PREFACE V
ce caractère s'est professé, déterminer dans la suite du temps une série de ses variations en nombre et en intensité, fixer des dates et des circonstances. La diiïusion du nom, les églises placées sous l'invocation du saint, les chants populaires et autres, les emblèmes et leur usage, autant de faits, et de documents qui paraîtraient en bonne place chez un historien. M. Czarnowski les traite comme donnés et hors de question. 11 insiste par contre sur les raisons et les conditions du fait principal ; ce sont des institutions, choses durables et générales. Tandis que, pour l'historien, la série des effets et des causes se passe en séquences de faits particuliers, le sociologue remonte d'un fait social à un fait social antécédent. Ce n'est d'ailleurs pas sans bénéfice historique. A travers le saint Patrick de la légende, M. Czarnowski nous fait apercevoir assez clairement quelques traits importants du saint Patrick de l'histoire. Nous ne croyons pas qu'on ait encore mieux expliqué, par exemple, la méthode d'assimilation pratiquée par saint Patrick'. Au surplus, de ce côté, nous avons partie gagnée, car personne ne se refuse à voir les clartés que l'esprit sociologique apporte en histoire. Mais ce n'est pas le profit de l'histoire, c'est celui de la sociologie qui nous importe. C'est un travail de sociologie à base d'histoire que nous présentons aux lecteurs des Travaux de l' Année sociologique et non un travail d'histoire à base de sociologie.
1. DArbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. I, Introduction à l'étude de la littérature celtique, p. 158, sqq. (cours de 1882 au Collège de France).
VI PRKFAC E
Lorsque nous parlons de héros, nous nous entendons et sans doute l'usage emploie-t-il ce mot avec assez de discernement ; mais les difTicullés commencent avec la réflexion *. Déjà rallemand possède deux mots dont on s'applique à distinguer les sens, Held et Héi'os, héros dans l'épopée, héros dans le culte. Distinction est quelquefois confusion. Les langues qui ne sont pas nourries aux sources de l'antiquité classique présentent une certaine variété de synonymes dont la correspondance est imparfaite; les marabouts', les velis^ arabes ont quelque chose de commun avec les héros que nous imaginons, sans leur ressembler tout à fait. Il faut compter surtout avec les langues dont le vocabulaire religieux manque d'un terme topique et précis pour désigner les héros, bien que nous en connaissions dans les traditions des peuples qui ont parlé
1. Depuis que ces lignes sont écrites a paru, dans le tome VI de ÏEncyclopsedia of Religion and Ethics éd. by J. llastings, un article Heroes and hero-rjods, qui est l'œuvre de divers collaborateurs. C'est un bel exemple de la diversité des opinions que des hommes, qui sont d'accord sur l'emploi d'un mot, peuvent exprimer sur la définition de la notion correspondante. 11 y a des héros qui sont des morts illustres, puissants et recevant un culte ; d'autres sont des acteurs mythiques du spectacle de la nature ; d'autres enfin sont héros dans l'épopée. Ces trois sortes de héros sont pris tour à tour par les divers collaborateurs de l'article pour les types originaux de l'espèce. Nous allons montrer que les trois types y entrent pour ainsi dire sur le même plan. En ce qui concerne les noms communs, cette revue universelle des héros nous laisse à peu prés à nos propres ressources.
2. E. Doutté, Magie et Religion dans V Afrique du Nord, 1909, pp. 52, 433, 590, etc.
3. S. I. Curtiss, Ursemilische Religion im Volksleben des heuligen Orients, 1903, passim.