LXVI PREFACE
couslihiôe, comme celle de dieu, elles ont v\r un terrain favo!;il)le ;\ ces croisements du mythe divin et de la léfj^ende héroïque, sur lesquels TaHenlion s'est souvent poili'e ' .
Il y a des fêtes qui commémorent effectivement des événements historiques. Entre cette commémoration effective et la commémoriition conventionnelle d'événements mj'thiques la différence originelle s'efface toute seule. Les héros m^'lhiques, commémorés gratuitement, rejoignent les héros historiques. La différence de leur origine n'entraîne pas entre les uns et les autres différence de fonctions. Assez de légende, de mythe et de religiosité s'accumulent bien vite autour des faits et des personnages historiques qui sont objets de fêles, pour que les uns n'aient rien à envier aux autres. En revanche, les héros historiques ont prêté aux héros mythiques un peu de leur objectivité.
D'autre part, les rites à efficacité positive et pour ainsi dire phvsique, dont on i)eut supposer qu'ils ont fait le novau primitif des fêtes qui n'ont pas été dans le principe destinées à célébrer des exploits réels, ont été débordés par le mythe, quand elles sont devenues des fêles de héros ; le but positif a été dépassé par la repn^entation". Celle-ci est devenue à elle-même sa propre fin. C'est précisément ce
1. E.-B. Tylor, Primitive C'dlure, t. l, 3° édit., p. 34"^ sqi].
2. Plntarque. S'ilon, 29 : vSolon proleste quand Thespis lui confesse If, caractéîre purom ^nt représentatif de ses pièces. Cf. W. Ridgcway, o. L, p 58. ^ ,
PRÉFACE LXVH
qui s'est pass(^ dans les fêtes commémoratives. On y représente pour ropivsenter. Mais, si la partie de la fête qui met en scène le héros arrive h n'être plus que représentation et jeu, le héi-os lui-môme se réduit en représentation pure ; il est, en tout et pour tout, dramalis persona. De là vient que tant de héros sont des personnages de théâtre, dont l'histoire se décompose en situations, l'être en attitudes et en gestes et dont le caractère, que rien d'autre n'a dû déterminer, se compose, par contre, en caractère dramatique. IjCs types moraux que le drame a mis en scène ont pu se locfer sous des masques vides de héros.
11 ne suffit même pas de dire que la représentation dramatique de faits héroïques déborde le rituel positif de la fête. Elle constitue elle-même un rite distinct. C'est en tout cas un élément de surcroît, ajouté aux autres parties de la fête. Il est indépendant de celles-ci et finit par l'être de la fête elle-même. Quelque nécessaire qu'on puisse la supposer t\ l'origine, la relation du héros et du drame, du m\ihe et de la fêle apparaît, à prendre l'ensemble des faits, comme assez lâche. Les fêtes changent de mythe ^. Les mythes changent de fêtes et l'on sait que les fêtes à représentations dramatiques ont admis d'autres drames que ceux dont leurs propres héros étaient les sujets. Elles demandaient des représentations, mais la pièce représentée leur était indifférente. Cette autonomie relative du drame à l'égard de la fête a été certainement en Grèce la condition de son essor définitif. Les héros y ont gagné. Ils ont bénéficié de l'expérience humaine et de la réflexion que les hommes ont portée sur eux-mêmes dans leur travail littéraire.