L.-R. Farnell, o. L, t. V, 1909, p
PRÉFACE l.IU
sujets. Elle les a même choisis de telle sorte que des scènes de culte funéraire s'y intercalaient naturellement. Les personnages se groupent autour d'un tombeau; c'est celui de Darius, d'Agamemnon ; c'est le tumulus des Suppliantes. 11 y a des olTrande.s funéraires, des chants do deuil, OoTvo'. et xouuo'l. Le mort ioue son rùle avec les vivants. On le consulte, on le venge, on l'apaise, on l'évoque. La disposition même du théâtre est significative. Il y a un autel sur lequel est fait le sacrifice à Dionysos; c'est la BuaéXTi ; mais il y a sur la scène un autre autel, celui qu'utilise le poète pour sa mise en scène ; c'est l'autel du tombeau (,3toij.ô;). Ainsi le théâtre est le temple de deux cultes juxtaposés, celui d'un héros et celui de Dionysos; le deuxième est un intrus. La tragédie grecque, au surplus, met en scène non pas des actions divines, mais des actions humaines, des actes de héros. Ses représentations ayant trait à la mort des héros, il est raisonnable de les rattacher au culte funéraire. Le culte des héros en Grèce était un culte de morts, mais il avait aussi d'autres aspects.
La thèse de M. Ridgeway a été vivement combattue par M. Farnell, Mais, si celui-ci a rendu le drame à Dionysos, il ne l'a pas enlevé aux héros *. Ce n'est pas le dieu du vin qui reste le dieu de la tragédie, c'est un dieu plus vague et plus puissant, dieu de la fécondité, de la nature qui s'éveille, pousse, lutte et meurt pour renaître. Le Dionysos des Dionysies athéniennes était en réalité le Dionysos
l. L.-R. Farnoll, o. l. pp. 204. 231 sqq. A. Dietericha donné l'esquisse dune théorie plus compréhensive dans son travail postlitimo, Die Entslehutig der Tragûdie, dans Archiv fiir Religionswissenschaft, 1908, p. 162 ; il y fait une part aux héros, à la liturgie en général, à celle des mystères d'Eleusis en particulier.