PREFACE LXIII
fois hommes ci dioux ou déinons. Il leur rosle, au surplus, toujours quelque chose des acleurs, dans lesquels ils se sonl incarnés et avec qui ils se sont en quoique sorte identiliés.
Convenances d'une part, origines de la représentation d'autre part, voilà des raisons au rapport que nous supposons entre les héros et les fêtes. Il en est une autre toute logique.
Une KHe a une date et elle est une date. Une date de fête est un élément du temps, qui se distingue des autres par des qualités particulières de telle nature que le sacré peut s'y produire au milieu du profane ^ L'éternel y touche au temj)orel. Ce qu'il ne perd pas à ce contact de son éternité est entretenu par des répétitions sans fin. Les points critiques du temps que sont les dates de fêtes forment, les uns par rapport aux autres et par rapport aux autres repères du temps, des systèmes d'éléments homologues, qui sont tenus pour équivalents et qui se répètent les uns les autres autant que faire se peut. Chaque fêle reproduit donc une fête antérieure et toute la série des mêmes fêtes un fait unique, mythique.
Cette répétition peut prendre deux aspects, suivant l'importance relative (elle est variable) des idées contradictoires qu'elle concilie, celui de la présence réelle et celui de la commémoration. Dans ce deuxième cas, le fait reproduit par la fête est lui-même situé dans le temps; c'est un temps fort reculé, mais qui, en fin de compte, tient toujours à l'histoire ; il ne se dépouille pas de ses éléments
1. Hubert -Mauss, Slélanf/es d'hisloire des religions, p. 189 sqq. Etude sommaire de la représentation du temps dans la religion et la magie.
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chronologiques ; sa reproduction est ovant tout souvenir et rappel. Les personnages dont les gestes sont commémorés, ou censés tels, ayant existé dans le temps et pris place dans la suite de Thistoire, ou du moins on le suppose, ont précisément des caractères essentiels qui, entre les personnes div^ines, distinguent les héros.
Certes, il y a des fôtes qui évoquent les héros, comme tous les autres morts, pour qu'ils viennent prendre leur part des dons que leur réserve le culte ; mais s'ils assistent spirituellemenl à la récitation ou à la reproduction de leurs actes héroïques, c'est en auditeurs ou en spectateurs ; ils ne refont pas eux-mêmes leurs gestes mémorables et ne subissent pas une deuxième fois leur destinée tragique. La présence réelle est le fait des dieux. La commémoration est l'indice des fêtes de héros. Ainsi s'établit, par rapport aux fêtes, entre les dieux et les héros une distinction comparable à celle que nous avons déterminée par rapport aux sacrifices. Les dieux, qui s'imposent à la dévotion ailleurs que dans les fêtes, y descendent en pleine réalité \ Les héros, dont le culte est plus rare et plus concentré aux fêtes, y sont célébrés en figure. L'histoire du dieu est une description ; c'est un mythe à proprement parler. Celle du héros est une tradition, un on-dit du passé ; c'est une légende. La permanence, l'infinité du divin n'appartiennent qu'aux dieux-. Les héros sont du divin de circonstance, discontinu et fini. Le dieu est un faisceau d'énergies vir-
4. J.-C. Lawson, o. l., p. o73 : « Happening to be in some village of Eubœa during Holy Week, he had been struck by the émotion which (he Good Friday service evoked ; and observing the next day the same gênera', air of gloom and despondency, he questioned an old woman about il ; whereupon she replied : « Of course I am anxious ; for if Christ does not rise to morrow, we shall havé no corn this year. »