‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 60 sur 249 · LXXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

LXXII PRÉFACE

funéraire, où il reçoit les services qui sont dus aux morts. En Irlande, les fôtes, fôtes de héros, avaient pour llu'Alre des cimetières; elles se célébraient entre des lumulus funéraires, parmi lesquels se trouvait la tombe du héros ou de rhéroïne dont elles commémoraient la mort. On ne court aucun risque à généraliser. 11 est vrai qu'un grand nombre de tombeaux héroïques ont été usurpés ou vides. Il y en eut de supposés. En Irlande, chaque tertre, chaque bulle naturelle ou artificielle est un ,s/rf/t, c'est-à-dire, en fin de compte, un tombeau, et les personnages dont les noms s'y attachent sont des héros. Qu'il y ait eu des héros imaginaires et mythiques, on en tombe d'accord. Mais que les héros en général aient été représentés comme des morts, le fait n'est pas contesté. Or c'est la représentation qui importe. Héros et morts sont notions qui s'appellent ; culte des héros et culte des morts sont choses connexes et qui varient ensemble*.

Il en est encore d'autres preuves. En Grèce, par exemple, on constate que tous les dieux qui évoquent en quelque façon l'idée des morts, par la position de leur sanctuaire, par leur habitat, par leurs attributions, leurs aventures ou leur mode d'action se rapprochent des héros ou peuvent compter parmi eux ; tels sont les dieux chthoniens, tels sont les dieux guérisseurs, qui révélaient leurs secrets par le songe, comme les morts, et les dieux de la possession'-.

Quant aux personnages, probablement exceptionnels, dont rhérojsation semble avoir devancé la mort, ou bien la mort est passée si près d'eux qu'ils en sont restés touchés,

1. A.-C. Haddon, fleroes and hero-gods, dans Hastings, o. /., t. Vf, p. 636.

2. J. llarrison, Prolegomena lo the sludy of Greek religion, \). 323 sqq.

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comme les martyrs cpargiiés ', ou bien ils sont morts par figure, morts au monde. M. Czarnowski incline à considérer riiéroïsation comme une sorte d'initiation', dont la mort était l'agent ordinaire mais qui pouvait faire défaut ; nous croyons en effet, pour prendre un exemple, que l'initiation compliquée des compagnons de Finn était de nature ù les héroïser avant la lettre ' ; or, quand on a voulu représenter l'initiation ou l'expliquer en termes de langage courant, on a généralement recouru à la figure de la mort et de la résurrection. Enfin, à l'intime relation des héros et des fêtes conviennent leurs caractères de morts, car les fôtes sont des dates du culte funéraire et, s'il est des esprits dont la part qu'ils prennent aux fêtes soit expressément mentionnée, ce sont les esprits des morts*. Mais serait-ce la mort qui, en fin de compte, héroïserait et n'avons-nous pas fait fausse roule en cherchant d'un autre coté.^Un tombeau, un nom, une date, un geste mythique, voilà la substance d'une légende et d'un culte héroïque. Celte réunion d'éléments procède-l-elle de la mort? Le héros est-il à jjro[)rement parler un mort puissant, un mort à tnana ? La notion de mort puissant contient-elle en substance tout ce que développe celle du héros *, celle de mort, tout ce que suppose celle de mort puissant? Au

1. E. Lucius, An fange des Ileiligenkults, p. 61 sqq. i. Czarnowski. p. 18:j. 1<j7.

3. Cf. Ch. Sqilire, The mythology of Ihe British Islands, 1910, p. 207.

4. 0. Sclirarlf*r, An/an religion, dans Ilastings, o. l., t. IF. p. 25. P. Haupt. l'urim, p. 19 Hans Schmidt. Jona, p. 111. Cf. W. Wundt, Elemenle der Vûlkerpsychologie, p. 140 : Und unler den GôltiTkidten sind es vornchmiich jene, in dcncn Seelcnkiill und Jensiilsvorslel- Iiingen ziisanimcngodosson sind. in denen sich die Molive zii dieser dramatisrhen Wciterbildung der lilurgisclien Ilandiungen zusammen- Dnden.

5. Cf. E. Rohde, o. l, 1, p. 146 sqq. : Lueius, /. /.. p. 20.

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