personnages étaient des héros. Hérodote nous en donne un exemple*. A Sic^'^one des chœurs tragiques célébraient la passion du héros Adraste sur son tombeau. Ces représentations en l'honneur d'Adraste furent supprimées, dit Hérodote, par le tyran Clisthène (493-560) et transférées par lui au culte de Dionysos. Dionysos, à Sicyone, et peut-être aussi en Atlique, a reçu les chœurs tragiques par substitution ^

Les représentations de Sicyone sont le plus ancien exemple de représentations dramatiques que l'histoire ait porté à notre connaissance. Qu'elles aient ressemblé aux vieilles tragédies, c'est fort probable ; que ce fussent des tragédies au sens propre, des chants du bouc, indépendants du culte de Dionj'sos, Hérodote le dit et la chose est possible; car, s'il est exact que la Iragt'die soit par définition un chant qui accompagnait le sacrifice d'un bouc, comme le dithyrambe celui d'un bœuf, nous ignorons absolument que le bouc fût une victime réservée à Dionysos ou spécialement réclamée par lui\

Mais, d'autre part, c'est dans la légende héroïque et non pas dans la mythologie que la tragédie grecque, fidèle, selon M. Ridgeway, à ses origines, a toujours choisi ses

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